La Mauritanie est un pays de contrastes. Au nord, les immensités sahariennes, les dunes, les oasis et les anciennes cités caravanières attirent les voyageurs en quête de désert, d’histoire et d’aventure. Au sud, un autre visage du pays se dévoile : celui du fleuve Sénégal, des plaines agricoles, des villages traditionnels, des zones humides, des paysages verdoyants pendant l’hivernage et d’une diversité culturelle remarquable.
Pourtant, lorsqu’il est question de tourisme en Mauritanie, le Sud est rarement présenté comme une destination à part entière. Les circuits organisés privilégient principalement l’Adrar et les sites sahariens, tandis que la vallée du fleuve demeure largement absente des offres touristiques les plus visibles.
Pourquoi une région qui possède autant de richesses naturelles, historiques et culturelles ne parvient-elle pas à attirer davantage de visiteurs ? Quelles initiatives ont déjà été engagées pour la valoriser ? Et surtout, comment transformer ce potentiel en une activité économique capable de créer des emplois, de soutenir les communes rurales et d’améliorer les revenus des populations locales ?
La question mérite d’être posée, car le développement touristique du Sud ne devrait pas être envisagé comme une simple extension des circuits existants. Il pourrait constituer un véritable projet de développement territorial, associant les populations, les villages, les communes, les entrepreneurs et l’État.
Le Sud mauritanien : une richesse touristique encore insuffisamment exploitée
Le Sud n’est pas dépourvu de sites touristiques. Il possède au contraire plusieurs atouts qui pourraient permettre de développer des formes de tourisme complémentaires au tourisme saharien.
Dans le Trarza, le Parc national du Diawling offre un environnement exceptionnel pour l’observation des oiseaux, la découverte des zones humides et l’écotourisme. Sa gestion hydraulique contribue à la restauration des écosystèmes du bas-delta du fleuve Sénégal et au maintien d’activités traditionnelles compatibles avec la protection de la biodiversité.
Plus à l’est, la vallée du fleuve traverse des territoires où l’agriculture, la pêche, l’élevage et le commerce ont façonné des modes de vie particuliers.
À Kaédi, par exemple, le patrimoine ne se limite pas aux paysages fluviaux. La ville possède une histoire commerciale ancienne, un artisanat diversifié, des traditions de tissage, de teinture et de poterie, ainsi qu’une gastronomie issue de la rencontre de plusieurs communautés. Ces richesses sont d’ailleurs présentées par l’Office national du tourisme lui-même.
Dans le Guidimakha, les paysages de savane, les terres agricoles, les collines, les villages soninkés et les traditions culturelles constituent autant de ressources susceptibles d’intéresser les voyageurs. L’Office national du tourisme décrit cette région comme un territoire particulièrement arrosé, où se côtoient champs, forêts, reliefs et patrimoine historique.
Il faudrait également accorder une attention particulière aux villages du Brakna et du Gorgol, à leurs marchés, à leur architecture, à leurs traditions agricoles et à leurs relations historiques avec le fleuve.
Le Sud pourrait ainsi développer plusieurs formes de tourisme : écologique, culturel, rural, historique, gastronomique, fluvial et communautaire.
Cependant, il ne suffit pas de posséder des ressources naturelles ou culturelles pour devenir une destination touristique. Encore faut-il les identifier, les préserver, les rendre accessibles et proposer des expériences suffisamment organisées pour attirer les visiteurs. C’est précisément à ce niveau que se situe le principal défi.
Les pouvoirs publics ont-ils déjà tenté de développer le tourisme dans le Sud ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la valorisation touristique de la vallée du fleuve Sénégal n’est pas une idée nouvelle. Plusieurs initiatives institutionnelles, stratégies et projets ont déjà été annoncés ou engagés.
Le véritable enjeu consiste désormais à déterminer ce qui a effectivement été réalisé, ce qui reste à accomplir et comment inscrire ces initiatives dans une politique de développement durable.
Une stratégie touristique nationale déjà élaborée
Le ministère chargé du Tourisme a publié, le 31 mars 2020, une Stratégie nationale de développement touristique accompagnée d’un programme d’actions prioritaires et d’un diagnostic opérationnel. L’existence de ce document montre que la réflexion sur la structuration du secteur touristique mauritanien précède les initiatives récentes consacrées au tourisme intérieur.
Toutefois, l’existence d’une stratégie nationale ne suffit pas à établir que des investissements ont effectivement été réalisés dans les communes du Sud. Une évaluation territoriale devrait préciser les projets financés, les infrastructures construites, les emplois créés et les résultats obtenus dans chaque wilaya.
Le Parc national du Diawling : un projet concret d’écotourisme
Le Diawling constitue l’une des expériences les plus intéressantes en matière de développement touristique dans le Sud. Dans le cadre de son Plan d’aménagement et de gestion 2023-2027, le parc a intégré un volet consacré au développement de l’écotourisme et au renforcement de sa visibilité. Un projet de coopération méditerranéenne, REBOOT MED, a également prévu le développement de nouvelles offres touristiques durables. L’entreprise MAURISERT a été retenue à l’issue d’un appel à projets destiné à promouvoir les activités écotouristiques dans le parc.
Les termes de référence publiés en 2023 prévoyaient notamment l’élaboration d’une stratégie d’écotourisme, d’un plan d’affaires et de circuits intégrant le Diawling à d’autres destinations nationales, dont le Banc d’Arguin et l’Adrar. Cette initiative illustre une approche qui mérite d’être étudiée pour d’autres territoires : associer la conservation de l’environnement, les entreprises locales, les collectivités et les communautés riveraines. Il serait néanmoins nécessaire de publier un bilan des activités effectivement mises en œuvre, de leur fréquentation et de leurs retombées économiques pour les populations du parc.
2025 : le tourisme intérieur devient une priorité gouvernementale
En 2025, le gouvernement mauritanien a présenté un plan spécial de relance du tourisme intérieur. Selon la communication présentée en Conseil des ministres, ce programme vise notamment à proposer des destinations touristiques organisées, à développer une offre de services à des prix raisonnables, à soutenir l’emploi régional et à redynamiser les espaces culturels, sportifs et communautaires. Cette orientation pourrait bénéficier directement au Sud mauritanien, à condition que les destinations de la vallée soient intégrées aux circuits proposés et que les investissements ne se concentrent pas uniquement dans les zones touristiques déjà connues.
Le tourisme intérieur représente en effet une première clientèle potentielle : familles mauritaniennes, jeunes, associations, établissements scolaires, entreprises et ressortissants des régions vivant à Nouakchott ou à l’étranger.
Kaédi : un atelier consacré au développement du tourisme intérieur
En 2025, Kaédi a accueilli un atelier régional sur la stratégie de développement du tourisme intérieur, organisé par le ministère du Commerce et du Tourisme. Selon l’Agence mauritanienne d’information, cette rencontre s’inscrivait dans la préparation de la saison touristique de l’automne et dans les activités du Festival de la Rive du fleuve pour le développement du tourisme. Les autorités y ont souligné la nécessité de valoriser les atouts touristiques régionaux et de renforcer la coopération entre les acteurs du secteur. Cette initiative démontre que la vallée du fleuve commence à occuper une place dans les réflexions institutionnelles.
Mais une question demeure : après les ateliers et les festivals, combien de circuits permanents ont été créés ? Combien de guides ont été formés ? Combien d’hébergements ont été développés ? Combien de visiteurs sont revenus dans la région en dehors des événements officiels ? Ces indicateurs devraient désormais permettre d’apprécier les résultats des politiques publiques.
2026 : le Guidimakha mis à l’honneur
En août 2026, Sélibabi a accueilli le lancement de la Saison de la culture de la vallée, dans le cadre de la deuxième édition du programme de tourisme intérieur « Ma patrie… ma destination ». À cette occasion, la ministre du Commerce et du Tourisme, Zeinebou Mint Ahmednah, a présenté le Guidimakha comme une destination touristique prometteuse. Elle a notamment insisté sur l’amélioration des services, le développement de l’hébergement, des transports, de l’orientation touristique et des produits culturels, ainsi que sur la nécessité d’encourager les initiatives locales. La ministre a également appelé les ressortissants du Guidimakha établis à l’étranger à investir dans les infrastructures touristiques et à soutenir les initiatives des jeunes.
Cette déclaration mérite une attention particulière, car elle identifie plusieurs conditions concrètes du développement touristique régional. Elle reconnaît implicitement qu’un patrimoine naturel et culturel, aussi riche soit-il, ne peut générer durablement des revenus sans services, infrastructures, organisation et participation des populations. Le défi consiste désormais à transformer cette mobilisation autour de la culture de la vallée en une activité économique qui fonctionne toute l’année, au-delà des seules périodes de festivals.
Pourquoi le tourisme peine-t-il encore à se développer dans le Sud ?
Les difficultés rencontrées par le Sud mauritanien ne sont pas exclusivement régionales. Elles s’inscrivent dans les problèmes structurels du tourisme national. Dans sa Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée, l’État mauritanien avait notamment identifié la faiblesse des infrastructures touristiques, l’insuffisance des investissements, le manque de professionnalisme et la faiblesse de la demande touristique locale parmi les contraintes du secteur.
Un diagnostic de la Banque mondiale avait également relevé le manque d’hébergements adaptés en dehors des principaux centres urbains, les difficultés d’accès, la qualité insuffisante de certains services et le manque de statistiques touristiques fiables. Ces constats permettent de mieux comprendre les obstacles à surmonter dans la vallée du fleuve Sénégal.
Le manque d’infrastructures adaptées
Un voyageur qui souhaite découvrir les villages du Gorgol ou du Guidimakha doit pouvoir trouver un hébergement propre, une restauration de qualité, des sanitaires, de l’eau potable, un moyen de transport fiable et des informations sur les activités disponibles. Or, la présence de ces services ne peut être présumée dans toutes les localités. Il ne s’agit pas nécessairement de construire de grands hôtels. Des auberges familiales, des maisons d’hôtes, de petits campements écologiques et des restaurants locaux pourraient répondre à une partie des besoins. L’objectif devrait être de créer une offre accessible aux Mauritaniens tout en répondant aux attentes des visiteurs étrangers.
Des ressources touristiques insuffisamment organisées
Un village peut posséder une histoire remarquable, des traditions artisanales et un environnement naturel intéressant sans pour autant disposer d’une offre touristique commercialisable. Pour attirer les visiteurs, il faut identifier les lieux à découvrir, organiser les visites, former des guides, proposer des activités et fixer des tarifs transparents. Il faut surtout donner aux voyageurs une raison de prolonger leur séjour. Un touriste qui traverse Kaédi sans savoir ce qu’il peut visiter ne représente qu’une occasion économique limitée pour la ville. En revanche, s’il peut participer à une visite patrimoniale, découvrir les ateliers artisanaux, déjeuner dans un restaurant local et passer une nuit dans une auberge, plusieurs acteurs économiques bénéficient de sa présence.
Une promotion encore trop dépendante des événements
Les festivals et les saisons culturelles permettent de faire connaître une région, mais leur effet économique risque de rester ponctuel si aucune offre permanente ne prend le relais. Une commune ne devrait pas attendre l’organisation d’un festival annuel pour accueillir des visiteurs. Elle pourrait proposer des excursions, des circuits culturels, des séjours ruraux et des activités de découverte pendant les périodes adaptées. La communication touristique devrait ainsi passer d’une logique essentiellement événementielle à une promotion continue des destinations.
Le défi climatique et environnemental
La saison des pluies transforme les paysages du Sud et constitue un atout visuel important. Mais elle peut également compliquer les déplacements sur certaines pistes et rendre certaines activités moins accessibles.Les périodes les plus favorables doivent donc être déterminées selon les territoires et les activités proposées. L’Office national du tourisme indique, à titre général, que la période de novembre à avril est plus favorable aux voyages en Mauritanie, tandis que les fortes chaleurs et les pluies caractérisent une partie de l’année. Le développement touristique devrait également intégrer la gestion des déchets, la protection des berges, la préservation des zones humides et la disponibilité de l’eau. Il serait contradictoire de développer le tourisme au nom de la beauté du fleuve tout en laissant les activités touristiques dégrader ses écosystèmes.
La sécurité et la qualité des déplacements
La question sécuritaire doit être prise en compte sans présenter l’ensemble du Sud comme une zone dangereuse. Les conditions de déplacement varient selon les régions et les itinéraires, particulièrement à proximité de certaines frontières. Les conseils aux voyageurs publiés par le gouvernement canadien signalent notamment des risques dans certaines zones orientales du pays et des difficultés liées aux transports routiers Les circuits touristiques devraient donc être conçus en concertation avec les autorités compétentes, en tenant compte de l’état des routes, des conditions saisonnières, des services de secours et des restrictions éventuelles de circulation.
Le tourisme fluvial, en particulier, nécessiterait des embarcations adaptées, des équipements de sécurité, des conducteurs formés et le respect des réglementations applicables à la navigation et aux frontières. Comment transformer le Sud en une véritable destination touristique ? La réponse ne réside pas uniquement dans la construction d’hôtels ou l’organisation de nouveaux festivals. Il faudrait concevoir une offre touristique territoriale, fondée sur les particularités de chaque région et sur la participation économique des populations. Une approche progressive pourrait permettre de commencer avec quelques destinations pilotes, d’évaluer leur fonctionnement et d’étendre ensuite les expériences concluantes.
Proposition : cinq pôles touristiques complémentaires.
Premier pôle : le Trarza, entre fleuve, océan et zones humides
Le Trarza pourrait constituer la porte d’entrée naturelle d’un grand circuit touristique du Sud mauritanien. Sa proximité avec Nouakchott représente un avantage considérable. En quelques heures, le visiteur peut passer de la capitale aux paysages du bas-delta du fleuve Sénégal.
Le Parc national du Diawling pourrait constituer le cœur de cette offre, avec l’observation des oiseaux, la découverte des zones humides, les promenades guidées et la découverte des activités traditionnelles des communautés riveraines. Rosso pourrait compléter cette offre grâce au fleuve, à ses marchés, à son activité commerciale et à sa position de ville frontalière avec le Sénégal. À terme, il serait possible d’imaginer des circuits combinant Nouakchott, le Diawling, Rosso et certaines localités rurales du Trarza.
Deuxième pôle : le Brakna, entre fleuve, agriculture et patrimoine rural
Le Brakna pourrait développer une offre reposant davantage sur le tourisme rural, culturel et agricole. Boghé et les localités environnantes disposent d’un patrimoine humain et culturel important. Les paysages agricoles de la vallée, les marchés, les villages, les activités d’élevage et les traditions locales pourraient devenir les éléments d’un circuit de découverte. Des visites d’exploitations agricoles pourraient par exemple être proposées. Les visiteurs pourraient découvrir les techniques de culture irriguée, rencontrer les producteurs, acheter directement certains produits et découvrir la gastronomie locale.
Les villages pourraient également proposer des expériences autour de l’artisanat, de la musique, des traditions orales et de l’histoire locale. L’objectif ne serait pas de transformer artificiellement les villages pour les touristes, mais de permettre aux visiteurs de découvrir leur réalité dans des conditions organisées et respectueuses des habitants.
Troisième pôle : Kaédi et le Gorgol, capitale touristique potentielle de la vallée Kaédi pourrait jouer un rôle central dans une stratégie touristique du Sud.
Sa position géographique, son importance historique et économique, sa diversité culturelle et sa proximité avec le fleuve en font une ville particulièrement adaptée pour devenir un point de départ vers plusieurs destinations. Une véritable offre touristique pourrait y être structurée : circuit historique de la ville, découverte de l’architecture, visite des marchés, rencontres avec les artisans, gastronomie, promenades dans les environs et excursions vers les villages. Kaédi pourrait également accueillir un centre d’information touristique consacré à l’ensemble de la vallée.
Un visiteur arrivant dans la ville devrait pouvoir y trouver une carte des sites à découvrir, des guides agréés, les coordonnées des hébergements, des informations sur les villages accessibles et les activités proposées. Le Festival de la Rive du fleuve pourrait alors servir de vitrine à une offre touristique fonctionnant toute l’année plutôt que d’être une finalité en soi.
Quatrième pôle : le Guidimakha, nature, reliefs et tourisme communautaire
Le Guidimakha possède probablement l’un des potentiels les plus singuliers du Sud mauritanien. Ses paysages diffèrent fortement de l’image désertique généralement associée à la Mauritanie. Pendant certaines périodes de l’année, les collines, la végétation, les champs et les paysages ruraux pourraient surprendre un visiteur qui découvre le pays pour la première fois.
Sélibabi pourrait servir de base à des circuits vers les localités environnantes. Le tourisme communautaire serait particulièrement adapté à cette région. Des villages volontaires pourraient accueillir de petits groupes de visiteurs, proposer des repas traditionnels, organiser des visites guidées, présenter leurs activités agricoles et artisanales et mettre en valeur leur patrimoine culturel.
Une partie importante des revenus resterait ainsi directement dans les communautés.
Cinquième pôle : une grande route touristique de la vallée
L’objectif à terme devrait être de relier ces différentes destinations plutôt que de les promouvoir séparément. La Mauritanie pourrait créer une véritable « Route touristique de la vallée du fleuve Sénégal ». Un circuit pourrait par exemple relier : Nouakchott – Diawling – Rosso – Boghé – Kaédi – Sélibabi.
Selon sa durée, le voyage pourrait être proposé sur cinq, sept ou dix jours. Chaque étape aurait sa spécialité : nature et oiseaux au Diawling, fleuve et commerce à Rosso, agriculture et patrimoine rural dans le Brakna, culture et artisanat à Kaédi, paysages et tourisme communautaire dans le Guidimakha.
Une telle route donnerait enfin une identité touristique identifiable au Sud mauritanien.
5. LES POPULATIONS LOCALES DOIVENT ÊTRE AU CENTRE DU PROJET
C’est probablement le point le plus important. Développer le tourisme dans le Sud n’aurait que peu d’intérêt si les principaux bénéficiaires étaient uniquement de grands investisseurs installés à Nouakchott ou des opérateurs extérieurs aux régions concernées. Le tourisme doit devenir une source de revenus pour les habitants.
Les familles pourraient ouvrir des chambres d’hôtes. Les femmes organisées en coopératives pourraient proposer de la restauration, des produits alimentaires locaux et de l’artisanat. Les jeunes pourraient devenir guides, conducteurs, accompagnateurs ou entrepreneurs touristiques. Les pêcheurs pourraient participer à certaines activités fluviales lorsque les conditions de sécurité et la réglementation le permettent.
Les agriculteurs pourraient accueillir des visiteurs dans le cadre de circuits de découverte agricole. Les artisans pourraient vendre directement leurs productions. Le principe devrait être simple : lorsqu’un touriste dépense 10 000 MRU dans une localité, la plus grande partie possible de cette somme devrait circuler dans l’économie locale. C’est ainsi que le tourisme peut devenir un instrument de développement plutôt qu’une simple activité de loisir.
CE QUE LES VILLAGES PEUVENT FAIRE
Il n’est pas nécessaire d’attendre que l’État construise un grand complexe touristique pour commencer. Certains villages pourraient se porter volontaires pour devenir des villages pilotes de tourisme communautaire. Un comité local pourrait être créé avec les habitants, les jeunes, les femmes, les artisans et les autorités locales. Ce comité pourrait identifier ce que le village souhaite montrer aux visiteurs et, tout aussi important, ce qu’il ne souhaite pas ouvrir au tourisme. Il pourrait sélectionner quelques familles capables d’assurer l’hébergement, organiser les repas, identifier des guides et fixer des tarifs transparents.
Une caisse communautaire pourrait recevoir une petite partie des recettes afin de financer des actions utiles au village : assainissement, éclairage, entretien des espaces publics ou protection du patrimoine. Il faudrait surtout éviter de transformer les populations en attractions touristiques. Le visiteur doit venir découvrir une culture et un territoire, pas observer les habitants comme s’ils faisaient partie d’un décor.
CE QUE LES MAIRIES PEUVENT FAIRE
Les communes devraient devenir des acteurs centraux de cette stratégie. Chaque mairie du Sud pourrait commencer par réaliser un inventaire touristique de son territoire. Quels sont les sites naturels intéressants ? Quels sont les lieux historiques ? Quels villages possèdent un patrimoine particulier ? Quels artisans peuvent recevoir des visiteurs ? Où peut-on manger ? Où peut-on dormir ? Quelles routes sont praticables ? Quelles périodes sont les plus favorables ?
Ces informations pourraient être regroupées dans une petite carte touristique communale disponible en version papier et numérique. Les communes pourraient ensuite aménager progressivement les sites : panneaux d’orientation, espaces de repos, toilettes publiques, points d’eau, collecte des déchets et éclairage lorsque cela est nécessaire.
Elles pourraient également faciliter l’installation de petites entreprises touristiques locales. Plusieurs communes pourraient surtout travailler ensemble. Rosso ne doit pas promouvoir Rosso seule, Boghé ne doit pas promouvoir Boghé seule et Kaédi ne doit pas promouvoir Kaédi seule. Le voyageur achète une expérience et un itinéraire. Les communes auraient donc intérêt à construire ensemble une destination appelée « Vallée du fleuve » ou « Sud mauritanien ».
QUEL RÔLE POUR LES ASSOCIATIONS ET LA SOCIÉTÉ CIVILE ?
Les organisations de la société civile pourraient intervenir dans plusieurs domaines : formation des jeunes, protection de l’environnement, valorisation du patrimoine, accompagnement des coopératives féminines et sensibilisation des populations. Elles pourraient également aider les villages à documenter leur histoire. Beaucoup de territoires possèdent une mémoire extraordinaire qui repose encore essentiellement sur la transmission orale.
Les récits historiques, les traditions, les anciens métiers, les chants, les techniques agricoles et artisanales pourraient être documentés avec l’accord des communautés. Les associations pourraient également participer à la formation de guides locaux. Un bon guide ne doit pas seulement connaître un itinéraire. Il doit être capable d’expliquer l’histoire du territoire, son environnement, ses traditions et ses transformations.
CE QUE L’ÉTAT DOIT FAIRE
L’État possède évidemment une responsabilité déterminante. Premièrement, il devrait élaborer un véritable programme de développement touristique spécifique à la vallée du fleuve et au Sud. Ce programme devrait disposer d’un budget, d’un calendrier et d’objectifs mesurables.
Deuxièmement, il faudrait améliorer les infrastructures permettant d’accéder aux sites identifiés.
Il ne s’agit pas nécessairement de construire immédiatement de nouvelles routes partout, mais au minimum de garantir l’accès aux principaux pôles touristiques retenus.
Troisièmement, l’État pourrait mettre en place un mécanisme de financement destiné aux petites entreprises touristiques du Sud.
Un jeune de Kaédi qui souhaite créer une petite agence d’excursions ou une famille du Guidimakha qui veut aménager quatre chambres d’hôtes ne dispose pas nécessairement du capital nécessaire.
Des crédits adaptés, des garanties, des formations en gestion et des mécanismes d’accompagnement pourraient favoriser l’émergence d’entrepreneurs locaux.
Quatrièmement, il faudrait investir dans la formation. Accueil, restauration, hygiène, langues étrangères, guidage, premiers secours, marketing numérique et gestion d’hébergement sont autant de compétences qui pourraient être enseignées localement.
Cinquièmement, la promotion touristique nationale devrait enfin montrer toutes les Mauritanies. La communication touristique du pays ne devrait pas abandonner le désert, qui constitue évidemment un patrimoine exceptionnel et un produit touristique majeur. Elle devrait simplement lui ajouter le fleuve. La Mauritanie pourrait ainsi vendre deux expériences complémentaires : le Sahara et la vallée.
LE TOURISME INTÉRIEUR PEUT SERVIR DE MOTEUR
Avant même d’attirer massivement des touristes étrangers, le Sud pourrait développer une clientèle mauritanienne. Combien de personnes vivant à Nouakchott connaissent réellement le Diawling ? Combien ont passé un week-end touristique à Boghé ? Combien ont visité Kaédi autrement que pour une obligation familiale, administrative ou professionnelle ? Combien connaissent les paysages du Guidimakha ?
Il existe probablement un marché intérieur sous-exploité. Des week-ends organisés depuis Nouakchott pourraient être proposés aux familles et aux groupes de jeunes. Les écoles pourraient organiser des voyages pédagogiques permettant aux élèves de découvrir le fleuve, les zones humides, l’agriculture et le patrimoine culturel du pays. Les entreprises et administrations pourraient également organiser certaines retraites ou activités collectives dans ces régions.
La diaspora constitue également une clientèle potentielle importante. Beaucoup de Mauritaniens vivant en Europe ou ailleurs reviennent pendant leurs vacances sans nécessairement disposer d’offres organisées leur permettant de découvrir leur propre pays.
COMMENCER PETIT, MAIS COMMENCER CONCRÈTEMENT
Il serait probablement contre-productif d’annoncer immédiatement des investissements gigantesques. Une stratégie plus réaliste consisterait à sélectionner quelques destinations pilotes. Pendant une première phase, l’État, les communes et les populations pourraient choisir cinq à dix sites présentant un potentiel immédiat. Il faudrait ensuite y améliorer les conditions d’accueil, former des guides, identifier les hébergements, mettre en place la signalisation et créer des circuits.
Ces destinations seraient ensuite testées auprès de groupes de visiteurs mauritaniens. Leurs remarques permettraient d’améliorer progressivement l’offre. Une deuxième phase pourrait alors ouvrir davantage ces circuits aux visiteurs internationaux et aux agences de voyages étrangères. Il serait également indispensable de mesurer les résultats : nombre de visiteurs, nuitées, dépenses touristiques, emplois créés, entreprises locales bénéficiaires et revenus générés pour les communautés.
Sans statistiques, il sera impossible de savoir si la politique touristique fonctionne réellement.
UN PROJET PILOTE SUR DEUX ANS
Une expérience pourrait être menée sur 24 mois. Les six premiers mois seraient consacrés à l’inventaire des sites, à la consultation des populations et à la sélection des destinations. Les six mois suivants permettraient de former les acteurs, d’améliorer les services essentiels et de créer les premiers circuits. Durant la deuxième année, les circuits seraient commercialisés, d’abord auprès du marché national puis progressivement auprès des visiteurs étrangers.
À la fin du programme, une évaluation publique permettrait de connaître précisément les résultats obtenus. Les projets qui fonctionnent pourraient être étendus. Ceux qui échouent devraient être corrigés ou abandonnés. Cette méthode aurait l’avantage de remplacer progressivement les déclarations d’intention par des résultats mesurables.
LE SUD N’A PAS BESOIN D’ÊTRE « INVENTÉ » COMME DESTINATION, IL DOIT ÊTRE ORGANISÉ
Le potentiel touristique du Sud mauritanien existe déjà.
Le fleuve est là.
Les zones humides sont là.
Les paysages sont là.
Les villages sont là.
Les cultures, les traditions, l’agriculture, la gastronomie et l’artisanat sont là.
Ce qui manque encore, c’est la transformation de ces ressources en une véritable destination touristique structurée. Cela nécessite des routes et des services, mais également des choses parfois beaucoup plus simples : une carte, un guide formé, une auberge propre, un restaurant, une signalisation, un numéro de téléphone pour réserver une excursion et une communication efficace sur Internet. Le tourisme du Sud ne doit surtout pas reproduire un modèle dans lequel les populations regardent passer les visiteurs sans bénéficier réellement de leur présence.
Chaque circuit devrait créer de l’activité économique locale.
Chaque village participant devrait pouvoir en retirer des revenus.
Chaque jeune formé devrait pouvoir y trouver une possibilité d’emploi ou d’entrepreneuriat.
Chaque commune devrait pouvoir transformer une partie des retombées touristiques en amélioration de son territoire. Le tourisme pourrait alors devenir bien davantage qu’un secteur économique : un outil de développement territorial.
La Mauritanie a réussi à construire une image touristique autour de son désert, de Chinguetti, de Ouadane, de ses oasis et de ses grands espaces sahariens. Il ne s’agit pas de remplacer cette image. Il s’agit de la compléter. Car la Mauritanie n’est pas seulement le pays du désert. Elle est aussi le pays du fleuve. Et peut-être que notre prochaine grande destination touristique se trouve précisément là où nous avons trop longtemps oublié de regarder : dans le Sud.
Souleymane Djigo
Source : Kassataya
Pourtant, lorsqu’il est question de tourisme en Mauritanie, le Sud est rarement présenté comme une destination à part entière. Les circuits organisés privilégient principalement l’Adrar et les sites sahariens, tandis que la vallée du fleuve demeure largement absente des offres touristiques les plus visibles.
Pourquoi une région qui possède autant de richesses naturelles, historiques et culturelles ne parvient-elle pas à attirer davantage de visiteurs ? Quelles initiatives ont déjà été engagées pour la valoriser ? Et surtout, comment transformer ce potentiel en une activité économique capable de créer des emplois, de soutenir les communes rurales et d’améliorer les revenus des populations locales ?
La question mérite d’être posée, car le développement touristique du Sud ne devrait pas être envisagé comme une simple extension des circuits existants. Il pourrait constituer un véritable projet de développement territorial, associant les populations, les villages, les communes, les entrepreneurs et l’État.
Le Sud mauritanien : une richesse touristique encore insuffisamment exploitée
Le Sud n’est pas dépourvu de sites touristiques. Il possède au contraire plusieurs atouts qui pourraient permettre de développer des formes de tourisme complémentaires au tourisme saharien.
Dans le Trarza, le Parc national du Diawling offre un environnement exceptionnel pour l’observation des oiseaux, la découverte des zones humides et l’écotourisme. Sa gestion hydraulique contribue à la restauration des écosystèmes du bas-delta du fleuve Sénégal et au maintien d’activités traditionnelles compatibles avec la protection de la biodiversité.
Plus à l’est, la vallée du fleuve traverse des territoires où l’agriculture, la pêche, l’élevage et le commerce ont façonné des modes de vie particuliers.
À Kaédi, par exemple, le patrimoine ne se limite pas aux paysages fluviaux. La ville possède une histoire commerciale ancienne, un artisanat diversifié, des traditions de tissage, de teinture et de poterie, ainsi qu’une gastronomie issue de la rencontre de plusieurs communautés. Ces richesses sont d’ailleurs présentées par l’Office national du tourisme lui-même.
Dans le Guidimakha, les paysages de savane, les terres agricoles, les collines, les villages soninkés et les traditions culturelles constituent autant de ressources susceptibles d’intéresser les voyageurs. L’Office national du tourisme décrit cette région comme un territoire particulièrement arrosé, où se côtoient champs, forêts, reliefs et patrimoine historique.
Il faudrait également accorder une attention particulière aux villages du Brakna et du Gorgol, à leurs marchés, à leur architecture, à leurs traditions agricoles et à leurs relations historiques avec le fleuve.
Le Sud pourrait ainsi développer plusieurs formes de tourisme : écologique, culturel, rural, historique, gastronomique, fluvial et communautaire.
Cependant, il ne suffit pas de posséder des ressources naturelles ou culturelles pour devenir une destination touristique. Encore faut-il les identifier, les préserver, les rendre accessibles et proposer des expériences suffisamment organisées pour attirer les visiteurs. C’est précisément à ce niveau que se situe le principal défi.
Les pouvoirs publics ont-ils déjà tenté de développer le tourisme dans le Sud ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la valorisation touristique de la vallée du fleuve Sénégal n’est pas une idée nouvelle. Plusieurs initiatives institutionnelles, stratégies et projets ont déjà été annoncés ou engagés.
Le véritable enjeu consiste désormais à déterminer ce qui a effectivement été réalisé, ce qui reste à accomplir et comment inscrire ces initiatives dans une politique de développement durable.
Une stratégie touristique nationale déjà élaborée
Le ministère chargé du Tourisme a publié, le 31 mars 2020, une Stratégie nationale de développement touristique accompagnée d’un programme d’actions prioritaires et d’un diagnostic opérationnel. L’existence de ce document montre que la réflexion sur la structuration du secteur touristique mauritanien précède les initiatives récentes consacrées au tourisme intérieur.
Toutefois, l’existence d’une stratégie nationale ne suffit pas à établir que des investissements ont effectivement été réalisés dans les communes du Sud. Une évaluation territoriale devrait préciser les projets financés, les infrastructures construites, les emplois créés et les résultats obtenus dans chaque wilaya.
Le Parc national du Diawling : un projet concret d’écotourisme
Le Diawling constitue l’une des expériences les plus intéressantes en matière de développement touristique dans le Sud. Dans le cadre de son Plan d’aménagement et de gestion 2023-2027, le parc a intégré un volet consacré au développement de l’écotourisme et au renforcement de sa visibilité. Un projet de coopération méditerranéenne, REBOOT MED, a également prévu le développement de nouvelles offres touristiques durables. L’entreprise MAURISERT a été retenue à l’issue d’un appel à projets destiné à promouvoir les activités écotouristiques dans le parc.
Les termes de référence publiés en 2023 prévoyaient notamment l’élaboration d’une stratégie d’écotourisme, d’un plan d’affaires et de circuits intégrant le Diawling à d’autres destinations nationales, dont le Banc d’Arguin et l’Adrar. Cette initiative illustre une approche qui mérite d’être étudiée pour d’autres territoires : associer la conservation de l’environnement, les entreprises locales, les collectivités et les communautés riveraines. Il serait néanmoins nécessaire de publier un bilan des activités effectivement mises en œuvre, de leur fréquentation et de leurs retombées économiques pour les populations du parc.
2025 : le tourisme intérieur devient une priorité gouvernementale
En 2025, le gouvernement mauritanien a présenté un plan spécial de relance du tourisme intérieur. Selon la communication présentée en Conseil des ministres, ce programme vise notamment à proposer des destinations touristiques organisées, à développer une offre de services à des prix raisonnables, à soutenir l’emploi régional et à redynamiser les espaces culturels, sportifs et communautaires. Cette orientation pourrait bénéficier directement au Sud mauritanien, à condition que les destinations de la vallée soient intégrées aux circuits proposés et que les investissements ne se concentrent pas uniquement dans les zones touristiques déjà connues.
Le tourisme intérieur représente en effet une première clientèle potentielle : familles mauritaniennes, jeunes, associations, établissements scolaires, entreprises et ressortissants des régions vivant à Nouakchott ou à l’étranger.
Kaédi : un atelier consacré au développement du tourisme intérieur
En 2025, Kaédi a accueilli un atelier régional sur la stratégie de développement du tourisme intérieur, organisé par le ministère du Commerce et du Tourisme. Selon l’Agence mauritanienne d’information, cette rencontre s’inscrivait dans la préparation de la saison touristique de l’automne et dans les activités du Festival de la Rive du fleuve pour le développement du tourisme. Les autorités y ont souligné la nécessité de valoriser les atouts touristiques régionaux et de renforcer la coopération entre les acteurs du secteur. Cette initiative démontre que la vallée du fleuve commence à occuper une place dans les réflexions institutionnelles.
Mais une question demeure : après les ateliers et les festivals, combien de circuits permanents ont été créés ? Combien de guides ont été formés ? Combien d’hébergements ont été développés ? Combien de visiteurs sont revenus dans la région en dehors des événements officiels ? Ces indicateurs devraient désormais permettre d’apprécier les résultats des politiques publiques.
2026 : le Guidimakha mis à l’honneur
En août 2026, Sélibabi a accueilli le lancement de la Saison de la culture de la vallée, dans le cadre de la deuxième édition du programme de tourisme intérieur « Ma patrie… ma destination ». À cette occasion, la ministre du Commerce et du Tourisme, Zeinebou Mint Ahmednah, a présenté le Guidimakha comme une destination touristique prometteuse. Elle a notamment insisté sur l’amélioration des services, le développement de l’hébergement, des transports, de l’orientation touristique et des produits culturels, ainsi que sur la nécessité d’encourager les initiatives locales. La ministre a également appelé les ressortissants du Guidimakha établis à l’étranger à investir dans les infrastructures touristiques et à soutenir les initiatives des jeunes.
Cette déclaration mérite une attention particulière, car elle identifie plusieurs conditions concrètes du développement touristique régional. Elle reconnaît implicitement qu’un patrimoine naturel et culturel, aussi riche soit-il, ne peut générer durablement des revenus sans services, infrastructures, organisation et participation des populations. Le défi consiste désormais à transformer cette mobilisation autour de la culture de la vallée en une activité économique qui fonctionne toute l’année, au-delà des seules périodes de festivals.
Pourquoi le tourisme peine-t-il encore à se développer dans le Sud ?
Les difficultés rencontrées par le Sud mauritanien ne sont pas exclusivement régionales. Elles s’inscrivent dans les problèmes structurels du tourisme national. Dans sa Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée, l’État mauritanien avait notamment identifié la faiblesse des infrastructures touristiques, l’insuffisance des investissements, le manque de professionnalisme et la faiblesse de la demande touristique locale parmi les contraintes du secteur.
Un diagnostic de la Banque mondiale avait également relevé le manque d’hébergements adaptés en dehors des principaux centres urbains, les difficultés d’accès, la qualité insuffisante de certains services et le manque de statistiques touristiques fiables. Ces constats permettent de mieux comprendre les obstacles à surmonter dans la vallée du fleuve Sénégal.
Le manque d’infrastructures adaptées
Un voyageur qui souhaite découvrir les villages du Gorgol ou du Guidimakha doit pouvoir trouver un hébergement propre, une restauration de qualité, des sanitaires, de l’eau potable, un moyen de transport fiable et des informations sur les activités disponibles. Or, la présence de ces services ne peut être présumée dans toutes les localités. Il ne s’agit pas nécessairement de construire de grands hôtels. Des auberges familiales, des maisons d’hôtes, de petits campements écologiques et des restaurants locaux pourraient répondre à une partie des besoins. L’objectif devrait être de créer une offre accessible aux Mauritaniens tout en répondant aux attentes des visiteurs étrangers.
Des ressources touristiques insuffisamment organisées
Un village peut posséder une histoire remarquable, des traditions artisanales et un environnement naturel intéressant sans pour autant disposer d’une offre touristique commercialisable. Pour attirer les visiteurs, il faut identifier les lieux à découvrir, organiser les visites, former des guides, proposer des activités et fixer des tarifs transparents. Il faut surtout donner aux voyageurs une raison de prolonger leur séjour. Un touriste qui traverse Kaédi sans savoir ce qu’il peut visiter ne représente qu’une occasion économique limitée pour la ville. En revanche, s’il peut participer à une visite patrimoniale, découvrir les ateliers artisanaux, déjeuner dans un restaurant local et passer une nuit dans une auberge, plusieurs acteurs économiques bénéficient de sa présence.
Une promotion encore trop dépendante des événements
Les festivals et les saisons culturelles permettent de faire connaître une région, mais leur effet économique risque de rester ponctuel si aucune offre permanente ne prend le relais. Une commune ne devrait pas attendre l’organisation d’un festival annuel pour accueillir des visiteurs. Elle pourrait proposer des excursions, des circuits culturels, des séjours ruraux et des activités de découverte pendant les périodes adaptées. La communication touristique devrait ainsi passer d’une logique essentiellement événementielle à une promotion continue des destinations.
Le défi climatique et environnemental
La saison des pluies transforme les paysages du Sud et constitue un atout visuel important. Mais elle peut également compliquer les déplacements sur certaines pistes et rendre certaines activités moins accessibles.Les périodes les plus favorables doivent donc être déterminées selon les territoires et les activités proposées. L’Office national du tourisme indique, à titre général, que la période de novembre à avril est plus favorable aux voyages en Mauritanie, tandis que les fortes chaleurs et les pluies caractérisent une partie de l’année. Le développement touristique devrait également intégrer la gestion des déchets, la protection des berges, la préservation des zones humides et la disponibilité de l’eau. Il serait contradictoire de développer le tourisme au nom de la beauté du fleuve tout en laissant les activités touristiques dégrader ses écosystèmes.
La sécurité et la qualité des déplacements
La question sécuritaire doit être prise en compte sans présenter l’ensemble du Sud comme une zone dangereuse. Les conditions de déplacement varient selon les régions et les itinéraires, particulièrement à proximité de certaines frontières. Les conseils aux voyageurs publiés par le gouvernement canadien signalent notamment des risques dans certaines zones orientales du pays et des difficultés liées aux transports routiers Les circuits touristiques devraient donc être conçus en concertation avec les autorités compétentes, en tenant compte de l’état des routes, des conditions saisonnières, des services de secours et des restrictions éventuelles de circulation.
Le tourisme fluvial, en particulier, nécessiterait des embarcations adaptées, des équipements de sécurité, des conducteurs formés et le respect des réglementations applicables à la navigation et aux frontières. Comment transformer le Sud en une véritable destination touristique ? La réponse ne réside pas uniquement dans la construction d’hôtels ou l’organisation de nouveaux festivals. Il faudrait concevoir une offre touristique territoriale, fondée sur les particularités de chaque région et sur la participation économique des populations. Une approche progressive pourrait permettre de commencer avec quelques destinations pilotes, d’évaluer leur fonctionnement et d’étendre ensuite les expériences concluantes.
Proposition : cinq pôles touristiques complémentaires.
Premier pôle : le Trarza, entre fleuve, océan et zones humides
Le Trarza pourrait constituer la porte d’entrée naturelle d’un grand circuit touristique du Sud mauritanien. Sa proximité avec Nouakchott représente un avantage considérable. En quelques heures, le visiteur peut passer de la capitale aux paysages du bas-delta du fleuve Sénégal.
Le Parc national du Diawling pourrait constituer le cœur de cette offre, avec l’observation des oiseaux, la découverte des zones humides, les promenades guidées et la découverte des activités traditionnelles des communautés riveraines. Rosso pourrait compléter cette offre grâce au fleuve, à ses marchés, à son activité commerciale et à sa position de ville frontalière avec le Sénégal. À terme, il serait possible d’imaginer des circuits combinant Nouakchott, le Diawling, Rosso et certaines localités rurales du Trarza.
Deuxième pôle : le Brakna, entre fleuve, agriculture et patrimoine rural
Le Brakna pourrait développer une offre reposant davantage sur le tourisme rural, culturel et agricole. Boghé et les localités environnantes disposent d’un patrimoine humain et culturel important. Les paysages agricoles de la vallée, les marchés, les villages, les activités d’élevage et les traditions locales pourraient devenir les éléments d’un circuit de découverte. Des visites d’exploitations agricoles pourraient par exemple être proposées. Les visiteurs pourraient découvrir les techniques de culture irriguée, rencontrer les producteurs, acheter directement certains produits et découvrir la gastronomie locale.
Les villages pourraient également proposer des expériences autour de l’artisanat, de la musique, des traditions orales et de l’histoire locale. L’objectif ne serait pas de transformer artificiellement les villages pour les touristes, mais de permettre aux visiteurs de découvrir leur réalité dans des conditions organisées et respectueuses des habitants.
Troisième pôle : Kaédi et le Gorgol, capitale touristique potentielle de la vallée Kaédi pourrait jouer un rôle central dans une stratégie touristique du Sud.
Sa position géographique, son importance historique et économique, sa diversité culturelle et sa proximité avec le fleuve en font une ville particulièrement adaptée pour devenir un point de départ vers plusieurs destinations. Une véritable offre touristique pourrait y être structurée : circuit historique de la ville, découverte de l’architecture, visite des marchés, rencontres avec les artisans, gastronomie, promenades dans les environs et excursions vers les villages. Kaédi pourrait également accueillir un centre d’information touristique consacré à l’ensemble de la vallée.
Un visiteur arrivant dans la ville devrait pouvoir y trouver une carte des sites à découvrir, des guides agréés, les coordonnées des hébergements, des informations sur les villages accessibles et les activités proposées. Le Festival de la Rive du fleuve pourrait alors servir de vitrine à une offre touristique fonctionnant toute l’année plutôt que d’être une finalité en soi.
Quatrième pôle : le Guidimakha, nature, reliefs et tourisme communautaire
Le Guidimakha possède probablement l’un des potentiels les plus singuliers du Sud mauritanien. Ses paysages diffèrent fortement de l’image désertique généralement associée à la Mauritanie. Pendant certaines périodes de l’année, les collines, la végétation, les champs et les paysages ruraux pourraient surprendre un visiteur qui découvre le pays pour la première fois.
Sélibabi pourrait servir de base à des circuits vers les localités environnantes. Le tourisme communautaire serait particulièrement adapté à cette région. Des villages volontaires pourraient accueillir de petits groupes de visiteurs, proposer des repas traditionnels, organiser des visites guidées, présenter leurs activités agricoles et artisanales et mettre en valeur leur patrimoine culturel.
Une partie importante des revenus resterait ainsi directement dans les communautés.
Cinquième pôle : une grande route touristique de la vallée
L’objectif à terme devrait être de relier ces différentes destinations plutôt que de les promouvoir séparément. La Mauritanie pourrait créer une véritable « Route touristique de la vallée du fleuve Sénégal ». Un circuit pourrait par exemple relier : Nouakchott – Diawling – Rosso – Boghé – Kaédi – Sélibabi.
Selon sa durée, le voyage pourrait être proposé sur cinq, sept ou dix jours. Chaque étape aurait sa spécialité : nature et oiseaux au Diawling, fleuve et commerce à Rosso, agriculture et patrimoine rural dans le Brakna, culture et artisanat à Kaédi, paysages et tourisme communautaire dans le Guidimakha.
Une telle route donnerait enfin une identité touristique identifiable au Sud mauritanien.
5. LES POPULATIONS LOCALES DOIVENT ÊTRE AU CENTRE DU PROJET
C’est probablement le point le plus important. Développer le tourisme dans le Sud n’aurait que peu d’intérêt si les principaux bénéficiaires étaient uniquement de grands investisseurs installés à Nouakchott ou des opérateurs extérieurs aux régions concernées. Le tourisme doit devenir une source de revenus pour les habitants.
Les familles pourraient ouvrir des chambres d’hôtes. Les femmes organisées en coopératives pourraient proposer de la restauration, des produits alimentaires locaux et de l’artisanat. Les jeunes pourraient devenir guides, conducteurs, accompagnateurs ou entrepreneurs touristiques. Les pêcheurs pourraient participer à certaines activités fluviales lorsque les conditions de sécurité et la réglementation le permettent.
Les agriculteurs pourraient accueillir des visiteurs dans le cadre de circuits de découverte agricole. Les artisans pourraient vendre directement leurs productions. Le principe devrait être simple : lorsqu’un touriste dépense 10 000 MRU dans une localité, la plus grande partie possible de cette somme devrait circuler dans l’économie locale. C’est ainsi que le tourisme peut devenir un instrument de développement plutôt qu’une simple activité de loisir.
CE QUE LES VILLAGES PEUVENT FAIRE
Il n’est pas nécessaire d’attendre que l’État construise un grand complexe touristique pour commencer. Certains villages pourraient se porter volontaires pour devenir des villages pilotes de tourisme communautaire. Un comité local pourrait être créé avec les habitants, les jeunes, les femmes, les artisans et les autorités locales. Ce comité pourrait identifier ce que le village souhaite montrer aux visiteurs et, tout aussi important, ce qu’il ne souhaite pas ouvrir au tourisme. Il pourrait sélectionner quelques familles capables d’assurer l’hébergement, organiser les repas, identifier des guides et fixer des tarifs transparents.
Une caisse communautaire pourrait recevoir une petite partie des recettes afin de financer des actions utiles au village : assainissement, éclairage, entretien des espaces publics ou protection du patrimoine. Il faudrait surtout éviter de transformer les populations en attractions touristiques. Le visiteur doit venir découvrir une culture et un territoire, pas observer les habitants comme s’ils faisaient partie d’un décor.
CE QUE LES MAIRIES PEUVENT FAIRE
Les communes devraient devenir des acteurs centraux de cette stratégie. Chaque mairie du Sud pourrait commencer par réaliser un inventaire touristique de son territoire. Quels sont les sites naturels intéressants ? Quels sont les lieux historiques ? Quels villages possèdent un patrimoine particulier ? Quels artisans peuvent recevoir des visiteurs ? Où peut-on manger ? Où peut-on dormir ? Quelles routes sont praticables ? Quelles périodes sont les plus favorables ?
Ces informations pourraient être regroupées dans une petite carte touristique communale disponible en version papier et numérique. Les communes pourraient ensuite aménager progressivement les sites : panneaux d’orientation, espaces de repos, toilettes publiques, points d’eau, collecte des déchets et éclairage lorsque cela est nécessaire.
Elles pourraient également faciliter l’installation de petites entreprises touristiques locales. Plusieurs communes pourraient surtout travailler ensemble. Rosso ne doit pas promouvoir Rosso seule, Boghé ne doit pas promouvoir Boghé seule et Kaédi ne doit pas promouvoir Kaédi seule. Le voyageur achète une expérience et un itinéraire. Les communes auraient donc intérêt à construire ensemble une destination appelée « Vallée du fleuve » ou « Sud mauritanien ».
QUEL RÔLE POUR LES ASSOCIATIONS ET LA SOCIÉTÉ CIVILE ?
Les organisations de la société civile pourraient intervenir dans plusieurs domaines : formation des jeunes, protection de l’environnement, valorisation du patrimoine, accompagnement des coopératives féminines et sensibilisation des populations. Elles pourraient également aider les villages à documenter leur histoire. Beaucoup de territoires possèdent une mémoire extraordinaire qui repose encore essentiellement sur la transmission orale.
Les récits historiques, les traditions, les anciens métiers, les chants, les techniques agricoles et artisanales pourraient être documentés avec l’accord des communautés. Les associations pourraient également participer à la formation de guides locaux. Un bon guide ne doit pas seulement connaître un itinéraire. Il doit être capable d’expliquer l’histoire du territoire, son environnement, ses traditions et ses transformations.
CE QUE L’ÉTAT DOIT FAIRE
L’État possède évidemment une responsabilité déterminante. Premièrement, il devrait élaborer un véritable programme de développement touristique spécifique à la vallée du fleuve et au Sud. Ce programme devrait disposer d’un budget, d’un calendrier et d’objectifs mesurables.
Deuxièmement, il faudrait améliorer les infrastructures permettant d’accéder aux sites identifiés.
Il ne s’agit pas nécessairement de construire immédiatement de nouvelles routes partout, mais au minimum de garantir l’accès aux principaux pôles touristiques retenus.
Troisièmement, l’État pourrait mettre en place un mécanisme de financement destiné aux petites entreprises touristiques du Sud.
Un jeune de Kaédi qui souhaite créer une petite agence d’excursions ou une famille du Guidimakha qui veut aménager quatre chambres d’hôtes ne dispose pas nécessairement du capital nécessaire.
Des crédits adaptés, des garanties, des formations en gestion et des mécanismes d’accompagnement pourraient favoriser l’émergence d’entrepreneurs locaux.
Quatrièmement, il faudrait investir dans la formation. Accueil, restauration, hygiène, langues étrangères, guidage, premiers secours, marketing numérique et gestion d’hébergement sont autant de compétences qui pourraient être enseignées localement.
Cinquièmement, la promotion touristique nationale devrait enfin montrer toutes les Mauritanies. La communication touristique du pays ne devrait pas abandonner le désert, qui constitue évidemment un patrimoine exceptionnel et un produit touristique majeur. Elle devrait simplement lui ajouter le fleuve. La Mauritanie pourrait ainsi vendre deux expériences complémentaires : le Sahara et la vallée.
LE TOURISME INTÉRIEUR PEUT SERVIR DE MOTEUR
Avant même d’attirer massivement des touristes étrangers, le Sud pourrait développer une clientèle mauritanienne. Combien de personnes vivant à Nouakchott connaissent réellement le Diawling ? Combien ont passé un week-end touristique à Boghé ? Combien ont visité Kaédi autrement que pour une obligation familiale, administrative ou professionnelle ? Combien connaissent les paysages du Guidimakha ?
Il existe probablement un marché intérieur sous-exploité. Des week-ends organisés depuis Nouakchott pourraient être proposés aux familles et aux groupes de jeunes. Les écoles pourraient organiser des voyages pédagogiques permettant aux élèves de découvrir le fleuve, les zones humides, l’agriculture et le patrimoine culturel du pays. Les entreprises et administrations pourraient également organiser certaines retraites ou activités collectives dans ces régions.
La diaspora constitue également une clientèle potentielle importante. Beaucoup de Mauritaniens vivant en Europe ou ailleurs reviennent pendant leurs vacances sans nécessairement disposer d’offres organisées leur permettant de découvrir leur propre pays.
COMMENCER PETIT, MAIS COMMENCER CONCRÈTEMENT
Il serait probablement contre-productif d’annoncer immédiatement des investissements gigantesques. Une stratégie plus réaliste consisterait à sélectionner quelques destinations pilotes. Pendant une première phase, l’État, les communes et les populations pourraient choisir cinq à dix sites présentant un potentiel immédiat. Il faudrait ensuite y améliorer les conditions d’accueil, former des guides, identifier les hébergements, mettre en place la signalisation et créer des circuits.
Ces destinations seraient ensuite testées auprès de groupes de visiteurs mauritaniens. Leurs remarques permettraient d’améliorer progressivement l’offre. Une deuxième phase pourrait alors ouvrir davantage ces circuits aux visiteurs internationaux et aux agences de voyages étrangères. Il serait également indispensable de mesurer les résultats : nombre de visiteurs, nuitées, dépenses touristiques, emplois créés, entreprises locales bénéficiaires et revenus générés pour les communautés.
Sans statistiques, il sera impossible de savoir si la politique touristique fonctionne réellement.
UN PROJET PILOTE SUR DEUX ANS
Une expérience pourrait être menée sur 24 mois. Les six premiers mois seraient consacrés à l’inventaire des sites, à la consultation des populations et à la sélection des destinations. Les six mois suivants permettraient de former les acteurs, d’améliorer les services essentiels et de créer les premiers circuits. Durant la deuxième année, les circuits seraient commercialisés, d’abord auprès du marché national puis progressivement auprès des visiteurs étrangers.
À la fin du programme, une évaluation publique permettrait de connaître précisément les résultats obtenus. Les projets qui fonctionnent pourraient être étendus. Ceux qui échouent devraient être corrigés ou abandonnés. Cette méthode aurait l’avantage de remplacer progressivement les déclarations d’intention par des résultats mesurables.
LE SUD N’A PAS BESOIN D’ÊTRE « INVENTÉ » COMME DESTINATION, IL DOIT ÊTRE ORGANISÉ
Le potentiel touristique du Sud mauritanien existe déjà.
Le fleuve est là.
Les zones humides sont là.
Les paysages sont là.
Les villages sont là.
Les cultures, les traditions, l’agriculture, la gastronomie et l’artisanat sont là.
Ce qui manque encore, c’est la transformation de ces ressources en une véritable destination touristique structurée. Cela nécessite des routes et des services, mais également des choses parfois beaucoup plus simples : une carte, un guide formé, une auberge propre, un restaurant, une signalisation, un numéro de téléphone pour réserver une excursion et une communication efficace sur Internet. Le tourisme du Sud ne doit surtout pas reproduire un modèle dans lequel les populations regardent passer les visiteurs sans bénéficier réellement de leur présence.
Chaque circuit devrait créer de l’activité économique locale.
Chaque village participant devrait pouvoir en retirer des revenus.
Chaque jeune formé devrait pouvoir y trouver une possibilité d’emploi ou d’entrepreneuriat.
Chaque commune devrait pouvoir transformer une partie des retombées touristiques en amélioration de son territoire. Le tourisme pourrait alors devenir bien davantage qu’un secteur économique : un outil de développement territorial.
La Mauritanie a réussi à construire une image touristique autour de son désert, de Chinguetti, de Ouadane, de ses oasis et de ses grands espaces sahariens. Il ne s’agit pas de remplacer cette image. Il s’agit de la compléter. Car la Mauritanie n’est pas seulement le pays du désert. Elle est aussi le pays du fleuve. Et peut-être que notre prochaine grande destination touristique se trouve précisément là où nous avons trop longtemps oublié de regarder : dans le Sud.
Souleymane Djigo
Source : Kassataya

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