Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

Le bureau exécutif de l'AVOMM
"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

M. Amadou Bathily, président

Ousmane Abdoul Sarr, secrétaire général

M. Hamdou Rabby Sy, porte-parole

Mme Rougui Dia, trésorière

Chargé de l’organisation Ngolo Diarra

Commissaire au compte Mme Diop Marième

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

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AVOMM

GROS PLAN SUR LE PROFESSEUR CISSE AMADOU CHEIKHOU DIT MODY : PREMIER SECRETAIRE DU PARTI ALLIANCE POUR LA JUSTICE ET LA DEMOCRATIE DE MAURITANIE


GROS PLAN SUR LE PROFESSEUR CISSE AMADOU CHEIKHOU DIT MODY : PREMIER SECRETAIRE DU PARTI ALLIANCE POUR LA JUSTICE ET LA DEMOCRATIE DE MAURITANIE
Au moment où notre pays connaît des recompositions au sein de l'opposition, voir des cooptations contre-nature des barons du PRDS, nous avons choisi, pour cette édition, d'aller à la rencontre d'un dirigeant politique: le Pr. Cissé Amadou Cheikhou dit Mody. L'une des rares voix capable, non seulement de battre en brèche les plans que nous prépare cette armada de pilleurs, mais aussi d'inciter tous les démocrates à renverser la vapeur et impulser une nouvelle dynamique susceptible de fermer la porte au nez de ces tribus d'opportunistes et de faire espérer tous ceux qui n'y croient plus.

Pr. Cissé Amadou Cheikhou a milité très jeune comme Membre du Comité Dirigeant du Mouvement des Elèves Noirs, puis membre de la Commission Préparatoire du Congrès Constitutif de l'Union National des Etudiants et Stagiaires de Mauritanie (UNESM).

Professeur d'histoire et de géographie au lycée de Kaédi d'octobre 1982 à Juin 1986. Il fut arrêté et emprisonné en Novembre 1986 à Kaédi. Ce qui lui a valu d'être révoqué de la Fonction Publique après plusieurs mois d'internement à la prison civile de Kaédi.
Il a été, par la suite, séquestré de décembre 1990 à mars 1991 dans les geôles de l'Etat-major de la gendarmerie à Nouakchott avant d'être transféré au camp militaire de Jreida où il séjourna jusqu'à la fin du mois d'avril 1991, date à laquelle il fut libéré.

L'AJD son parti est constitué de militants dont la plupart sont issus du mouvement Alliance pour une Mauritanie Nouvelle (AMN) qui fut une composante de l'ancien parti Action pour le Changement (A.C). L'AJD a vu le jour 25 Août 2000 à Nouakchott.

AVOMM : L’AJD s’est illustrée par l’organisation d’une série de manifestations exigeant le retour des réfugiés. Pourquoi ces manifestations ont-elles cessé brusquement ? Avez-vous fait l’objet de pressions ou d’intimidations de la part des nouvelles autorités ou avez-vous tout simplement choisi d’autres moyens de revendications ?

Cissé Amadou Cheikhou : Avant tout, permettez-moi, au nom de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie de vous présentez nos meilleurs remerciements pour nous avoir permis d’intervenir sur votre site. Je me permets de remercier également, toutes celles et tous ceux qui, comme vous, animent ces lieux de rencontre qui sont d’une d’excellente efficacité.

En effet, ces lieux, bien que virtuels, participent dans notre réalité, à l’effectivité de nos idées. Nous nous y exprimons, en dehors de toute censure, sauf celle que nous nous imposons volontairement dans le cadre du respect de l’autre. Et c’est cela l’éthique de la responsabilité.

Donc, encore une fois je tiens à vous affirmer cette estime et cette reconnaissance dans vos efforts de tous les jours en faveur d’un monde de justice, de fraternité, de démocratie et d’égalité. Nous sommes de (et dans) ce combat, avec vous et avec tous ceux qui sont aminés par ces mêmes convictions.

Nous sommes à vos côtés aussi éloignés mais tout près de vous pour animer ensemble cette lutte qui est celle des opprimés.

Pour revenir à votre question, effectivement, l’AJD s’est illustrée depuis le changement du 3 août 2005, par l’organisation d’une série de manifestations exigeant le retour des déportés, ce qui est une des facettes de notre noble combat contre l’arbitraire et l’injustice.

Ces manifestations ont revêtu plusieurs formes. Des sit-in ont été organisés ; l’un deux a été réprimé par les forces du CMJD. Je dois rappeler ici que tous les sit-in ont été organisés dans les formes prévues par la loi. C’est-à-dire que nous informions l’autorité, dans ce cas précis, Monsieur le Gouverneur du District de Nouakchott, 72 heures avant la date prévue pour la manifestation en indiquant le lieu et le motif. Ceci a été réitéré, à chaque fois que nous avons voulu organiser une manifestation.

L’organisation de ces manifestations visait au moins deux objectifs. D’une part, par ces actions nous devrions consolider la solidarité avec nos concitoyens injustement déportés depuis 1989 par le régime dictatorial de Ould Taya au Sénégal et au Mali. D’autre part nous voulions attirer l’attention des nouvelles autorités du danger qu’il y avait à omettre la solution de ce problème pendant la phase de transition.

Pour l’AJD, une transition sans le retour des déportés est un non-sens ; les autorités de transition ayant clairement indiqué qu’elles étaient venues pour mettre fin au régime totalitaire de Ould Taya et instaurer un régime de justice et de démocratie.

Nous nous sommes satisfaits de ces déclarations de principe. En son temps, le Président du CMJD l’a assuré à tous les acteurs de la vie nationale (partis politiques, société civile, presse, syndicats, etc.). Nous avons attendu la concrétisation des déclarations par des actes concrets.

Des comités interministériels furent mis en place et eurent à travailler sur la manière de résoudre les problèmes posés à la Mauritanie. Une nouvelle méthode de travail fut inventée et appliquée, celle d’informer les acteurs que nous sommes.

Nous avons suivi le travail de ces comités interministériels jusqu’à l’organisation des Journées nationales de la concertation tenues à Nouakchott, à la fin du mois d’octobre 2005. Au sortir de ces Journées, des recommandations ont été faites sur tous les points qui avaient été discutés et qui ont fait l’objet de consensus.

Tous les sujets ont été discutés. A ce niveau, il faut rendre un hommage particulier à toutes les participantes et à tous les participants pour leur sagesse, leur conviction et le courage de leurs idées qu’ils ont exprimées dans une ambiance fraternelle. Le CMJD et le Gouvernement ont laissé les gens s’exprimer librement. Et à la fin, le CMJD a promis de faire des conclusions de ces journées sa feuille de route, pour reprendre une expression à la mode.

Malheureusement, sur tous les points qui ont fait l’objet de consensus, des solutions ou des prémisses de solutions ont été apportées sauf pour les questions relatives au passif humanitaire, aux déportés et à l’eclavage.

Constatant que le délai que le CMJD s’est fixé avait été raccourci, et qu’aucune action concrète n’avait été engagée relativement à ces questions, l’AJD a rappelé aux autorités de transition, l’espoir qui était fondé à la transition et leur désir d’instaurer une société de justice et de démocratie.

Des déclarations aux sit-in, en passant par les rencontres avec les autorités et les partenaires au développement, nous avons réitéré notre disponibilité à aider à la solution de ce problème crucial.

Je tiens au passage, à faire une précision. Ce problème de passif humanitaire, contrairement à une certaine opinion, n’est pas un problème de gens de la Vallée ou du Hodh, du nord ou de l’ouest mauritanien. Il n’est l’apanage ni d’une communauté encore moins d’une ethnie (même si je reconnais la difficulté à s’entendre sur la définition de ces concepts).

Le passif humanitaire est un problème national, et, à ce titre, il doit être pris en charge par l’ensemble des Mauritaniens, et en premier lieu par l’Etat mauritanien qui a tué ses propres fils et déportés ses propres citoyens. Il ne sert à rien de le nier et ou reporter à plus tard sa résolution.

C’est dans cette optique que nous avons organisé des sit-in devant l’immeuble de la Primature. Au cours d’un de ces sièges, la Police nous a effectivement dispersés et arrêtés certains de nos dirigeants pour les interner pendant toute une journée au Commissariat central de Nouakchott.

Nous avons eu alors le soutien du Bloc des Partis pour le Changement. Toutes les autres formations politiques ont brillé par leur absence ; ni compassion, ni condamnation. Les organisations de défense des droits de l’homme ont compati avec nous pour dénoncer la répression injuste dont nous venions de faire l’objet. C’est ainsi que nous sommes devenus les premiers à « goûter » au plat de la répression du régime post-Maouya.

Par la suite nous avons changé de stratégie. Il faut noter que nous n’avons fait l’objet d’aucune pression, d’aucune intimidation. D’ailleurs, et à notre demande, le Président du CMJD nous a reçus plus tard à une audience. Nous avons fait un tour d’horizon de toutes les questions qui se posent à la Mauritanie. Il a compris notre souci et nos inquiétudes. Nous sommes tombés d’accord sur certains points. Nous avons divergé sur d’autres.

Par contre, et il faut le noter, le Premier Ministre n’a pas donné suite à la demande d’audience que nous avions introduite chez lui. Depuis nous avons confirmé ce que nous disions de lui après sa nomination à ce poste stratégique. C’est un homme disqualifié pour conduire l’action du Gouvernement de transition. Il a occupé les mêmes fonctions pendant quatre ans sous le régime du dictateur, après l’élection présidentielle de 1992. Son discours sur la question du passif humanitaire, par exemple, a été invariable.


AVOMM : On assiste aujourd'hui à une opposition qui est en train d'être happée par les hommes de l'ancien système et leurs alliés féodaux tribalistes. Que propose l'AJD pour endiguer cette menace ?

Cissé Amadou Cheikhou : Comme vous le savez, le règne de Maouya a été marqué par la perte de toutes nos valeurs. Tous les repères s’étaient déplacés. Le faux, l’usage de faux, la concussion, le vol étaient devenus les qualités par excellence pour rendre gloire au dictateur. Jusqu’au 2 août 2005, ce dictateur-là faisait encore figure de grand timonier dont la disparition annonçait l’apocalypse. On vantait tout alors qu’on était convaincu du mensonge auquel on s’adonnait.

Le plus grand cinéma auquel on a assisté a été l’événement du 8 juin 2003. Pendant que la ville de Nouakchott était aux mains des insurgés, tous les thuriféraires et flagorneurs du pouvoir s’étaient terrés, d’aucuns ont quitté la ville pour se réfugier en brousse laissant le « guide éclairé » seul dans ses malheurs. Sitôt la situation renversée en sa faveur, par on ne sait quel concours, les concerts de klaxon, les motions d’allégeance et les marches de soutien ont fusé de tous les coins du pays, animés par ces mêmes flagorneurs sortis subitement de leurs terriers. Le dictateur n’a rien compris.

A sa chute, quelle honte et quelle déchéance. Tous les mots lui étaient collés, tous les maux du pays, c’étaient lui encore, oubliant du même coup les délices du festin auxquels ils goûtaient la veille, et sans retenue. Tous les moyens étaient bons pour faire partie de la cour du dictateur. Le PRDS, son instrument de mesure, sa chose à lui, on y adhérait à grand renfort de publicité, tout y était permis. La manière. Les formes. Dans un environnement fait de pauvreté structurelle, l’adhésion se manifestait par d’énormes tapages.

Il est donc normal que le départ du dictateur soit le prélude du malheur de ses anciens protégés. Le PRDS, qui était une coquille vide sur le plan politique mais une machine à frauder ne fonctionnant que pour la satisfaction de son chef, s’est vu contesté d’abord de son intérieur.

Le Conseil national et le Congrès réunis les mois qui ont suivi la « mort » politique de son leader, les feuilletons judiciaires et les départs massifs n’ont pas arrangé son existence.

Il apparaissait dès lors normal que le cadavre que le PRDS soit dépecé par les vautours accrochés à l’arbre de la prétendue opposition au dictateur. C’est ainsi que nous avons assisté à quelques départs d’anciens membres éminents et spécialisés dans l’organisation de la fraude pour des partis, souvent d’opposition au dictateur, avec le même rituel. C’est la tribu qui porte allégeance, c’est toute la famille qui salue l’entrée de son fils à telle ou telle autre formation politique.

Mais quand le CMJD a rassuré les voleurs de l’impunité, l’hémorragie constatée au départ s’est arrêtée. Je dois vous dire que le PRDS est devenu entre temps PRDR, avec tous les moyens qu’il a disposé et dont il continue à disposer (on a parlé d’un montant de 4 millions de dollars US accordé par la Chine à ce parti à la suite du troc signé entre la Chine et notre pays pour la construction du futur aéroport de Nouakchott).

Aucune action n’a intenté en justice par les autorités qui devaient faire toute la lumière sur la destination de ces sommes faramineuses. Les rares immixtions de la Justice ont consisté à saisir les biens du parti, ordonnance qui a été immédiatement levée pour ne pas laver le linge sur l’espace public.

Donc, des vautours se sont rués sur le cadavre du PRDR-PRDS, faisant fi de leurs prétendus principes politiques et idéologiques. Aujourd’hui, ce à quoi on assiste est inquiétant. Le tribalisme dont les textes réglementaires interdisent l’action et l’animation, est bien un mal réel au vu et au su de tout le monde auquel s’accommodent bien ces politiques. L’AJD continuera à dénoncer, à combattre ce mal qui a été à l’origine de certains de nos malheurs.


AVOMM : Vous avez créé avec d’autres partis le Bloc de Partis pour le Changement (BPC), pouvez-vous nous parler des objectifs de cette structure à la veille des échéances électorales ?

Cissé Amadou Cheikhou : Au lendemain du putsch du 3 août 2005, plusieurs alliances se sont subitement défaites. L’opposition dite radicale au régime du dictateur déchu n’a pas échappé à cette déconstruction. Il fallait alors repartir sur de nouvelles convergences, cette fois, non pas au niveau du seul objectif de faire quitter le monstre sacré mais une convergence d’idées et une convergence de l’action. C’est ainsi qu’une dizaine de partis se sont retrouvés pour élaborer une plate-forme d’entente pour une action commune.

Aussi la spécificité du Bloc des Partis pour le Changement (BPC) tient à un diagnostic commun des problèmes de notre pays et à une thérapeutique commune suggérée par ce diagnostic commun.

Les partis formant le Bloc des Partis pour le Changement ont donc une même et unique façon de comprendre et de poser les problèmes de la Mauritanie et préconisent les mêmes solutions à ces problèmes.

Cette convergence au niveau des idées qui a rendu possible la convergence au niveau de l’action, autrement dit, la création d’un unique cadre d’action qui transcende les clivages, ethniques, tribaux, régionaux et qui n’a pour souci majeur que la refondation de la Mauritanie sur de nouvelles bases claires pour tous ses citoyens, ce qui est de nature à installer ce pays dans l’orbite de l’éternité avec la domestication de tous les facteurs potentiels de conflit et principalement ceux liés aux déchirements intercommunautaires.

C’est pourquoi, le Bloc entend asseoir la construction de notre pays sur la base des deux entités ethno-culturelles qui le composent : l’entité arabe et l’entité négro-africaine.

Nous savons que la meilleure manière de faire vivre en harmonie ces deux entités dans la paix et la concorde c’est de définir des règles claires sur le principe du partage du pouvoir entre ces deux entités.

C’est sur la base de ces deux axes précisés que l’injection dans ce pays du mode de gouvernement démocratique peut avoir une chance de réunir. Tout greffage de la démocratie dans la société mauritanienne qui écarterait les deux axes ci-dessus sera voué à l’échec puisque la non maîtrise des lignes de fracture inter-ethniques, des contradictions sociales ne pourront à terme déboucher que sur des déchirements dramatiques comme le Soudan ou le Rwanda.

Toute construction d’un édifice politique démocratique viable en Mauritanie doit reposer nécessairement sur la maîtrise des antagonismes ethniques et sociaux : le règlement du problème de la cohabitation et celui de la suppression de l’esclavage même dans ses formes les plus modernes.

Ces deux problèmes réglés, la Mauritanie peut à l’instar des autres pays adopter la démocratie comme mode de gestion de l’Etat, une démocratie fondée sur le respect des principes universels de ce mode exceptionnel de gouvernement qui est l’unique et le seul mode de gouvernement qui donne au peuple en toute souveraineté, la possibilité de changer pacifiquement, par la voie des urnes, ses mauvais dirigeants. C’est par là que la démocratie est bien un paisible système de gouvernement qui peut être injecté à toutes les cultures et à tous les pays du monde.

Pour que notre démocratie soit parmi les meilleures démocraties du monde, nous nous sommes fixés les objectifs majeurs qui se déclinent autour des axes suivants :

1. Accorder une même aide financière à tous les partis politiques sans exclusive pour qu’ils aillent aux élections avec les mêmes chances de réussite à la base.

2. Procéder au remplacement du personnel de l’administration territoriale gouverneurs et préfets qui ont toujours été des agents actifs de toutes les fraudes électorales passées. Un important mouvement a touché au mois de décembre dernier l’Administration territoriale et centrale. C’est insuffisant. Nous avons constaté que cette même Administration n’a pas échappé aux pesanteurs de la partialité à laquelle elle est formée dans la dure école du dictateur déchu. Malgré les protestations de la Commission Electorale Indépendante (CENI), les fraudes n’ont pas pu être empêchées et jugulées au cours du recensement administratif à vocation électorale (RAVEL) qui a été clôturé à la fin du mois d’avril dernier.

3. Procéder également au remplacement du personnel qui dirige les services de l’Etat : les sociétés d’Etat, les établissements publics, les directeurs centraux des ministères et les chefs de service qui se recrutaient dans le PRDS du dictateur déchu. Il est impossible de faire du neuf avec du vieux. Ce sont des gens mouillés jusqu’au cou dans les affaires de détournement de deniers publics, de concussion et de vénalité.

4. Etablir un audit financier et comptable de toutes les sociétés d’Etat et sanctionner les responsables pour lesquels des preuves de détournement seraient établies.

Dans la même foulée, pour qu’un système démocratique soit viable, il est nécessaire d’assurer :

- Un accès équitable de tous les citoyens aux richesses nationales, en particulier les revenus tirés de la vente du pétrole, des mines et de la pêche.

- La démocratisation de l’accès aux services sociaux de base : éducation, santé, eau, électricité, téléphone.

Vous voyez que les membres du Bloc des Partis pour le Changement (BPC), fondent un grand espoir sur le Bloc et pensent sérieusement qu’il peut être une alternative crédible aux dérives totalitaires de l’ancien régime, une alternative d’autant plus crédible qu’elle inscrira la Mauritanie, ce bien qui nous est commun à tous, dans l’orbite d’une éternité paisible reposant sur un accroissement perpétuel de ses succès économiques.
Nous reviendrons tout à l’heure sur cette alternative.


AVOMM : Professeur, vous avez été à la présidentielle de 2003, allez-vous rééditer votre candidature pour celle de 2007 ?

Cissé Amadou Cheikhou : Je n’ai pas été candidat à la présidentielle de 2003.

A partir du Congrès extraordinaire de l’AJD, tenu en avril 2002, et après une analyse objective de la situation du pays et des conditions d’émergence de la démocratie, le parti a réaffirmé sa volonté de participer à toutes les élections et mandat été donné au Conseil National de prendre les dispositions nécessaires pour la participation à l’élection présidentielle de novembre 2003.

Pour aller dans le sens des orientations du parti, le Bureau Politique National a décidé d’une candidature à l’élection présidentielle de novembre 2003. Nous avons mené la campagne pour la concrétisation de cette candidature.

Au sein de l’opposition au régime du dictateur, le réalisme nous a commandés de porter notre choix sur un candidat unique pour augmenter nos chances de renverser le pouvoir arbitraire du dictateur. A l’arrivée, trois candidatures étaient en lice : la nôtre, celle du RFD et celle de l’UFP.

En fin de compte, nous avons désisté pour permettre à l’opposition de partir aux élections avec son propre candidat. Malheureusement, les deux partis n’ont pas pu s’accorder sur une candidature unique. Les choses en restèrent là, et la stratégie de l’opposition en a souffert.

Finalement, notre Conseil National réuni en août 2003, a décidé de poursuivre les efforts en vue de maintenir notre candidature. Le cas échéant, il a recommandé de soutenir la candidature la mieux placée de l’opposition. C’est ainsi que nous sommes allés soutenir la candidature de l’ancien Président Mohamed Khouna Ould Haidalla.


AVOMM : Quelle vision faites-vous à l’AJD de la Mauritanie de demain ? Quelles sont les grandes lignes du programme que vous proposez aux Mauritaniens ?

Cissé Amadou Cheikhou : Le projet que nous proposerons aux Mauritaniens se situera aux antipodes de la pensée commune. D’aucuns se réjouissent actuellement, de la mise en place prochaine d’institutions dites démocratiques. Les rafistolages de la constitution du dictateur, pensent ces laudateurs et crieurs, donneront à n’en pas douter des raisons d’espérer de vivre dans un environnement démocratique.

Mais que vaudra ce prétendu environnement démocratique si le pouvoir est conservé entre les mains d’une seule communauté, les autres ne devant se réjouir que de strapontins pendant toute leur existence ? Un environnement où des citoyens déportés du seul fait de la couleur de leur peau vivent aux portes de leur pays sans pouvoir y revenir recouvrer leurs biens, leurs droits, cet environnement pourra-t-il être démocratique ? Non. Un tel environnement sera toujours malsain et la résurgence des problèmes liés à la cohabitation sera toujours possible.

Nous entendons proposer une alternative au projet actuel. Comme nous l’avons toujours dit, une rupture radicale s’impose. Ce que nous voulons, c’est bâtir ensemble la nation mauritanienne dans laquelle les citoyens vivront égaux et différents.

Comment vivre ensemble différents et égaux est la question à laquelle nous entendons donner une réponse que nous soumettrons à l’avis de l’ensemble du peuple mauritanien. Nous pensons à un débat national à l’issue duquel, nous aurons un pacte qui va définir les contours du vivre ensemble et les conditions de la coexistence entre nos différents communautés. C’est seulement alors que le pays pourra se doter d’institutions fiables et durables.

Auparavant, une décantation psychologique s’impose. Les réparations exigées, le seront pour mieux préparer le débat national. C’est pourquoi, nous avons remis un mémorandum au Président du CMJD à travers lequel, nous avons demandé un certain nombre de mesures pour préparer à l’avènement du débat national.

Les principaux axes qui conditionnent cette décantation sont, et pendant cette phase de transition, le retour organisé des déportés, la solution du passif humanitaire, la mise en place d’une commission d’enquête indépendante chargée de faire la lumière sur les massacres commis contre les négro-africains, la traduction devant les juridictions compétentes des tortionnaires, la réhabilitation des trois officiers noirs lâchement exécutés par le régime du dictateur en 1987 à la suite d’un complot imaginaire et la mise en place de dispositions constitutionnelles éradiquant l’esclavage.

C’est autour de ces idées que nous sommes en train de réfléchir pour proposer une alternative et non une alternance au projet actuel.

Dans cette alternative, il n’y aura pas de place pour les stéréotypes et les stigmates. Le couleur de la peau importera peu. Ni blanc, ni Noir. Un citoyen mauritanien moderne sera appelé à émerger pour lequel, seul l’Etat occupera une place privilégié dans son entendement, dans son agir et sa manière d’être.


AVOMM : Selon vous quelles sont les conditions nécessaires pour une réconciliation nationale ?

Cissé Amadou Cheikhou : Je crois l’avoir dit dans la question précédente. Nous avons besoin d’une décantation psychologique et politique. Se réconcilier suppose qu’un mal a été commis. Oui, un mal a été commis. Innommable. Les veuves et orphelins attendent de savoir pour faire le deuil de leur mari et père disparus. Savoir pourquoi et comment ils ont été arrachés, innocents, à ce beau monde de Dieu.

Les déportés ont besoin de savoir le pourquoi de leur déportation. Ceux qui ont été radiés de leurs fonction veulent en savoir. Non, tout cela ne peut pas être porté sur le fardeau de l’oubli. Pardonner, oui mais ce n’est pas oublier. Le pardon suppose des préalables. La victime attend que son bourreau lui parle, explique les raisons de son comportement au moment de commettre son forfait.

Le bourreau exécutait-il des ordres venus d’en haut ? Le faisait-il sans aucun acte de pensée. Etait-il somnambule comme disait l’autre ? Ces questions méritent des réponses adéquates et qui n’appellent nullement le ressentiment et la vengeance. Le devoir de vérité nous interpellent tous. Et c’est à quoi nous travaillons.

Aujourd’hui, dans le Bloc des Partis pour le Changement, des Mauritaniens de toutes races se confondent pour exiger la vérité. C’est dire la haute importance de ce problème qui nécessite une solution urgente, et ce avant l’urgence d’une solution qui passerait par des juridictions internationales dont le contrôle nous échappe totalement.

Nous avons de l’espoir. Nous sommes convaincus que notre appel sera entendu. Au cours d’une récente visite à l’intérieur du pays, le Président du CMJD a reconnu publiquement l’existence d’un passif humanitaire. Même si nous ne sommes pas d’accord avec lui sur les raisons du passif humanitaire, nous lui demandons d’aller de l’avant et d’ouvrir les chantiers de la réconciliation.


AVOMM : A votre avis la diaspora mauritanienne doit-elle être inscrite sur les listes électorales et ainsi participer aux futures élections ?

Cissé Amadou Cheikhou : Si vous suivez la trajectoire de notre parti, vous verrez que sur ces questions de droit, nous sommes intransigeants. Chaque citoyen doit obtenir ses droits sans qu’il y ait des contraintes.

Nous avons demandé au CMJD, conformément aux conclusions des Journées de concertation nationale tenues à Nouakchott les 25, 26 et 27 octobre dernier, de procéder au recensement la population noire déportée au Mali et au Sénégal depuis 1989 et des Mauritaniens installés à l’extérieur.

Tout mauritanien est libre de s’installer là où il souhaite se réaliser. Les mauritaniens installés à l’étranger sont d’un grand apport pour leur pays, surtout sur le plan financier. Les sommes colossales qu’ils transfèrent chez eux chaque année et qui sont le fruit de leur labeur, permettent de soulager leurs proches, enrichissent les banques et les bureaux de change en particulier.

Donc à ces compatriotes, nous nous associons pour lutter contre cette forme d’injustice délibérément entretenue.


AVOMM : Que pensez-vous de la plainte introduite par l’AVOMM auprès de la Justice belge contre le dictateur déchu pour crimes contre l’humanité ?

Cissé Amadou Cheikhou : To tobo iwri fof yo yuus, disent les peuls. Lorsque nous avons appris la recevabilité de votre plainte nous avons laissé transparaître un ouf de soulagement, même si nous savons le chemin long entre la recevabilité de la plainte et les éventuelles poursuites, l’ouverture d’une enquête, la mise en place de commissions rogatoires internationales.

Nous savons que la justice internationale a évolué ces vingt dernières années. Seuls nos daltoniens refusent de l’admettre. Mais l’évidence est là.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’au lendemain de la chute du dictateur, l’AJD a décidé de porter plainte contre le génocidaire devant les juridictions nationales. Nous avons publié le 9 août 2006, un communiqué dans lequel nous avons expliqué pourquoi l’AJD portait-elle plainte contre le dictateur. Et ses acolytes.

Nous avons rappelé les crimes contre l’humanité qu’il avait commis et nous avons appelé à débusquer tous les « Maurice Papon » de la Mauritanie, c’est-à-dire ceux qui étant impliqués dans les massacres contre les négro-africains, sont en train de déployer un zèle démesuré pour récolter les dividendes de la nouvelle ère du changement du 3 août 2005.

Depuis nous ficelons notre dossier. Les aspects juridiques sont à exploiter sur tous les plans. De toutes les façons, nous avons fustigé l’attitude du Président du CMJD qui consiste à demander au dictateur de rentrer en Mauritanie, et nous avons réitéré notre intention de porter plainte contre le dictateur devant les juridictions nationales et internationales compétentes.

Quant à votre plainte, nous vous encourageons à aller de l’avant. Tant que vous rechercher la justice, tenez bon. Ne vous laissez pas divertir par ceux qui pensent et décrètent que le discours sensé en Mauritanie est celui qui ne dénonce pas l’arbitraire, l’injustice et le racisme, c’est-à-dire un discours conciliant avec l’ordre établi.

Nous serons avec vous à l’instant du jugement, le moment où il faudra dire la vérité sur le génocide.


AVOMM : Professeur, vous connaissez les FLAM. Que vous inspire ce mouvement et son refus de rentrer au pays même si le CMJD ne veut pas les entendre non plus ?

Cissé Amadou Cheikhou : Une chose est sûre : ce mouvement a été le premier de tous les mouvements politiques mauritaniens à mettre à nu, et à la face du monde entier, les contradictions nationales que nous vivons au quotidien. Le ‘Manifeste du négro-mauritanien opprimé’, dans sa version initiale, c’est-à-dire celle véritablement rédigée et distribuée par les FLAM en 1986 était un chef d’œuvre.

Ce que le pouvoir du dictateur en fait est un autre problème. En tout cas, il n’a pas été exploité correctement. D’où les dérives auxquelles on a assisté.

Pour le reste, je vous invite à vous approcher des responsables autorisées des FLAM pour les explications que vous cherchez.


AVOMM : La Mauritanie exporte du pétrole, avant elle exportait du poisson, du fer…. Et pourtant la pauvreté est plus que criante et gagne du terrain chez nous pourquoi ?

Cissé Amadou Cheikhou : La Mauritanie est un scandale géologique. Tous les minerais principaux se trouvent dans son sous-sol. Malheureusement, des politiques erronées ont été conduites depuis l’indépendance jusqu’à nos jours et qui consistent à privilégier les intérêts personnels plutôt que l’intérêt du pays.

L’exemple le plus criant aura été le problème des avenants au contrat de partage que l’Etat a signé avec la compagnie australienne Woodside. A l’arrivée, les autorités de transition, qui élèvent la voix pour affirmer leur manque de légitimité lorsqu’il s’agit de la question des déportés, du passif humanitaire et de l’esclavage, les autorités de transition donc ont décrété une amnistie pour les faits liés à ce dossier.

De tout temps ceux qui détournent les deniers publics sont récompensés. Il est alors normal que le pays se retrouve dans la voie structurelle de la paupérisation. La Mauritanie se félicite d’appartenir à l’Initiative des Pays Pauvres Très endettés (PPTE). Quelle honte?


Pouvons-nous nous réjouir de cette situation ? Bien sûr que non. Dans ces conditions, exporter aujourd’hui le pétrole, comme hier le poisson et le fer reviendra au même. Le quotidien du Mauritanien sera toujours précaire.

Tant que l’impunité est érigé en système de gouvernement, les voleurs sont protégés par l’Etat, et la justice inféodée au pouvoir exécutif, les choses resteront en l’état.

Nous ne nous lasserons pas d’exiger des audits financiers et comptables pour mettre la lumière sur les biens de l’Etat. La justice doit être interpellée pour entendre ceux qui ont pillé le pays et détourné les deniers publics. Le crime économique est un crime contre l’humanité et qui doit trouver son terme devant les tribunaux.

La pari de la démocratie réside également dans une répartition équitable des richesses nationales entre tous les citoyens de la République. Ce qui a fait défaut jusqu’à ce jour.


AVOMM : Mr Cissé Amadou Cheikhou dit Mody, merci d’avoir répondu à nos questions.

Cissé Amadou Cheikhou : C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Mohamed Dogui et Adama SARR.

Dimanche 20 Décembre 2009 - 13:13
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