Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

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"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

M. Amadou Bathily, président

Ousmane Abdoul Sarr, secrétaire général

M. Hamdou Rabby Sy, porte-parole

Mme Rougui Dia, trésorière

Chargé de l’organisation Ngolo Diarra

Commissaire au compte Mme Diop Marième

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

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AVOMM

Contribution : L’institution du serment : Innovation Sociologique ou Propos d’ivrogne ?Par le Pr Malick Ndiaye, Sociologue( Sénégal)


Plus que le Sénat, dont la réhabilitation équivaut à la reconnaissance d’une erreur de jeunesse de l’Alternance dans sa phase romantique, l’institution du Serment qui est d’ordre sociologique et non plus du domaine de la cohérence institutionnelle démocratique et républicaine, se situe à l’intersection de l’histoire, des mœurs et de la culture, registre dont la centralité vis-à-vis tout projet de modernisation de la société et des hommes n’avait guère été perçu jusqu’ici, ou si peu.
D’où suit que l’institution du Serment qui est d’ordre stratégique et culturel et non d’ordre institutionnel et conjoncturel, va au-delà des attendus immédiats ou des gains des initiateurs, pour toucher à la question de l’Etat au Sénégal, sinon en Afrique subsaharienne, lequel, au-delà de ses habits d’emprunt et de ses codes d’importation, de ses valeurs de mimétisme et de ses rituels venus d’ailleurs, souffrait cruellement d’un manque qui en dénaturait l’apparence et en limitait les effets attendus : le manque d’ancrage dans les croyances, les pratiques et les valeurs, et partant, son caractère d’externalité qui en faisait tour à tour un instrument de domination de la métropole ou un moyen de promotion des élites coupées de la masse dont les dispositifs institutionnels ne correspondaient pas jusqu’ici au vécu, aux perceptions, aux concepts et aux tables des valeurs, que seuls l’histoire et la sociologie, les religions et l’anthropologie, les arts et les métiers confèrent à un peuple ou à des groupes de peuples. Aussi l’institution du Serment vaut-elle à tous égard comme un rappel sinon une mise au point, et peut-être une mise en garde ou une menace quant à l’inadéquation de l’appareillage institutionnel actuel ou passé par rapport à leurs missions. Partant, au-delà des questions de conjoncture et de problèmes « sénégalo-sénégalais », il y a quelque chose de plus profond qui est énoncé, mais pas forcément reconnu ni clairement identifié, dont il convient de discuter sur le fond pour éviter de surajouter encore une fois de plus, à des questions stratégiques des considérations étriquées même si légitimes, qui parasitent le noyau créatif et fécond qui ne demande qu’à être examiné pour aller plus loin, bien plus loin que les techniques de ruse qui pourraient les accompagner. Quand Senghor nous quitta, les gauchismes théorique et intellectuel des années soixante, parmi les plus illustres, Mamoussé et Sémou en particulier, ont versé de chaudes larmes et reconnu ce grand Maître seulement post mortem. Les élites contemporaines de Cheikh Anta n’ont pas fait mieux. Il en est de même pour SEMBENE, pour ne citer que le cas le plus récent, sans parler de grandes figures des arts comme Mamadou KONTE, ou des lettres et de la culture que nous querellons ou négligeons de leur vivant, avant de nous rendre compte de leur mérite lorsqu’ils sont arrachés au regard des hommes. Dans le cas des propositions d’un homme de plus de 80 ans, et qui plus est chef d’Etat rempilant pour son second mandat, les innovations ne sont pas seulement des formules et des jeux de ruse qui devraient être tenus pour des astuces – sans plus – mais des manières d’initiative et des options de valeur testamentaire à cogiter et à approfondir. De même qu’une maxime ou un proverbe sonne de manière différente dans la bouche d’un enfant ou d’un fou, qui les répète par penchant, délectation ou plaisir, sans vraiment les comprendre, que dans les propos d’un quadragénaire, qui les charge du contenu de la vie, de l’expérience et de la vision probable d’un futur potentiel non vécu, mais senti, on ne saurait folkloriser la question du serment dans les méandres des règlements de compte politiques du moment, mais examiner sur le fond, ce qui doit l’être et se défier la chiromancie des faiseurs de roi autant que de la pseudo-sagesse des courtisans. Au fond, la leçon de l’institution du Serment est que si l’Etat n’est pas réformé (complété ?) dans sa conception mimétique et son fonctionnement d’emprunt, il s’effondrera de lui-même sur la société, parce qu’il coûte sans rapporter grand-chose et peine à assumer ses missions régaliennes comme elles devraient l’être. Il ne s’agit donc pas d’attendre que l’Etat fasse sa mue de lui-même, mais d’anticiper par des actes et des mesure, qui au fond ne concernent pas seulement l’appareil d’Etat, mais toute la société, qui de toute évidence traverse une phase d’anomie généralisée qui appelle un cours nouveau, de l’audace et du génie qu’Amadou Guèye nomme Nouvelle République.

I – Problématique de l’institution du Serment. Innovation sociologique ou imposture institutionnelle ? Acte politique majeur ou serment d’ivrogne ?

Diversion du Prince ou Dégénérescence monarchique de la République, sur fond de controverses sur l’hérédité monarchique du père par le fils, de donation du parti à la « Génération du concret » ?

Sans doute. Mais, faut-il pour autant enfermer le débat à l’intérieur des joutes politiques irrépressibles entre le Pouvoir et l’Opposition, et du même coup, évacuer le problème historico-politique et sociologique de l’institution du Serment comme mécanisme de complétion et de revitalisation des institutions étatiques, et ce, au nom de la surdétermination de toutes les questions du développement du Sénégal par la lutte entre les deux segments de la classe politique traditionnelle ? En effet, une fois que l’on a réduit cette mesure aux stratégies et volontés du Pouvoir de se maintenir ou à la volonté de l’Opposition de se remettre en selle, a-t-on pour autant répondu à la question transpartisane et transcitoyenne de caractère civique et d’orientation éthique de la confidentialité requise, quel que soit le régime politique ou le parti au pouvoir, hier aujourd’hui et demain, dans la gestion des affaires internes de l’Etat ? De toute évidence, non. Or donc, si un Etat ayant une personnalité propre vis-à-vis de lui-même et à l’égard des autres Etats, entend assumer ses devoirs et ses obligations, jusqu’où peut-il étaler sur la place publique ses affaires internes et sa vie intérieure sans cesser d’exister, sans provoquer l’irrespect de l’autre, ternir son image et saper son crédit ? Ces questions sont basiques et devraient le rester, qui nécessitent l’institution de garde-fous indispensables à la sécurité collective que l’Etat a pour mission de promouvoir et de préserver, d’étendre et de cultiver. On peut donc, trouver la démarche de Wade maladroite ou coupable, géniale et hardie, mais une fois que l’on a fini de s’émouvoir de ses excès ou de s’enorgueillir de son génie, est-on pour autant plus avancé sur cette question sensible qui ne date pas d’aujourd’hui et dont Wade n’a fait, sur le fond, qu’apporter ces solutions propres sans toutefois les épuiser ?De plus, si l’Opposition est dans son rôle de critiquer le Pouvoir, et Wade dans le sien, de proposer des solutions et des formules, peut-on se dispenser d’une citoyenne sur les questions d’enjeu qui commandent le présent et le futur, en faisant des procès d’intention et des insinuations, en lieu et place d’un examen circonstancié et objectif, serein et rigoureux de l’un des problèmes centraux de la construction de l’Etat moderne au Sénégal : celui du civisme des hauts fonctionnaires et, par suite, celui du respect par ces derniers des devoirs de leurs fonctions, singulièrement dans l’exercice des charges ministérielles, ou, à l’inverse, celui de la félonie de hauts fonctionnaires, de la Haute trahison de la part d’anciens ou d’actuels chefs de gouvernement, sans compter les crimes de lèse-majesté qui semblent s’être multipliés à proportion de la rotation vertigineuse du personnel gouvernemental depuis une dizaine d’années ? Ces questions semblent d’autant plus prégnantes qu’il y a une tendance marquée chez les hommes politiques du Pouvoir comme de l’Opposition à recourir à la révélation de crimes réels ou fictifs des hommes d’Etat, lors de l’exercice de leurs fonctions comme d’une arme (politique), laquelle, certes, avilit ses auteurs, même en situation de légitime défense, et encore, mais nuit encore bien plus gravement aux intérêts de l’Etat ainsi touché dans son fonctionnement intime, dans ses symboles, ses figures. La passion dévoreuse et suicidaire de la classe politique n’explique pas tout. Il y a bien un défaut de civisme et d’éducation dont les tares peuvent conduire au pire, altérer les sens et fausser le jugement. Le problème est dès lors, de savoir si la formation et la culture peuvent remédier à ces maux, selon le principe bien de chez nous que la compétence (des tubaab) sans les vertus (des ancêtres) est vaine. Senghor avait senti le problème qui faisait jouer Mac Beth à Sorano pour instruire et dissuader la classe politique de l’époque et les milieux d’affaires au sujet des méfaits et des outrances du Pouvoir. Mais ce fut en pure perte apparemment, car les logiques de l’accaparement et de la dissimulation avaient fini d’envahir toutes les sphères, y compris celles du Pouvoir sans que la culture humaniste de M. Senghor puît y faire quoi que ce soit. Si donc, comme Léo l’avait bien vu, un pays de vieille civilisation politique démocratique se doit d’être efficace sans être destructeur mais efficient, c’est-à-dire soigner l’avenir et le présent, y compris dans les batailles politiques les plus âpres, en humanisant les conflits et en en tempérant les rigueurs dans les limites du licite culturel, du permis politique et du tolérable sociologique, on voit bien que ce qui a changé c’est la manière dont le problème est posé présentement, non le problème lui-même. Qui plus est, lorsque l’on est passé de Senghor à Diouf et de ce dernier à Wade, la chose n’a pas faibli, mais augmenté de façon considérable, tant sous l’effet de l’argent que de la transhumance, de la misère intellectuelle des nouveaux riches que la banalisation des crimes des élites et des cols blancs. Il n’est pas jusqu’à Mamadou DIA en 1961 et 1962, qui n’avait pas perçu les dangers du mode de vie et des styles de dépense et de consommation dispendieux de nos gens sur la gestion de l’Etat et l’inconduite des agents fonctionnaires, singulièrement les hauts fonctionnaires, mais en cherchant quelque recours du côté des lois sur les cérémonies familiales, lois précisées plus tard par les ordonnances de 1967, il n’avait fait que mettre le doigt sans vraiment le guérir sur les plaies relevant non de l’institutionnel mais du sociologique même et du culturel. Partant, il y a des raisons de penser, près d’un demi-siècle plus tard, après trois régimes successifs, que même dans ses erreurs les plus manifestes, Wade pourrait se révéler supérieur à ses détracteurs comme à ses laudateurs des deux camps, singulièrement à propos de la question du serment, pour ce qu’il en dit et fait voir, comme pour ce qu’il omet de manière volontaire ou involontaire. En effet, là où les chefs politiques de l’Opposition n’auront vu qu’un serment d’ivrogne, juste destiné à amuser la galerie et à tenir en laisse les transhumants et les alliés récalcitrants, les seconds n’ont perçu qu’une malice supplémentaire, véritable signe de sénilité d’un Président atteint par la limite d’âge, lequel chercherait du côté des principes monarchiques, des recours vains contre la république démocratique dont il ne supportent plus les règles. Et pourtant, il y a bien un problème autrement plus sérieux et plus profond que le jeu de yoyo au sein de la classe politique traditionnelle.

II – l’Etat moderne entre secret d’Etat et confidentialité légale Pas d’Etat sans secret, qui le nie ?

Si Wade avait consenti aux demandes de report des législatives et abondé dans le sens des concertations nationales et des tables rondes, ainsi qu’à toutes ces manières d’arrangements politiques en lieu et place du suffrage des électeurs, par-dessus la tête des citoyens, l’Etat aurait eu sans doute un répit de la part des boycotteurs, mais à quel prix ? Et selon toute vraisemblance, la construction de l’Etat n’aurait pas fait le plus petit pas en avant. En revanche, l’étau politicien autour de l’Etat n’a pas faibli du même coup mais augmenté, notamment au travers du chantage à la révélation, dernière arme du boycottisme des partis, dont la formule enfin trouvée est la transformation de l’Etat en maison de verre et les institutions en passoires. Pour n’être pas nouvelle, la question de la confidentialité n’en est pas moins apparue au grand jour, sous une forme certes malaisée et presque folklorique à la suite : -1°du refus de Wade de reporter les élections législatives (rejet de la méthode des arrangements politiques en lieu et place de l’arbitrage du suffrage citoyen), -2°du boycott de ces dernières par l’ex-Opposition significative, et -3° de la controverse sur la concession à Dubaï Port Work. Quel rapport y a-t-il entre ces antécédents immédiats et l’institution du serment ? Existe-t-il un lien (ou des liens) entre ces ordres de faits, si oui lesquels ? Et, peut-on seulement imaginer qu’il n’y en ait pas ? De fait, le contexte actuel, véritable entrelacs de facteurs dont les poids respectifs n’ont pas été dûment établis, conditionne l’institution du serment, à défaut qu’il la détermine de façon directe. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne puisse pas exister des faits antérieurs : moraux, économiques ou institutionnels comme les monarchies de l’entre-deux guerres ou la chefferie traditionnelle, l’empire, le Grand Jolof ou l’empire de Soundiata, ou plus près de nous encore, la crise politique de décembre 62, la défaite de Diouf et le limogeage de Idy Seck,etc., autant de faits passés marquants, mais révolus, qui ont pu être présents dans la conscience des protagonistes et orienté quelque peu leurs pensées et leurs pratiques au moment de formuler et de mettre en œuvre l’idée même (le projet), puis l’institutionnalisat ion de celle-ci. Il n’est pas non plus interdit de rapprocher cette institution du serment non de faits antérieurs ( diachroniques) et de faits concomitants ( synchroniques) , mais de pratiques voisines contemporaines dans des pays autres que le type auquel nous appartenons, en particulier, l’ex-Zaïre de Mobutu. Mais on voit tout de suite comment le volet polémique l’emporte très tôt sur l’analyse rigoureuse, dès lors que les clichés et les allusions faciles comme les analogies factices ou les comparaisons irrévérencieuses prennent le dessus sur le souci de comprendre afin d’éclairer la pratique collective. Toujours est-il que : -1° pour que cette institutionnalisati on puisse avoir lieu, il faut qu’il réponde à quelque besoin et joue une fonction dans l’état social et politique considéré, au moment où le Serment doit entrer en lice, quel que soit par ailleurs le point de vue et les objectifs des initiateurs, et -2°il faut distinguer entre les vues des initiateurs et les effets non prévus de la nouvelle institution dans le milieu où elle est appelée à jouer un rôle et à acquitter une fonction ( ou des fonctions). Car, en effet, une chose est le vœu de l’initiateur, autre chose est l’accueil du milieu. On se souviendra en effet du fameux slogan cubain « Trabajo si, Samba no », par où M. Castro et le PC cubain voulaient freiner les ardeurs de leurs camarades plutôt occupés à danser qu’à réaliser en temps et en heure les objectifs de coupe de canne ! Mais quelle ne fût leur surprise de constater que si les objectifs furent non seulement atteints mais dépassés, c’est à la mise en musique du slogan rabat-joie que les autorités le devaient, car les peones transformèrent en refrain musical le slogan du parti, qui dès lors rythmera les récoltes au rythme d’une Samba, devenue encore plus populaire et plus entraînante qu’auparavant, mais cette fois-ci pour accompagner la coupe de la canne et non freiner celle-ci. Il s’agit donc de distinguer entre ce que veulent les autorités dont les motivations avouées doivent être soumises à un examen circonstancié , et le problème stratégique qui est posé au pays dans le cours même de sa construction démocratique, à l’heure qu’il est. Ce qui est polémique n’est pas forcément rigoureux ni scientifique, encore moins patriotique ou civique. Aussi la question de la loyauté des fonctionnaires d’une part, et du patriotisme des élites de pouvoir, d’autre part, au cours de l’exercice des fonctions gouvernementales ou après et en dehors de celles-ci, est-elle un des défis majeurs de la construction de l’Etat moderne chez nous, et non une simple extravagance de vieux monarque au seuil de sa carrière.

III - Confidentialité exigible et Opacité illégitime

S’il y a une confidentialité exigible pour le fonctionnement même et la crédibilité de l’Etat, il y une opacité volontaire de caractère illégitime qui est destinée à entraver les libertés citoyennes. Partant, il conviendrait de distinguer les cas où l’opacité est un moyen de défense des Etats en construction et les cas où celle-ci sert à entraver les libertés citoyennes. Singulièrement, en ces temps de mondialisation accélérée, où l’idéologie de la Transparence des Etats est un auxiliaire de la guerre des marchés et un cheval de Troie des entreprises de recolonisation des pays les plus faibles par les nantis exclusifs.

Toute la conjoncture mondiale présente a fait de la divulgation de secrets fictifs ou réels dans les Etats dominés des armes de combat politique au sein des Etats nationaux à faible pouvoir d’achat et encore plus au sein d’un marché mondial désespérément apatride, combat dont les appareils politiques à la dérive, les anciens chefs d’Etat en perte de vitesse, tout comme la presse de chaque pays et les groupes de presse transnationaux sont des véhicules et autant de lieux de cristallisation, et les journalistes d’une certaine presse les servants et/ou l es cibles désignées, sans compter les sociétés civiles à gages et les prédateurs des organes de presse. Des arguments politiques sont devenus par la force des choses des armes ayant cours à la bourse des valeurs de la déstabilisation des Etats en développement et en construction démocratique. Ce qui fait qu’en dernière analyse, ce sont les peuples qui seuls sont mesure de remonter les bretelles aux élites et de rattacher celles-ci de mille manières à leurs desseins historiques avant que les enjeux mondiaux, transnationaux et intranationaux ne transforment les Etats en accessoires d’une mondialisation broyeuse des identités nationalitaires et des citoyennetés, des cultures et des civilisations. L’enjeu de la moralité et de l’éthique des élites de pouvoir dépasse donc présentement les questions mesquines au sein de chaque nation ou de chaque groupe de nations pour concerner la problématique du contrôle citoyen sur les exécutifs nationaux qui sont en phase d’être transformés en fantoches des multinationales et d’une poignée d’Etats transnationaux qui font la pluie et le beau temps sur la planète, lesquels conditionnent jusqu’aux processus internes de chaque pays ou groupes de pays, même quand nous croyons être libres d’agir, on nous manipule, dans une certaine mesure évidemment et jusqu’à une certaine limite. A son tour, cette limite et cette mesure en question, d’où proviennent- elles sinon de la résistance des peuples et des Etats, des civilisations, des cultures et des religions aux assauts des puissances de la mondialisation ? Or donc, si la résistance à l’oppression multiforme est légitime, au nom de la Liberté, i.e. la Souveraineté en politique, en économie et dans le domaine de la Culture et des croyances, celle-ci est-elle seulement envisageable sans l’éducation des élites et l’autodéfense intelligente des Etats ? Que nenni ! Sous ce rapport, ni les journalistes, ni les organes de presse ni les hommes politiques, les sociétés civiles et les intelligentsia ne sont les gardiennes vigilantes de la démocratie et de la citoyenneté en situation de construction démocratique, si l’on écarte les professions de foi des codes et les déclarations d’intention. S’ils sont des acteurs indépendants et neutres, altruistes et patriotes, ils ne le sont jamais assez pour le rester au regard des jeux et des enjeux. Aussi une démarche d’autoévaluation et d’autocritique est-elle de rigueur à l’encontre de tous et de chacun et de chacun au sujet de tous, évidemment selon des formes et des normes prescrites. La démocratie citoyenne n’a pas d’autre signification : les élus eux-mêmes doivent rendre des comptes, de même que ceux qui ont pour profession de leur demander des comptes ou de mener des enquêtes à l’appui pour éclairer l’opinion et alerter les corps de contrôle légitimes, de supervision et de sanction du soin de mener à bien leurs investigations, sans parler des élites de profession dotées de la capacité de s’autosaisir.

IV- Autodéfense, imprévisibilité et opacité volontaire

Alors que précisément l’autodéfense des Etats passe par la production d’une certaine imprévisibilité des décisions et des pratiques, imprévisibilité qui est très forte dans les pays occidentaux dont les secrets de l’Etat, de l’économie, de la recherche, des entreprises multinationales et des armées sont mieux gardés que des centrales nucléaires, alors que dans le pays affaiblis par leurs élites dépendantes ou noyautées par des puissances multiples, les Etats sont fragiles parce qu’incapables de protéger leurs décisions stratégiques et prospectives, leurs arrières et leurs frontières.

Le fait est que les pays développés espionnent les moins développés pour les soumettre et les garder sous leur tutelle avec le chantage de l’aide publique au développement, et que dans ces conditions, un Etat qui entend se développer doit affronter le problème stratégique du secret d’Etat, problème qui est insoluble sans l’esprit de civisme et de patriotisme à commencer par le Sommet. Or donc, vis-à-vis de ces défis et de ces exigences capitales, quelle est notre situation ? Des boycotteurs de haut vol qui sont des hommes d’Etat de premier plan au fait des secrets de l’Etat pour avoir exercé les plus hautes responsabilité s ; une presse aux aguets, friande et velléitaire laquelle obéit à la logique des ventes et de l’audimat pour des raisons évidentes ; une opinion chauffée à blanc par les faits divers en redemande des secrets d’alcôve comme des secrets d’Etat, laquelle ne perçoit guère pas l’enjeu de la confidentialité pour la tranquillité publique, qui pour prendre sa revanche sur les nantis qui pour démocratiser le déshonneur, la souffrance et l’indignité à défaut des honneurs et des privilèges ou des passe-droits ; les activistes de la société civile se sont faits de la transparence une religion, tandis que les bailleurs avec qui ils sont de mèche pour réduire la part de confidentialité des affaires de l’Etat. La question de la confidentialité est dans ces conditions une question d’Etat, dès l’instant où diverses forces, pour des raisons différentes cherchent à percer les secrets pour leurs intérêts propres, sans parler des pays voisins, des forces centrifuges et rebelles, des cinquièmes colonnes et des irrédentismes, etc. Sur fond d’expansion de l’idéologie de la transparence qui se confond à une conception de l’Etat de verre, l’espionnage économique et industriel, culturel, la confidentialité des affaires de l’Etat devient un enjeu à variables multiples dont les stratégies de développement font les frais sous les coups de boutoir des internationales de la transparence en lutte contre l’opacité dans le champ de la décision économique et stratégique de l’Etat qui reste malgré tout le principal employeur du pays et le principal opérateur économico-politique. Il ne s’agit pas donc seulement de la survie de Wade mais du nôtre, c’est-à-dire de l’Etat qui conditionne et encadre nos destinées ici-bas. Sur fond d’anomie généralisée des valeurs sous la pression des circonstances externes, de la différenciation entre les villes et les campagnes, de la rareté des ressources et de la bataille effrénée pour le contrôle de celles-ci, avec un développement de l’individualisme propre aux sociétés modernes, des élites évoluant vers l’athéisme politique et la neutralité axiologique, l’Etat post-indépendance est mal en point du fait des élites autant que des Gouvernants et des Opposants, du manque d’éducation des citoyens et du silence des clercs, de la pression de l’étranger. Dans ces conditions, bien plus qu’une question de waat ou de tuub, l’institution du serment est un débat ouvert sur la question de l’Etat au Sénégal aujourd’hui qui a du mal à exister en l’absence de la confidentialité sans laquelle, il reste une chimère institutionnelle, un simple conseil d’administration de la classe politique traditionnelle, c’est-à-dire un non-Etat. Encore une fois, il convient de débattre des idées et des pratiques, en lieu et place des personnes, des appareils de partis et des « camps », des coalitions et des « fronts ». Car l’Etat devrait être et rester l’émanation des Citoyens, non celui des lobbies et des cliques (au pouvoir et non au pouvoir). Le droit du public à l’information de même que la liberté du journaliste à l’investigation, le devoir des Etats d’informer et celui des citoyens de savoir, d’évaluer les élus. Ce sont autant de prérogatives et d’exigences, de libertés et droits, mais comment faire le départ entre la confidentialité légitime et l’opacité néfaste pour les droits des citoyens et l’accomplissement des missions régaliennes ? Comment déjouer les missions d’espionnage des multinationales et des banquiers, des boursicoteurs et des investisseurs/ bailleurs électoraux, en guerre contre l’indépendance et la souveraineté des peuples et des nations ? L’information sensible ? Qui doit en juger ? La liberté de la presse et des journalistes ? Jusqu’où ? Le devoir d’informer de la part de l’Etat ? La trahison d’un secret d’Etat contre les citoyens est-elle une félonie ou un acte patriotique ?

V – Secret de famille et secret d’Etat

Si les secrets de famille sont bien gardés, il y a lieu de se demander à quoi cela tient que la confidentialité des choses de l’Etat soit rompue.

Les groupes visés par l’institution de la prestation du sermon sont, outre les nouvelles recrues et les nominés en souffrance ou en partance : -1° Le patrimoine des boycotteurs, -2° les recalés du dernier attelage gouvernemental, 3° les membres de tous les corps civils, militaires et paramilitaires en fonction ainsi que les aspirants. Autrement dit, le caractère de règle sociale de l’institution du sermon ne fait pas question. Le problème, c’est la nature et le poids des sanctions qui traduisent la règle : quelles sont-elles ? Voilà la grande question du moment. S’il s’agit d’une simple mise en demeure, d’un avertissement, d’une mise au point ou d’une mise à pied ou d’une poursuite devant les tribunaux, d’une réprobation par la morale publique, d’une privation de poste ou d’une interdiction d’exercer, d’une amende pécuniaire, d’un bannissement ou d’un exil intérieur ou à l’étranger, d’une peine de prison, etc., la chose change du tout au tout. Mais la question reste de savoir, au cas où il y aurait qui en quoi consiste le délit, qui instruit le crime, qui dit la peine et qui administre la sanction.

Fille de la crise, de l’instabilité gouvernementale, de l’anarchie des nominations et des révocations, de la circulation des « ministres » en lieu et place de la « circulation des élites », l’institution du sermon est un recours contre une situation donnée et une ressource contre la menace constitution par la dissémination par prolifération, comme à la suite d’une erreur de manipulation de laboratoire, d’informations effectives, fictives ou virtuelles qui pourraient attenter à la stabilité de l’Etat, et ce dans une société politique qui est minée de billes explosives concernant : 1° l’Etat, -2° le chef de l’Etat, -3° les membres de la famille du chef de l’Etat, -4° des hauts personnages de l’Etat, -5° l’économie, -6° la statistique gouvernementale, -7° Les projets gouvernementaux actuels, passés et à venir, 8° des histoires classées (l’affaire Me Sèye, Févr. 94, l’avion présidentiel ou la refonte du fichier électoral, etc.). De deux choses l’une : ou il s’agit d’une nouvelle loi Ezzan non écrite auquel cas, la première a fait preuve de son inefficacité et de sa caducité, auquel cas il s’agit bien de trouver des ressources contre la demande en information du public et l’exigence de transparence judiciaire de l’Etat, ou il s’agit bien de la machinerie de l’Etat qui a besoin de nouveaux mécanismes et de nouvelles règles, outre les bases rationnelles- légales de celles-ci, en l’occurrence des modalités socio-culturelles et autant de rites tirés des mœurs, de l’histoire, de la sociologie et des coutumes et traditions, moyennant quoi le problème posé est celui de l’Etat en Afrique qui a besoin d’être repensé du tout au tout ou d’être complété par une inculturation/ recomposition et une internalisation de l’Etat occidental qui nous sert de modèle, Etat qui près de 50 ans après l’Indépendance, reconnaîtrait par cette nouvelle institution, son inadaptation au contexte socio-culturel sénégalo-africain ! Dans ces conditions, plus qu’une technique de lutte contre les fuites, il s’agirait d’une réévaluation de l’Etat positif dans son rapport à l a société et aux mœurs. Mais, dans ce cas, qu’advient-il de la constitutionnalité de l’Etat, c’est-à-dire de la soumission de l’Etat au droit formel, c’est-à-dire écrit, lorsque l’on recourt à des lois non écrites (à des mœurs) pour fonder la légitimité des actes de l’Etat ou de ses agents ou de ses démembrements ? Quels seraient les domaines de compétence des fondés de pouvoir, des acteurs ou les limites des attributions et des prérogatives, les organes de contrôle et les instances de recours ? Car au fond, que l’on suive le modèle occidental ou celui de l’Arabie, de l’Asie ou la loi de Maba ou de El Hadj Omar, celle des Dyoos ou des Gelewaar du Mandé, la rationalité interne de chaque système produit ou se définit vis-à-vis de vérités qui ordonnent le fonctionnement et l’esprit de la Justice. Les axiomes et les hypothèses peuvent changer de même que les modes, mais non le principe de cohérence, de fidélité et de fiabilité. Quand donc on entend socialiser un nouveau mode de liaison entre l’élu et ses collaborateurs, les corps intermédiaires et l’exécutif, l’Etat et la Nation, il ne suffit pas d’introduire la nouveauté et de s’en tenir là, car l’innovation ne vaut que par son rapport au tout, et par le rôle (fonction) qu’elle acquitte dans le nouvel état socio-politique et économique.

VI - Xas, Waat, Ñaaq

A la veille des batailles, Xas était, par excellence, l’institution de la fidélisation des compagnons avant le démarrage des expéditions guerrières, où rivalisent sur le plan du logos, de l’intentionnalité poétique et lyrique, politique et idéologique, les chefs de file et les meneurs, les généraux et les officiers supérieurs, à qui mieux mieux sur les prouesses et l’héroïsme de chaque légionnaire dans les champs de bataille et les mêlées du lendemain. Dans les vieux pays du Mandé, le rite de fidélisation contée dans le Da Monzon (ou épopée bambara de Ségou) avait consisté dans un repas - funéraire à tous points de vue – dont le partage instituait le pacte à l’égard duquel même la mort ne pouvait délier les contractants. Ce qui voulait dire que le Souverain ne pouvait se délier soi-même, qu’il le voudrait, et que partant, les liens étaient indissolubles entre les actants et transmissibles à leurs progénitures, pour des siècles et des siècles. Le Chef de l’Etat qui exige loyauté et fidélité peut-il garantir en retour ce qu’il exige de son équipe ? De toute évidence non§ Les pactes anciens étaient réciproques, réversibles et transmissibles. Mais, le nouveau pacte peut-il l’être ? Que non ! Pour des raisons qui tiennent à l’évolution, aux mutations et au contexte. Ce qui est une manière de dire qu’il y avait en effet, une relation entre le régime politique et ce type de pacte qui était inamovible, sauf dans les cas avérés de félonie, de trahison, crimes qui étaient passibles de peines corporelles, de rétorsion des biens, d’outrages aux personnes, lesquels ont été abolis dans les Etats modernes depuis Ndiadiane jusqu’ à Senghor. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer la pratique de l’ordalie ou épreuve judiciaire qui a prospéré sous nos cieux jusqu’aux années 50 et au-delà, dans les royaumes du Waalo, du Jolof, du Kayoor, dans les pays manding, pour ne citer que ceux-là, dont la forme religieuse dans les juridictions et tribunaux musulmans n’est autre que le Waat ci Yallah ak al Qu’raan, bien connu des taalibé, des murid et tijaan, ou des Mόόdu Mόόdu , des Kow Kow et assimilés, qui ont fait jouer au « Waat naako ci Seriñ bi » ou encore au « barké baabam » et au « Barké baabam » et « Barké yummam » des Haal pulaar, le rôle d’un exercice judiciaire sans tribunal ni magistrat autre que la crainte d’une sanction divine, sinon de l’ancêtre éponyme, métaphysique et hypothétique, immédiate ou différée, reconnaissant par là l’importance d’une autorité morale supérieure dotée du pouvoir d’instruction des litiges et de sanctions des délits, hic et nunc ou dans l’au-delà. Waat suppose donc au fond le délit constitué par voie purement morale, éthique ou judiciaire, le crime est la forme pénale et la sanction la peine. Si donc on parle de Waat sans crime commis ni délit constitué, c’est qu’on l’a confondu avec une pratique qui tout en étant voisine,reste distincte ou opposée : Ñaaq que l’on pourrait traduire en français par sermon. Waat suppose en effet, une juridiction formelle seule en mesure de trancher le litige et de sanctionner le crime - Dieu, Le Grand Seriñ ou le Groupe d’amis, le mbotaay, le Livre saint, le bois sacré, tandis que Naaq est une espèce de sermon, qui nécessite tout au plus l’existence d’un sermonnaire et/ou de témoins qui forment le décor et/ou jouent le rôle du public, dont la présence n’est pas vraiment indispensable, mais tout au plus supposée, donc virtuelle. Ñaaq/le sermon, ou encore Yedd, est par excellence une pédagogie de l’honneur et de la loyauté. Sans avoir le caractère d’obligation d’une loi ou d’une cérémonie protocolaire de socialisation, Ñaaq le sermon, comme du reste la pédagogie (la méthode) qui lui correspond du point de vue de la rhétorique, des figures de style et de la solennité, soulève le cœur et valorise l’estime de soi, en appelle au sens du devoir et au civisme, élève les sentiments par des mises en scène appropriées aux objectifs et finalités recherchées et une didactique de l’engagement et du respect par chacun de son rang et de ce qu’il doit à ses fonctions, ses charges ou son statut et sa condition, à son rang ou à son sang.

Chez les Albo-européens, pour parler à la manière de Léo, en effet, le serment, du latin sacramentum, vient de « sacrare » qui veut dire rendre sacré, c’est-à-dire ériger en interdit,et, par conséquent, protéger par une série de mesures et d’actes de nature à contenir toute offense en la réprimant et et dissuader tout outrage par la prévention, l’éducation ou la contrainte physique, morale ou mystique. Autrement dit, selon la définition même du Larousse, il s’agit de l’ « affirmation solennelle d’une personne en vue d’attester la vérité d’un fait, la sincérité d’une promesse, l’engagement de bien remplir les devoirs de son état ( officiers ministériels, avocats) ou de sa fonction (garde-chasse, gendarme) ». D’où suit que non seulement le faux-serment est un délit puni comme tel, et la dénonciation un devoir, mais le serment, à son tour, suppose un univers moral et des règles dont le respect est un acte de haute moralité et la violation une faute appelant comme telle un blâme ou toute autre sorte de sanction, proportionnée à la gravité de la faute, c’est-à-dire, pour parler comme Durkheim, au degré d’offense des sentiments collectifs. Partant, lorsque dans le cours de l’évolution d’une nation, comme le Sénégal, les lois en vigueur montrent quelque faiblesse et que l’on se tourne vers les anciennes pratiques et les postures que l’on croyait révolues et surannées, quelles qu’en soient par ailleurs les motifs immédiats, c’est que dans les faits, les mœurs débordent les lois tandis que l’état politique diverge avec l’état social, et que, par suite de ce déphasage, il s’avère urgent d’adapter et/ou de raccorder ces premiers faits aux seconds grâce à de nouvelles règles et à de nouvelles dispositions appelées à surmonter et à résoudre la carence voire la caducité et l’inutilité des anciennes sinon à prévenir de nouveaux maux qui menacent tout ou partie de la société, l’Etat, l’économie, la politique, les mœurs, et ce, sous peine que la civilisation régresse ou marque le pas. A nouveau, donc, c’est vers les mœurs, les lois non écrites, les coutumes et les usages du pays profond et ancestral, c’est-à-dire ce qui règle la vie de l’Homme que l’on se tourne, et non vers les lois et règlements d’emprunt (d’autrui) qui en fait régissent le Citoyen en tant qu’il est membre d’un Etat. De fait, partout où l’Homme réel a été subsumé sous la figure abstraite du Citoyen, et ce faisant drapé de boubou d’emprunt, légitimités ni racines sociologiques véritables, sinon les abstractions du législateur et la générosité des constituants, celles-ci ne duraient que le temps pour l’Homme de remplir le vide qui le sépare des lois inadéquates et de cogner la tête contre la voûte plafonnière qui lui brise la trajectoire. Mais dès l’instant où le dynamisme du social aidant, ou le décalage entre le sociologique et le constitutionnel persistant, la société véritable élabore des trajectoires originales qui contredisent les lois d’emprunts et les artifices, c’est la mise à niveau s’impose, dans un sens ou dans un autre, d’une manière ou d’une autre. C’est la loi de tous les changements et de toutes les mutations du monde social. Car, étant donné que chaque peuple ou groupe de peuple a ses croyances, ses usages et ses vertus, ses faiblesses et ses tares, ses vices et ses points forts, ensemble qui dessine au fond, sur la moyenne et la longue durée, pour peu qu’on les combine avec les faits économiques, historiques et culturels ou idéologiques, ce que Montesquieu, et après lui Hegel, comprenaient sous la notion d’esprit général d’un peuple (Volkesgeist) , qui est sa carte d’identité nationale et sa marque distinctive en quelque sorte. Aussi reconnaître que nos pratiques débordent les anciennes lois universalistes en vigueur équivaut-il à déclarer faillie l’opération de greffe constitutionnelle des lois et manières des autres ( « la natte des autres ») sinon le mimétisme juridique ou encore légal-rationnel qui aura produit sur près d’un demi siècle d’Indépendance un corset de fer et une camisole de force en lieu et place d’une législation libératrice, lesquels se seront surajoutés comme des caractères d’imprimerie ou de l’encre industrielle à des mœurs et des usages, des croyances et des pratiques, qui avaient cantonné les lois de la république à la fonction de décor inoffensif et de paravent à l’ombre desquelles avaient prospéré les pratiques véritables ainsi que les travers qui leur correspondent. Evidemment, on peut se demander si une telle révision ne s’autorise pas des doutes quant à la fiabilité des choix et des modes de sélection effectués par l’Autorité, ou encore par la crainte de l’infiltration ou l’alerte à la trahison imminente, et que partant, ce sont des considérations conjoncturelles sans grandeur qui expliqueraient le serment, ainsi dénué de toute portée stratégique et de toute vision prospective. Mais on conviendra qu’il existe bien des lois non écrites dans les pratiques de toutes les nations, lesquelles ont autant d’ascendant sinon plus que celles qui sont codifiées dans les textes de loi organiques ou réglementaires. Le problème est donc de savoir quelle est la consécution d’événement dont l’institution récente du serment est la résultante. Il ne s’agit pas seulement de rapporter une nouvelle disposition aux lois qui la précèdent, mais de voir quelles fonctions elles remplissent dans la présente conjoncture et quelle est la cause qui les produit.

Conclusion : Fin de l’Etat tubaab ? Nouvelle ère dans la construction de l’Etat au Sénégal et en Afrique de l’Ouest ?

En somme, tel type de pacte vous donnera tel état moral et politique, et telle mesure et telle sanction correspondront, si l’on y regarde de près, à tel type et telle forme de solidarité sociale, telle manière de citoyenneté, de démocratie ou de république, d’aristocratie ou de monarchie. Ce qu’on obtenait par ces pactes non écrits ou tacites, mais solennels et formels, les modernes ont cru l’obtenir autrement par des lois et règlements impersonnels dont M. Weber passe pour être le théoricien, Léopold Senghor et Lamine Guèye, Mamadou DIA et Doudou Thiam, Valdiodio Ndiaye, Babacar Bâ, Abdou Diouf et tant d’autres les initiateurs, jusqu’à l’institution du serment par Wade. Ce qui signifie le constat d’une faillite et la reconnaissance d’une carence, qui ne sont autres que celles de l’Etat moderne à garantir fidélité et loyauté selon les mécanismes courants et les règles rationnelles- légales des constitutions modernes héritées de l’époque de la domination des Français sur le pays, constats qui, en retour, justifient et fondent le recours à des mécanismes qui sans être de même inspiration et de même rationalité que les précédents, sont en mesure d’aboutir au résultat recherché : la production de la loyauté et de la fidélité dans le fonctionnement de l‘Etat et dans les institutions, dès l’instant où elles sont en phase avec les logiques sociétales et les mœurs du pays, alors que l’externalité et l’éloignement étaient restées la marque des institutions d’importation métropolitaine, qui avaient dominé la vie politique officielle depuis les temps de Durand Valentin, Carpot, Blaise, Ngalandou, Lamine, Senghor, Diouf et Wade !

Aussi, quelque que soit la manière d’envisager la chose : fin de l’Etat tubaab ? Revanche des traditions indigènes ? Ruine de l’Etat mimétique et de l’Etat–Marché Sandaga ou Grand-place ? L’Etat ne peut fonctionner sans réhabiliter son image et son crédit, et ces derniers sont commandés par la production d’un éthos spécifique du pouvoir appelé à protéger tant la Nation que les citoyens, sans installer l’esprit de caserne dans la Cité, ni étouffer les droits et libertés, à commencer par ceux de la presse et des citoyens, en un mot, l’Etat n’est pas une machine placée en haut de la société et qui développerait celle-ci de manière paternaliste à son insu, mais au contraire la construction d’une identité collective qui associe Gouvernants et administrés dans le respect des prérogatives de chacun et des tous, mais sous le contrôle des organes internes, externes et de l’opinion des citoyens qui au fond, ont le tort d’avoir les gouvernants qu’ils méritent, c’est-à-dire à leur image. Encore que, s’ils en souffrent veulent changer, c’est qu’ils ne s’y reconnaissent plus. Alors ? Qu’il y ait basculement ou non du Sénégal dans une période de transition destinée à accoucher d’une Nouvelle République, cette innovation présente une nouvelle génération de problèmes politiques stratégiques et d’orientation au goût testamentaire prononcé de la part d’un Wade, qui est resté quant au fond, et quoiqu’on en dise, un homme des Haltes et des Gares ! Sacré Waadd Waddèen.

Par Malick Ndiaye
Mardi 26 Juin 2007 - 10:58
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