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Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

Ousmane SARR, président

Demba Niang, secrétaire général
Secrétaire général Adjt; Demba Fall

Alousseyni SY, Chargé des relations extérieures

Mme Rougui Dia, trésorière

Chargé de l’organisation Mariame Diop
adjoint Ngolo Diarra

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

Conseillers; Kane Harouna
Hamdou Rabby SY










AVOMM

MAMADOU RACINE, PREMIER CAPITAINE AFRICAIN D’INFANTERIE

L’itinéraire contrasté d’un tirailleur sénégalais


MAMADOU RACINE, PREMIER CAPITAINE AFRICAIN D’INFANTERIE
Tirailleur sénégalais, Mamadou Racine, Sy de son nom, est né à Podor, principale ville du Fouta de l’époque sur le chemin des comptoirs du nord, le 28 mars 1842. (1838 selon les archives). Grand homme par la taille, cet ancien cultivateur du village dont les parents sont originaires de Souyouma dans les environs de Podor, devenu tirailleur, par la force des choses et le coup du destin, assimile son histoire à celle de la pacification du Fouta et du Soudan, en ayant été jusqu’au début du 20 ème siècle de tous les combats imposés par le colonisateur français au Soudan pour imposer son autorité. Témoin oculaire de la capture de Samory Touré, en 1898, Mamadou Racine est bien un tirailleur au destin contrasté au service de l’armée coloniale.


Premier capitaine africain de l’Infanterie de marine, l’homme s’est engagé dès le 4 octobre 1860 au bataillon des tirailleurs sénégalais alors qu’il n’a pas encore atteint ses 20 ans. Payé 50 centimes à ses débuts, le jeune homme fait partie d’un groupe de 516 tirailleurs sénégalais du bataillon participant aux séances d’instruction armées de fusil double qui était resté pendant longtemps, le privilège des chefs locaux. Il se signalera par sa bravoure au cours des opérations entreprises en Haute Casamance, dans le Cayor et dans le Rip. Ce qui a fait que le jeune tirailleur a très vite brûlé les étapes en devenant sergent le 9 août 1866 et quatrième africain de l’armée française, à arborer l’épaulette.

Au cours de l’année 1868, il est déjà remarqué par ses chefs et promu le 15 mai de la même année Lieutenant, alors qu’il ne venait d’effectuer que huit années de service. Le contexte de l’époque, selon les témoignages du commandant Chailley, dans ses notes d’archives, au moment où s’organisaient les troupes sénégalaises, avait cette particularité que les procédures d’avancement étaient très lentes et qu’il n’y avait que six places d’officiers africains à pourvoir.

Officier au service de la France, les notes d’archives de l’armée coloniale signalent dans un rapport daté de 1883 et signé du ministère de la Marine et des Colonies, que, « Mamadou Racine sert la France avec un grand dévouement depuis 22 ans, et a déjà fait partie de trois expéditions dans le haut-fleuve où il a rendu des services inappréciables ». Ce qui expliquera qu’il a été fait chevalier de la légion d’honneur depuis 1869.

D’ailleurs, le ministre des Colonies, dans ce rapport qu’il a adressé au Président de la République française, n’a pas hésité à ce propos à affirmer qu’en dépit du fait que, « les décrets des 8 février et 20 juillet 1880 n’ont pas prévu d’emploi de capitaine au titre indigène, dans le corps des tirailleurs sénégalais, il me paraît équitable de récompenser d’une manière exceptionnelle Mamadou Racine dont le courage, au-dessus de tout éloge, sera certainement un exemple salutaire pour les troupes qu’il a conduites à l’ennemi… » Si ce grade de capitaine avait été créé pour les troupes indigènes de l’armée de terre, par décrets des 6 janvier et du 21 mars 1874 et s’il n’y avait aucun motif pour que les dispositions des actes précités ne soient rendus applicables aux officiers indigènes des corps de troupes de la Marine, il s’agissait surtout pour le ministre des Colonies, de reconnaître les services exceptionnels d’un officier blessé en combattant selon lui, « pour l’une plus nobles conquêtes de la civilisation ».

Son histoire personnelle, comme celle de nombre de tirailleurs de cette époque des conquêtes qui suit la défaite française de 1870-1871 face à l’armée Prussienne de Bismarck, colle ainsi parfaitement bien avec celle dite de la grande époque soudanaise ; et dès 1883, il fera partie de la colonne qui va occuper Bamako et le 19 janvier de la même année, il est parmi les tirailleurs qui iront à l’assaut du village de Daba coupable d’avoir tendu un guet-apens au capitaine Gallieni. C’est en cette même année 1883 (le 19 octobre exactement) qu’il est nommé capitaine, en devenant le premier Africain à occuper ce poste au niveau hiérarchique.

Dévoué à ses chefs blancs, comme du reste nombre de tirailleurs, Mamadou Racine, selon le commandant Chailley, « continue à apporter à ses chefs le même dévouement, la même conscience du devoir bien fait, la même compétence dans les missions qui sont confiées. » Après que la Rosette lui fut attribuée en 1888, le voilà, qui prend sa retraite au cours de l’année 1888, à l’âge de 58 ans, avant entre-temps, de contribuer à l’arrestation de Samory Touré à qui, selon les mots du commandant Chailley, « il signifiera à Kayes, son exil. »
A l’époque, il est convoqué dans la ville malienne, au côté de l’officier général lorsque ce dernier a lu devant les troupes rassemblées, l’arrêté exilant l’Almamy Samory Touré, au Gabon. Pour les Français, c’était là, un juste hommage à l’homme qui avait lutté pour que cette partie de l’Afrique connaisse enfin la paix, mais pour les historiens, c’est aussi toute la preuve du destin contrasté d’un homme d’exception, qui à l’image des tirailleurs sénégalais, a été mis parfois bon gré ou malgré lui, face à son peuple, pour vaincre toute résistance à la libération des peuples noirs.

C’était cela avant la première guerre mondiale le destin de nombre d’Africains qui avaient aussi appris l’art de vaincre sans avoir raison. Au grand bonheur du colonisateur. C’est cela encore le sens de l’histoire coloniale en Afrique noire française où sans les tirailleurs, il aurait été bien difficile de dominer les armées de la résistance.

Fidèle compagnon du colon

Mort le 24 février 1902, Mamadou Racine a été un fidèle parmi les fidèles, pour le colon français qui le présentait comme un bel homme portant avec aisance la tenue orientale réservée aux gradés de son origine. Exceptionnel pour son époque, l’homme parlait, contrairement à nombre de soldats indigènes, parfaitement le Français. Il faisait partie d’une colonne de 300 tirailleurs sénégalais, composés également de 62 spahis, deux canons, 200 chameaux et 100 mulets.

Bien élevé, les colons français, disaient également de lui, qu’il avait une grande autorité sur ses compatriotes. Pour le remercier, il sera désigné en 1878, pour aller visiter une exposition à Paris en compagnie de Hadji Bou El Mogdad, rédacteur arabe et Amadou Babou, plus connu comme interprète. L’on retient des archives coloniales que ses supérieurs l’appréciaient beaucoup et l’estimaient comme « un élément à traiter comme un officier français ». Ce qui a fait dire au colonel Borgnis-Desbordes que, « la personnalité de Mamadou Racine doit être prise en considération pour diminuer, peu à peu avec prudence et sagesse la distance si grande qui sépare le noir et le blanc. Et, en honorant cet officier, a poursuivi le colonel français, la France montrera aux indigènes qu’elle sait reconnaître leurs services. »
Aujourd’hui, après avoir parcouru pour la France, le monde et les fronts (en Afrique, en Asie, en Europe, etc.), tous ces gens qui, selon le professeur Iba Der Thiam, à l’image du colonel Malamine avec Brazza et Ballay, du lieutenant Yoro Coumba, qui a descendu le fleuve avec Caron et Hoursi, conquis le Dahomey avec Dodds et traversé l’Afrique avec Marchand, pour restaurer l’autorité de la métropole coloniale, méritent autant que tous les soldats et officiers français.
C’est encore là, l’une des grandes significations de cette journée du 23 août qui nous ramène au débarquement de Provence en août 1944 pour en finir avec la seconde guerre mondiale. Mais, c’est aussi tout le sens de l’exhumation de cette histoire qui est la nôtre, belle, plus ou moins belle et parfois bien affreuse qui nous unit à la France avec tous ces gens qui ont versé leur sang, pour la cause de la métropole. Parfois à tort. Parfois à raison.

Mame Aly KONTE

Mardi 11 Avril 2006 - 19:25
Sud quotidien
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