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Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

*Ousmane SARR, président
*Demba Niang, secrétaire général
*Secrétaire général Adjt; Demba Fall
*Alousseyni SY, Chargé des relations extérieures
*Mme Rougui Dia, trésorière
*Chargé de l’organisation Mariame Diop
*adjoint Ngolo Diarra
*Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication
*Chargé de mission Bathily Amadou Birama
Conseillers:
*Kane Harouna
*Hamdou Rabby SY










AVOMM

Exilées aux États-Unis, les victimes afro-mauritaniennes pousuivent la lutte


Témoignages · De nombreux membres des familles de militaires victimes de la répression du « Passif humanitaire » des années 1980-1990, durant laquelle plusieurs centaines de soldats afro-mauritaniens ont été assassinés par le régime, se sont exilés aux États-Unis, où ils poursuivent leur combat pour obtenir justice.

Ibrahima Mamadou Guisset se trouve dans un bureau public de l’Ohio lorsqu’il répond à l’appel vidéo. Évoquant sa vie passée en Mauritanie, il raconte avoir parfois eu « le cœur serré » lorsqu’il voyait « les personnes qui ont tué [son] père circuler en voitures de luxe, vivre dans de belles maisons climatisées, avoir tout ce dont elles ont besoin, alors que [eux avaient] été abandonnés dans la précarité ». Cet Afro-Mauritanien1 de 40 ans vit en exil aux États-Unis depuis 2023, année marquée par un pic d’arrivées de citoyens mauritaniens.

Selon Elhadj Ould Brahim, dans « Narratives of an exodus. Local discourses on the largest wave of Mauritanian immigration to the United States2 », 15 263 Mauritaniens sont arrivés aux États-Unis cette année-là. Dans leur pays, les Afro-Mauritaniens sont particulièrement marginalisés, et le racisme à l’égard de la population mauritanienne noire a un caractère systémique. Beaucoup d’entre eux ne possèdent aucun document d’identité3, ce qui empêche l’accès aux soins de santé, à l’éducation et au travail.

« J’ai quitté la Mauritanie non pour des raisons économiques, mais à cause des menaces et des discriminations », explique Ibrahima. Le 7 mai 2023, il part avec sa sœur cadette, Fatimata, 35 ans. Ils arrivent aux États-Unis au terme d’un voyage long et fragmenté qui passe par des escales multiples : Turquie, Colombie, Guatemala, Salvador, Nicaragua et Mexique.

« Passif humanitaire » : 600 soldats afro-mauritaniens assassinés

Ibrahima et Fatimata Guisset ont fui leur pays après des affrontements avec la police de Nouakchott lors d’une manifestation, le 27 avril 20234, contre la nomination de Mohamed Ould Bamba Ould Meguett à la présidence de l’Assemblée nationale. Élu le 19 juin 2023 avec 137 voix sur 176, l’ancien directeur de la sûreté nationale et chef d’état-major des forces armées est accusé par une partie de la population afro-mauritanienne d’avoir joué un rôle actif durant le « Passif humanitaire5 » : entre 1986 et 1991, environ 600 soldats afro-mauritaniens ont été victimes d’exécutions sommaires et de tortures, et près de 3 000 personnes ont été soumises à des arrestations arbitraires. Ces faits, qui se sont déroulés sous le régime du président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, sont qualifiés de « génocide » par les survivants et par les familles des victimes.

Selon Ibrahima Guisset, Mohamed Ould Meguett et Ely Ould Dah seraient responsables de la mort de son père, Mamadou. À l’époque, le premier dirigeait les services de communication de l’armée nationale, tandis que le second était officier du renseignement à la base carcérale de Jreïda, à environ 30 kilomètres au nord de Nouakchott.

Portant le matricule militaire 76922, Mamadou Guisset6 était adjudant-chef de l’armée. Au moment des atrocités « du Passif humanitaire », il se trouvait en France pour suivre une formation en gestion des armements. « Mon père est rentré au pays le 5 décembre 1990, convoqué en urgence par Meguett et Dah. J’avais 5 ans. Le même jour, ma mère a accouché de ma sœur Fatimata », raconte-t-il. « Une semaine plus tard, le 13 décembre 1990, il est exécuté dans la caserne militaire de Jreïda. »
« Un homme blanc m’a renversé la cafetière sur les bras »

La voix du quarantenaire se brise, le récit s’interrompt quelques secondes. Puis il reprend. Selon le témoignage d’un survivant confié à Ibrahima, l’homme chargé de tirer sur son père n’a pas pu appuyer sur la détente, car il était son supérieur. « Alors ils ont pris deux voitures, ont attaché mon père de manière à ce que ses jambes soient tirées chacune dans une direction opposée. Les véhicules sont partis en sens contraire. » L’histoire de Mamadou Guisset n’est pas un cas isolé. Selon l’Association d’aides aux veuves et aux orphelins de Mauritanie (Avomm), au moins 30 soldats afro-mauritaniens ont été assassinés à Jreïda.

En octobre 1991, quelques mois après la disparition de Mamadou, des militaires frappent à la porte du domicile de la famille et ordonnent à la mère d’Ibrahima, Aminata Guisset, de quitter le complexe du commandement central de l’armée (« état-major »), situé à Nouakchott. De ce jour, Ibrahima porte encore les marques sur son corps : « Ma mère préparait le petit déjeuner. Je répétais : “Je ne partirai pas tant que mon père ne reviendra pas.” Un homme blanc, pour me faire taire, m’a renversé la cafetière sur les bras et les jambes. »

L’histoire d’Ibrahima Guisset fait écho à celles de Beidy Ly (41 ans) et de Nadhirou Tambadou (43 ans), eux aussi demandeurs d’asile aux États-Unis. Arrivés en 2023 par le même itinéraire, ils racontent que la discrimination a jalonné toute leur existence, que ce soit pour l’accès à l’école, à l’emploi, et pour la vie sociale en général. « J’ai été arrêté pour avoir manifesté pacifiquement. Avant de me relâcher, ils m’ont dit qu’ils me tueraient de la même manière qu’ils ont tué mon père si je ne cessais pas de protester », se souvient le fils de Mamadou Ousmane Ly, matricule militaire 78089, tué à Nouakchott dans les mêmes circonstances que Mamadou Guisset. « J’étais le seul fils dans une famille de cinq enfants ; on attendait de moi que j’assume une sorte de rôle masculin. Cela a été une épreuve extrêmement difficile », confie Nadhirou Tambadou.

L’enfer d’Inal… Un massacre oublié

Au fil des années, Ly et Tambadou ont compris l’ampleur du combat mené par leurs mères au sein du Collectif des veuves, aux côtés de la mère d’Ibrahima Guisset. Cette lutte dure depuis plus de trente ans et n’a jamais cessé d’être la cible de l’État. Le 28 novembre 2025, par exemple, un agent de police s’est présenté au lieu de réunion des veuves – le domicile de l’ancienne présidente du Collectif des veuves, Houleye Sall (décédée en août 2024) – en affirmant avoir reçu l’ordre d’en tuer le plus grand nombre possible. Le « 28 novembre » demeure une date sensible : pour une partie du pays, elle coïncide avec la célébration de l’indépendance vis-à-vis de la colonisation française (en 1960) ; pour une autre, il s’agit du jour où l’on porte le deuil pour commémorer le « massacre d’Inal » : ce jour-là de l’année 1990, au moins 28 soldats afro-mauritaniens ont été pendus dans le complexe militaire d’Inal, à environ 60 kilomètres de la frontière avec le Sahara occidental.

Nadhirou Tambadou raconte avoir découvert les circonstances de la mort de son père, Abdoulaye Tambadou (70023), en lisant L’Enfer d’Inal7 (2000), le livre-témoignage de Mahamadou Sy. Ce survivant d’Inal relate avec force détails chaque jour de sa détention ainsi que les derniers jours de ses compagnons.

Au sujet d’Abdoulaye Tambadou, Sy témoigne que les liens attachés à ses chevilles provoquaient une gangrène aux pieds. Tambadou ne sera jamais transporté à l’hôpital et a été tué le 6 décembre 1990. « Selon les dernières informations, ce serait Meguett qui l’aurait achevé », écrit Sy. L’écrivain livre lui le chiffre de 33 personnes mortes à Inal, dont certaines auraient succombé à l’épuisement consécutif aux tortures.

Ces expériences communes ont conduit les « orphelins mauritaniens », surnommés ainsi par leurs camarades de classe, à défiler aux côtés de leurs mères pour réclamer la réouverture du dossier du « Passif humanitaire ».

Une amnistie qui favorise l’amnésie collective

« Nous recueillons toutes les informations, les récits, les témoignages, et nous les publions en ligne sur notre site, afin de disposer des éléments nécessaires le jour où un procès aura lieu », précise Mohamedou Ousmane Wele, l’un des fondateurs de l’Alliance des orphelins mauritaniens (AOM), une ONG basée à Cincinnati, dans l’Ohio. La communauté afro-mauritanienne est installée dans cet État depuis le milieu des années 1990.

L’AOM réclame l’abrogation de la loi 93-23, qui amnistie les membres des forces armées et de sécurité pour les infractions commises entre le 1er janvier 1989 et le 18 avril 1992 et prévoit le classement de toute plainte ou enquête relative à cette période. Pour cette raison, les rapports des ONG n’ont produit aucun effet jusqu’à présent : le 20 janvier, lors de l’Examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme de l’ONU8, la Mauritanie a de nouveau été appelée à abroger ce texte et à instaurer un mécanisme indépendant de justice et de réconciliation chargé d’enquêter sur les crimes du passé.

Selon Africa Moreno, experte des questions liées à l’amnistie et à la justice transitionnelle, « le rôle de la loi d’amnistie est d’ouvrir une phase où les violences se pacifient, mais en réalité elle fait en sorte que la violence, sous une forme plus symbolique, perdure ». Moreno souligne que l’amnistie favorise une amnésie collective, creusant des vides dans l’Histoire et anesthésiant les consciences, au point d’empêcher la reconnaissance des violences subies par autrui.

C’est précisément pour cette raison que le Collectif des veuves, le Cadre de concertation des rescapés mauritaniens (CCR-M) et le Cadre de concertation des victimes des événements de 1986-1991 (CCV-E) se sont mobilisés dès le départ pour l’abrogation de la loi 93-23. Beidy Ly a fait partie du CCV-E et milite aujourd’hui aux côtés de Mohamedou Wele, d’Ibrahima Guisset et de Nadhirou Tambadou au sein de l’AOM.

Une indemnisation pour étouffer la vérité ?

Avec eux se trouve également Saliou Ousmane Wele, autre fondateur de l’ONG et frère de Mohamedou Wele. Lorsque son père, Ousmane Abdallah Wele (78080), fut tué, il n’avait que 4 ans. « Le traumatisme nous touche profondément, même lorsque nous n’en avons pas pleinement conscience. Quand je pense à mon père, je me sens dépouillé, comme si une partie de moi m’avait été arrachée. Une partie que je n’ai jamais eu l’occasion de connaître. »

Après les événements du « Passif humanitaire », la famille Wele s’est retrouvée dispersée à travers le monde. Les frères Mohamedou et Saliou Wele ont vécu chez leur oncle paternel au Tchad, en République centrafricaine et au Burkina Faso. Leurs deux sœurs, en revanche, sont restées en Mauritanie : l’une a grandi chez un oncle, la plus jeune est restée avec sa mère. Les retrouvailles de la famille n’ont eu lieu qu’en 2005, aux États-Unis. « La partie la plus difficile a été de reconstruire les relations au sein de la famille », conclut Saliou Wele.

Mais ils font aujourd’hui face à un nouveau défi. Depuis octobre dernier, la rumeur d’une indemnisation des victimes à hauteur de 27 milliards d’anciennes ouguiyas (environ 57 millions d’euros) a suscité des réactions contrastées. « Le gouvernement ne s’intéresse ni aux enquêtes ni à la justice. Tout ce qu’il veut, c’est acheter notre silence », affirme Mohamedou Wele.

Selon son frère, il s’agirait d’une stratégie visant à exploiter la précarité économique et éducative des familles des victimes. À la fin du « Passif humanitaire », nombre de survivants, empêchés de reprendre leurs fonctions militaires ou administratives, sont partis en exil vers l’Europe et les États-Unis. Ceux qui sont restés ont dû survivre en milieu hostile.

« Nous attaquons le système »

Aux yeux de Saliou Wele, cette proposition de compensation financière est « une tactique de division », car elle a suscité des doutes et des tensions au sein des mouvements et des communautés engagés dans la quête de vérité et de justice, en Mauritanie comme aux États-Unis et en Europe.

Cette proposition suit le processus lancé en 2022 par le CCR-M et le gouvernement de Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Les revendications initiales comprenaient la création d’une commission indépendante, la localisation des fosses communes, des réparations et un hommage conforme aux principes islamiques. Face au rejet d’une grande partie de ces demandes et au refus d’abroger la loi d’amnistie, la discussion s’est déplacée vers l’indemnisation.

C’est ce qu’explique Boubou Ndjim, président de la branche Europe-États-Unis du CCR-M. Il vit en France depuis 1997 en tant que réfugié politique. Survivant du camp de Jreïda, il cherche par le dialogue une forme de réparation. « Si l’État refuse de juger les coupables, que faut-il faire ? Quand tout cela prendra-t-il fin ? Il faut trouver un compromis », estime-t-il à propos de la compensation financière. Et d’ajouter : « Ceux qui veulent accepter ne devraient pas être condamnés par les autres au nom de l’idée que tous doivent rester sur le même bateau. Si tu veux la justice, continue à la réclamer ; si un autre préfère chercher une autre solution, laisse-le faire. »

À ce stade, aucun accord n’a été signé entre le CCR-M et Nouakchott pour officialiser l’indemnisation. Khally Mamadou Diallo, député à l’Assemblée nationale sur la liste de la Coalition Espoir Mauritanie, espère qu’aucune avancée ne sera réalisée sur ce point. « La vérité doit être connue de tous les citoyens mauritaniens. Il s’agit d’une page sombre et douloureuse de l’histoire de notre nation. Nous ne pourrons parvenir à l’indemnisation qu’après être passés par la vérité et la justice. » Diallo est l’un des rares représentants politiques afro-mauritaniens au Parlement. Il dénonce quotidiennement les discriminations visant les Afro-Mauritaniens et précise : « Nous n’attaquons pas la communauté maure, mais le système, l’État mauritanien. »

Arrêté par la milice ICE

Ce « système » présente, paradoxalement, des similitudes avec celui du pays où de nombreux orphelins afro-mauritaniens ont trouvé refuge. En réfléchissant à son expérience sur l’autre rive de l’Atlantique, Saliou Wele affirme avec une certaine mélancolie : « En vivant aux États-Unis, j’ai compris le combat des Africains-Américains. »

S’y ajoutent les difficultés à obtenir l’asile ou d’autres statuts migratoires. À ce jour, 18 867 dossiers de citoyens mauritaniens sont en attente d’examen9 par les tribunaux de l’immigration aux États-Unis. Parmi eux figurent ceux d’Ibrahima Guisset et de Beidy Ly.

Quant à Nadhirou Tambadou, il a reçu, début février, une notification de déportation vers l’Ouganda dans le cadre de l’Asylum Cooperative Agreement (ACA), qui prévoit le transfert à Kampala de ressortissants de pays tiers ayant une demande d’asile en cours. Le 26 février, son audience a été repoussée. Puis il a été arrêté par la milice ICE, avant d’être finalement relâché dans l’attente d’une prochaine convocation. « Aujourd’hui, nous sommes dispersés entre l’Europe et les États-Unis, sans véritable patrie », poursuit Saliou Wele. « Si les conditions de sécurité étaient réunies, nous souhaiterions simplement retourner dans notre pays et travailler à son développement », conclut-il.

Aida Grovestins

Source : Afrique XXI
Lundi 6 Avril 2026 - 14:15
Lundi 6 Avril 2026 - 14:19
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