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Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

*Ousmane SARR, président
*Demba Niang, secrétaire général
*Secrétaire général Adjt; Demba Fall
*Alousseyni SY, Chargé des relations extérieures
*Mme Rougui Dia, trésorière
*Chargé de l’organisation Mariame Diop
*adjoint Ngolo Diarra
*Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication
*Chargé de mission Bathily Amadou Birama
Conseillers:
*Kane Harouna
*Hamdou Rabby SY










AVOMM

« Au Mali, l’objectif des djihadistes n’est pas de prendre Bamako, mais de changer les personnes au pouvoir »


Lancée le 25 avril, l’offensive du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, affilié à Al-Qaida, menace la capitale malienne, où un blocus des routes a été décrété. L’analyste Jean-Hervé Jezequel détaille, dans un entretien au « Monde », les objectifs des djihadistes.


Les militaires au pouvoir au Mali et leurs alliés russes d’Africa Corps font face à une pression sans précédent des djihadistes. Le 25 avril, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) et ses alliés indépendantistes du Nord du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont lancé une offensive d’ampleur, en attaquant plusieurs villes, dont Bamako, la capitale.

Ils ont pris le contrôle de plusieurs localités du nord du pays, dont Kidal, et tentent d’imposer désormais un blocus à Bamako. Au point de faire tomber le pouvoir malien ? Jean-Hervé Jézéquel, responsable du projet Sahel au sein de l’International Crisis Group, livre son analyse dans un entretien au Monde.


Allons-nous assister à la chute prochaine de Bamako et à la prise du Mali par le GSIM ?


On assiste à un tournant dans ce conflit qui dure depuis 2012. Cela dit, je ne pense pas que le GSIM ambitionne à court terme de prendre Bamako. Cette capitale est une très grande ville qui ne serait pas facile à contrôler et à administrer. D’autant que jusqu’à ce qu’il prenne Kidal avec le FLA le 25 avril, le GSIM ne contrôlait aucun centre urbain.


Alors quel est l’objectif des djihadistes ?


Si on écoute ce que dit le mouvement – et il faut le faire –, deux objectifs sont clairement énoncés ces dernières années : d’une part, l’instauration de la charia et, de l’autre, l’éviction des forces étrangères du Mali. Hier les Français, aujourd’hui les Russes et, dans une moindre mesure, les Turcs. Le GSIM reste toutefois énigmatique sur beaucoup d’aspects de ce projet.

La charia, pour commencer, peut être appliquée de manière diverse. Dans certaines zones rurales qu’ils contrôlent, les djihadistes ont engagé des négociations avec les communautés locales. Ce n’est pas qu’une affaire religieuse : les discussions portent aussi sur la manière d’organiser la justice, la gouvernance, la fiscalité, la vie économique.

L’autre grande question, c’est le territoire sur lequel combat le GSIM. Evidemment, c’est un mouvement transnational avec des ramifications au Burkina Faso, au Niger, qui vont jusqu’au nord du Bénin, voire jusqu’au centre du Nigeria. Mais dans son discours le Mali tient une place centrale.

A moyen terme, je pense donc que l’objectif est de provoquer le renversement des autorités maliennes pour favoriser l’arrivée d’une coalition civilo-militaire plus ouverte au dialogue et moins hostile à son égard. A ce titre, ce qui compte, ce n’est pas vraiment la prise de Bamako, mais de changer les personnes au pouvoir.


Si on suit votre hypothèse, qui pourrait aujourd’hui être leur allié dans le paysage malien, dans la perspective d’un gouvernement civilo-militaire ?



Cette question renvoie à celle de l’ancrage du GSIM dans la population, qui est un enjeu majeur mais difficile à mesurer. Les djihadistes ont des groupes de partisans ou de sympathisants un peu partout au Mali. Pour autant, je ne suis pas sûr que ce soit un mouvement populaire.


Dans les zones rurales, les gens se sont accommodés de sa présence. Notamment parce qu’il a su proposer des services que l’Etat n’offrait pas ou mal. La question de la justice, par exemple, est centrale dans la capacité du GSIM à développer des liens avec les sociétés rurales. Pour autant, après plusieurs années de présence, on sait aussi que la question de la fiscalité, de la zakat [aumône légale], n’est pas toujours bien vécue.


C’est plus difficile de mesurer cette popularité dans les villes. Il y a sans doute des poches de sympathisants. On évoque aussi souvent le salafisme urbain. Mais je crois qu’il ne faut pas faire d’amalgame. Les dirigeants du salafisme urbain, c’est une forme de bourgeoisie. Ceux qui l’incarnent n’ont pas la même vision de la religion et les mêmes intérêts que des combattants issus de zones rurales lointaines.


Vous soulignez que le GSIM est plus implanté dans les zones rurales, l’est-il aussi plus dans le nord du pays ?


Historiquement, ces mouvements qui se revendiquent du djihad armé se sont développés au Nord, puis au Centre, avant d’essayer de s’implanter ces derniers temps dans les zones de l’Ouest et du Sud. Certains sont tentés par une lecture régionale, parfois même ethnique, du recrutement du GSIM, qu’ils associent aux populations touareg ou peules.

Mais il faut être très prudent avec cette idée, d’abord parce que ces communautés sont très diversifiées. Ensuite, parce que le djihadisme est un mouvement qui tient à se développer au-dessus des communautés. Le GSIM a à cœur de montrer qu’il s’adresse à tous. Ses récents communiqués sont ainsi diffusés en bamanankan [bambara], la langue la plus parlée du Mali, et cela n’est pas un hasard. Il veut montrer que certains de ses porte-parole sont issus du Sud.

On s’intéresse souvent à ce mouvement lorsqu’il attaque les villes – car les actions sont plus spectaculaires – mais il s’est surtout employé à s’enraciner dans les zones rurales, notamment dans certaines campagnes du Sud, auprès de communautés pour lesquelles il est un phénomène nouveau.


Croyez-vous à un scénario « à la syrienne », avec un mouvement djihadiste qui renverse le pouvoir central et devient acceptable pour la communauté internationale ?


On sait que les dirigeants du GSIM ont été très attentifs à ce qu’il s’est passé en Syrie. Ils sont des acteurs politiques pragmatiques, qui démontrent actuellement leur capacité à établir des alliances avec d’autres mouvements. Ceci dit, il y a de nombreuses différences entre la situation au Mali et celle qui existait en Syrie peu avant la chute de Bachar Al-Assad [le 8 décembre 2024].

Dans le cas syrien, les combattants de Hayat Tahrir Al-Cham avaient déjà administré de grandes villes et conclu des alliances assez larges avec des acteurs militaires et politiques avant de parvenir à prendre le pouvoir. Par ailleurs, et c’est un point capital, le GSIM est encore, au moins de manière nominale, dans une forme transnationale d’appel au djihad. Le Mali est le cœur de son projet, mais d’autres de ses branches sont très actives ailleurs, notamment au Burkina Faso. En outre, le mouvement reste lié à Al-Qaida. Il n’y a pas eu de séparation, comme en Syrie.

Je crois qu’il ne faut pas lire ce qui se passe au Mali comme la duplication de modèles passés. Mais c’est vrai que l’Afghanistan et la Syrie ont montré que ces acteurs-là peuvent prendre le pouvoir et bénéficier d’une forme de reconnaissance de la communauté internationale.


Les attaques du 25 avril ont été menées conjointement avec les indépendantistes du FLA. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un partenariat voué à durer ?


Au cours des quinze dernières années, on a assisté à des revirements fréquents entre ces groupes, à des phases d’alliance ou d’opposition. Ce qui est certain, c’est qu’il existe aujourd’hui des liens, parfois même familiaux ou personnels, entre le FLA et le GSIM. Ces mouvements ont aussi des intérêts et des adversaires communs. Pour autant, ils ont des agendas différents.

Depuis le début de cette offensive, on a tendance à comparer l’alliance entre le FLA et le GSIM aux rapprochements qui s’étaient opérés en 2012 entre le Mouvement national de libération de l’Azawad [MNLA] et une partie des groupes djihadistes. Une coalition qui s’était dissoute dans un affrontement sanglant, notamment entre le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest [Mujao] et le MNLA à Gao. Mais une décennie est passée et les groupes ont évolué : ils se sont affrontés, mais ont aussi appris à s’accommoder les uns avec les autres.

Ce qui a également changé, c’est le rôle des partenaires internationaux. Il y a une dizaine d’années, les pays occidentaux, notamment la France, décourageaient les acteurs qui se revendiquaient de l’Azawad de faire alliance avec les groupes djihadistes. Mais ces partenaires internationaux n’ont plus le même poids aujourd’hui. Le rapprochement s’est fait petit à petit. Le pacte de non-agression est devenu une alliance.


Face à ces insurgés, il y a l’armée malienne, qui a semblé dépassée lors des attaques du 25 avril. Est-elle capable de résister durablement à la pression de ces groupes ?



Depuis le départ des anciens partenaires du Mali, notamment des militaires français de l’opération « Barkhane », en 2022, certains propagent l’idée qu’il y a désormais une désorganisation de l’armée malienne. Je crois que ce n’est pas vrai. Il ne faut pas sous-estimer les efforts qui ont été faits pour rééquiper et réorganiser l’armée malienne – avec de nouveaux partenaires : les Russes.

Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en 2020, l’armée a été remise au centre de la réponse aux différents enjeux sécuritaires du pays. Elle est bien plus présente qu’auparavant dans le centre du pays, elle avait été capable – avec l’appui des paramilitaires de Wagner – de reprendre Kidal [en 2023] et, de façon générale, elle a réussi à mettre plus de pression dans les zones rurales.

Mais dans cette course à l’adaptation permanente, les groupes djihadistes ont été plus rapides. Eux sont parvenus à mener beaucoup plus d’actions et à se projeter sur les centres urbains de façon plus déterminante. Ils ont aussi appris à exercer une pression économique à travers les blocus, comme celui de ces derniers mois sur le carburant ou celui en cours [sur les axes routiers qui permettent de rallier] Bamako.


Cela dit, il faudra observer la capacité de réaction de l’armée malienne dans les prochains temps et ne pas la sous-estimer. Il y a eu des frappes aériennes, par avion ou drone, sur Kidal mercredi [29 avril] et il pourrait y en avoir ailleurs… Ce qui, en retour, pourrait pousser les djihadistes à s’en prendre aux bases aériennes maliennes.


L’armée malienne compte sur un allié extérieur : la Russie, avec les paramilitaires de l’Africa Corps. Cette alliance est-elle toujours solide, selon vous ?


Cette alliance – comme celle qui avait été conclue auparavant avec les Français – montre aujourd’hui ses limites. Les Russes ont joué un rôle décisif dans la reprise de Kidal en 2023. Ils ont rendu des services aux autorités, même si cette aide s’est accompagnée d’une forte hausse des violences contre les civils.

Mais dans la durée, ces soutiens-là ne sont pas en mesure de faire la différence face à des insurgés qui ne cessent d’élargir leur base rurale. Du fait de l’éparpillement des forces en plus petites unités, Africa Corps a été contraint d’évacuer certaines localités. Est-ce que, pour autant, Moscou est en train de lâcher la junte ? Je me garderai de le dire.

Les Russes ont beaucoup investi dans la région, ils sont aussi présents dans les pays voisins. Il est à parier qu’ils vont continuer à défendre cette place. On les voit quand même se mobiliser, essayer de montrer qu’ils restent en soutien. Mais même s’ils arrivaient à renforcer leurs dispositifs et à protéger Bamako, je pense qu’ils ne feraient que repousser l’échéance. Encore une fois, je ne crois pas que ce sont les engagements militaires qui permettront à eux seuls de changer le rapport de force au Mali.


Qu’est-ce qui le permettrait alors ?



Il faudrait mettre en place des stratégies qui allient les réponses militaires et les réponses politiques. Il faut réengager un dialogue avec trois types d’acteurs. D’abord, avec les groupes armés, comme différents forums nationaux intermaliens ont appelé les gouvernements successifs à le faire ces dix dernières années. Ensuite, avec les voisins du Mali. Certes, les autorités maliennes ont resserré leurs liens avec le Burkina Faso et le Niger, les autres pays de l’Alliance des Etats du Sahel, mais cela s’est fait au détriment d’autres partenariats. Elles se sont repliées sur elles-mêmes, se sont isolées d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, des Occidentaux, mais aussi de l’Algérie, par exemple.

Enfin, il faudrait reprendre une discussion avec les forces politiques intérieures du pays, qui ont été exclues du jeu. Je crois que ce serait la voie à suivre pour apaiser les choses, même si le niveau de conflictualité actuel est tel qu’il sera difficile d’initier une désescalade.


A court terme, les autorités maliennes pourraient-elles compter sur l’intervention de nouveaux pays ? Ils se sont rapprochés des Marocains, des Turcs, des Emiratis… Ces acteurs pourraient-ils s’impliquer dans le conflit ?


Beaucoup pourraient avoir des intérêts diplomatiques et économiques au Mali, mais j’ai du mal à imaginer un Etat s’impliquer directement dans ce conflit. Par ailleurs, on voit mal les instances multilatérales, comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao], l’Union africaine ou les Nations unies se déployer efficacement au Mali.


Et puis il faudrait qu’ils en aient la volonté. Alors que les Français puis les Russes ont montré leurs limites dans l’endiguement de la crise, qui aurait envie de s’engager au Mali ?


La France est intervenue militairement contre les groupes djihadistes au Mali de 2013 à 2022. A-t-elle une part de responsabilité dans la crise actuelle ?


Il ne faut pas blâmer la France pour tout ce qu’il se passe, mais, indéniablement, elle a une part de responsabilité. Le problème de mauvaise gouvernance au Mali n’est pas nouveau, il a plusieurs décennies, et plusieurs partenaires internationaux se sont accommodés de cet Etat défaillant, sans vouloir résoudre avec l’élite dirigeante d’alors un certain nombre de problèmes.

Dans les années 2010, la France a elle aussi mis en place des dispositifs qui ne prenaient pas suffisamment en compte les aspects politiques de la crise. Cela a d’ailleurs contribué à ce que les militaires prennent le pouvoir en 2020. Il ne faut pas oublier qu’à ce moment-là ils ont suscité un énorme enthousiasme. Ils ont impulsé un tournant souverainiste qui redonnait un rôle central à l’Etat, notamment dans le domaine sécuritaire. Cela a suscité un énorme espoir. En France, on a trop tendance à considérer que l’histoire du Mali depuis le départ de l’opération « Barkhane » est celle d’une débandade continue.


Cette popularité des militaires, conduits par Assimi Goïta, perdure-t-elle ?



Je crois qu’il en reste quelque chose, même si bien sûr elle a été entamée. Ce tournant souverainiste aurait pu être porteur de transformations positives s’il ne s’était heurté à deux impasses. La première, c’est l’impasse de la priorité donnée aux options militaires face aux groupes armés. Il n’y a eu aucune rupture avec leurs prédécesseurs sur ce point.

La seconde, c’est la capture du pouvoir par un petit groupe. Ils ont écarté jusqu’à des gens qui croyaient en eux et ont enfermé leur souverainisme dans une vision repliée sur elle-même. Une voie souverainiste plus ouverte aux multiples partenaires, aux acteurs politiques nationaux et à une partie des groupes armés aurait été possible. Elle l’est peut-être encore.

Anna Sylvestre-Treiner

Source : Le Monde
Vendredi 1 Mai 2026 - 21:05
Vendredi 1 Mai 2026 - 21:32
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