Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

Le bureau exécutif de l'AVOMM
"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

M. Amadou Bathily, président

M.Ngolo Diarra, secrétaire général

M. Hamdou Rabby Sy, porte-parole

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

M. Demba Fall, trésorier

Chargé des droits de l’homme et des relations extérieures, M. Sarr Ousmane Abdoul

Chargée de l’action humanitaire, Mme Dia Rougui

Chargée de l’organisation, Mme Diop Marième

M. Boubacar Thiam, commisaire aux comptes

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AVOMM

Mohamed Baba Ould Said a choisi la plume pour parler de son passage au commissariat de Tevragh Zeina en avril 2002. La torture, avait dit Ould Said au cours de la présentation, à Nouakchott, de son Roman, «Bilal », ne vise pas à extorquer des aveux m


Mohamed Baba Ould Said a choisi la plume pour parler de son passage au commissariat de Tevragh Zeina en avril 2002. La torture, avait dit Ould Said au cours de la présentation, à Nouakchott, de son Roman, «Bilal », ne vise pas à extorquer des aveux m
Extrait du témoignage de Mohamed Baba

« On s’occupe aussi des gens à principes… »

Mohamed Baba Ould Said a choisi la plume pour parler de son passage au commissariat de Tevragh Zeina en avril 2002. La torture, avait dit Ould Said au cours de la présentation, à Nouakchott, de son Roman, «Bilal », ne vise pas à extorquer des aveux mais à faire taire.

«La petite Clio aborda, tout de suite, une longue rue, bien droite, vers ce qui m’avait semblé être la direction de l’Ouest. Trois ou quatre carrefours plus loin, on tourna à droite, pour rentrer, par un grand portail, surmonté d’un fronton en arc de cercle et portant l’inscription « Commissariat de Tavragh-Zeina », dans une cour arborée. La seule portière de la Clio, en état de fonctionnement, s’ouvrit. Mahmoud s’en extrait et me fit signe de l’imiter.

Deux larges marches en arc de cercle, un petit porche et nous franchîmes une porte pour nous retrouver dans le hall du commissariat. A droite et à gauche, des cellules, fermées par des grilles à barreaux métalliques, défilaient sous mon regard un peu curieux. Je crus deviner quelques vagues formes humaines, enroulées dans des couvertures usagées et blotties dans l’angle de l’une des cellules. Juste devant les grilles, à même le sol, emmitouflées dans leur boubou, cinq à six personnes se serrèrent, devant nous, pour dégager le passage. Au fond du hall, un petit espace, derrière un comptoir délabré, sert de réception.

Un policier en tenue, ayant troqué son képi réglementaire contre un vieux turban qui lui enserre le crâne, faisait semblant d’être de garde. On me pria d’attendre et Mahmoud disparut derrière une large porte métallique, juste à côté du comptoir. Il en ressortit, quelques minutes après, accompagné de deux sortes de lutteurs, en bras de chemise, auxquels il déclara : « c’est lui ». Après quoi, il sortit du commissariat pour rejoindre Sidi Abdallah. Me voilà donc, entre les mains des gens du « Laboratoire ». On m’entraîne dans un petit bureau, encombré de boubous suspendus à des clous fichés dans les murs décrépis.

Deux chaises boiteuses disputent la place aux sacs plastiques, autres détritus et dépouilles de portefeuilles éventrés. - Ton nom et ton prénom ? - Mohamed Baba. - Mohamed Baba Ould quoi ?”- Juste Mohamed Baba. L’homme qui m’interrogeait, trahissait la trentaine révolue. Trapu, un visage rond d’adolescent qui a oublié de grandir, il présentait, à la place des yeux, deux petites billes noires qui n’arrêtaient pas de rouler au fond de grandes orbites surmontées d’arcades dégarnies. Il était imberbe, me semble-t-il. - Le nom de ton père ? Celui de ta mère ? Il paraît que tu ne veux pas dire le nom de ta tribu. D’un mouvement nerveux, mon interlocuteur, après avoir fait semblant de griffonner mes réponses sur une feuille, froissa cette dernière et l’envoya rejoindre le tas de portefeuilles dévidés. -Tu sais quoi ? Il nous importe peu de savoir qui tu es et surtout ce que tu as fait. Nous ne sommes pas des intellectuels, précisa-t-il avec l’insolence des cancres qui tiennent leur revanche sociale par le mauvais bout. -

Sais-tu qui nous sommes ? La question venait d’un autre policier qui se tenait derrière moi. - Nous sommes la Brigade Criminelle. Nous traitons les voleurs et les meurtriers. Dans l’ironie de mon imaginaire internationaliste, je pensais, machinalement, que l’homonymie avec les Brigades Internationales d’Espagne était d’un mauvais goût avéré. - Je ne suis ni voleur ni meurtrier, me risquai-je à répondre. - Ca ne fait rien. On s’occupe aussi des gens à principes, comme toi. On verra ce qui restera de tes principes, quand tu auras goûté à nos spécialités. - Il paraît que tu ne veux pas parler, renchérit le quatrième. Ils se mirent, tous les quatre, autour de moi. -

C’est bien. Surtout ne parle pas. Je vais, d’ailleurs, te dire une chose. Nous ne te demanderons pas de parler. Nous allons te cuisiner et quand tu auras marre de notre cuisine, fais nous signe. Ne l’oublie pas. Nous appellerons les gens qui t’ont amené, et c’est à eux qu’il faudra parler. On me fit sortir du bureau pour m’amener dans le « patio ». C’est un espace, en U, disposé autour d’un bloc de deux bureaux. Le sol est pavé de grandes dalles 40x40 cm, en marbre rose. D’un bureau, jouxtant celui des policiers, deux tortionnaires s’activaient à extraire une lourde structure en tubes métalliques soudés. Il s’agit de deux tréteaux, hauts de quatre-vingt centimètres, et d’un pieu métallique d’un mètre de long, sur cinq centimètres de diamètre.

L’ensemble est traîné à même le carrelage provoquant un vacarme de fin du monde, au milieu des ordres et insultes, auxquels semble se réduire le vocabulaire de mes hôtes, sabir qu’ils aboient à tout bout de champ. Du bout de sa matraque, le policier que j’ai décrit plus haut – je l’appellerai « La chouette », en attendant de connaître sa véritable identité - souleva le pan de mon boubou, me signifiant de le quitter, puis ma chemise, puis mon pantalon. Un autre signe du bout de la matraque me débarrassa de mon slip. Dans ma tête, je m’étais préparé à être humilié et dans mon corps, à être battu. Enfin, ce n’était pas vraiment de l’humiliation, parce que je ne reconnaissais, à « ces gens-là », le statut de quelqu’un devant qui la nudité serait dégradante.

Une pression sur l’épaule, exercée par un autre policier qui se joignit à nous, me fit asseoir, les jambes repliées contre la poitrine. Pendant que La chouette me bandait les yeux, en serrant, très fort, d’un bout de tissu qui a dû servir de turban, l’autre enragé me liait les poignets, devant les genoux, à l’aide d’une sorte de lanière en plastique, effilochée dans le sens de la longueur. Elle avait sans doute été prélevée sur une caisse d’emballage quelconque. L’enragé serra aussi, fort puis, probablement, pour éviter que je ne prenne mes jambes à mon cou, renforça le dispositif, par quelques tours d’une autre bande de tissu qui traînait dans un coin du patio. Maintenant, ils sont quatre, à me tourner autour, couvrant, par leurs insultes et aboiements, le bourdonnement discret de quelques moustiques qui se sont invités au festin.

Pour être honnête, je ne distinguais plus assez le sens de leurs propos, tellement le bandeau sur les yeux me bouchait aussi les oreilles ; d’ailleurs, leurs cris m’intéressaient moins que la suite prévisible mais inconnue des événements. Derrière le bandeau, je repassai, en mémoire, des schémas et illustrations déjà collectés, entre autres lectures et témoignages entendus, dans les récits des militaires et civils négro-africains rescapés de la répression. C’est donc bien du Jaguar qu’il s’agissait, du nom d’un félin, surtout homonyme de l’avion supersonique de combat français qui avait servi, pendant la guerre du Sahara occidental, contre le Front Polisario ; volant à basse altitude au-dessus des villes et villages, il terrorisait les populations.

Par ma proximité privilégiée et directe avec le carrelage, je sentis que l’on faisait rouler, dans ma direction, le pieu métallique. Non sans mal, après deux ou trois tentatives déterminées, La chouette réussit à glisser le pieu dans le pli de mes genoux, de façon à le coincer par mes bras. La chouette pesta contre le gros diamètre du pieu et se demanda pourquoi la Direction n’avait pas investi dans deux ou trois pieux de diamètres différents… Parmi le flot de questions et autres injures que l’on m’adressait, je finis par comprendre que l’on me demandait mon poids ! Je répondis, « soixante-dix kilogrammes », sans que cette réponse ne provoquât un effet particulier. Je ne comprendrai jamais la raison de cette question et cessai d’ailleurs d’y penser, quand je sentis qu’on me soulevait brutalement par les deux bouts de la broche du pieu.

Sous l’action de mon poids, soixante-dix kilogrammes, les liens se resserrèrent, comprimant encore plus fortement mes mollets et mes cuisses autour du pieu et provoquant d’atroces douleurs dans tout le corps. Je sentis aussi que l’on rapprochait les tréteaux ; une violente secousse me signifia que les extrémités du pieu ont été enclenchées dans le dispositif métallique. Une main sadique imprima alors une impulsion de balancier à mon corps et la douleur devint insupportable. Je me mis à crier ; en criant je me rendis compte que je respirais mieux ; alors je criai plus fort. Je sentis, alors, s’abattre sur les plantes de mes pieds des coups que je pensai venir d’un marteau-pilon. Je sentis bouillir ma moelle osseuse jusqu’au moindre recoin de mon squelette entravé. Je ne me suis pas évanoui, à mon grand désespoir et crois avoir compté une quinzaine de coups de matraques sur les plantes de mes pieds.»

Source : Observatoire mauritanien des droits de l’Homme
Vendredi 12 Septembre 2008 - 09:28
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