Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

Le bureau exécutif de l'AVOMM
"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

M. Amadou Bathily, président

Ousmane Abdoul Sarr, secrétaire général

M. Hamdou Rabby Sy, porte-parole

Mme Rougui Dia, trésorière

Chargé de l’organisation Ngolo Diarra

Commissaire au compte Mme Diop Marième

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

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AVOMM

Gros plan sur Monsieur Boubacar OULD MESSAOUD, le Président de SOS ESCLAVES, dans un entretien exclusif

Créée le 16/2/1995, son association SOS ESCLAVES s'est consacrée prioritairement à la lutte pour l'éradication de l'esclavage et à l'émancipation de ses victimes. L'homme que nous recevons aujourd'hui est le symbole vivant de ce refus déterminé, mais calme et patient, de la banalisation de l'esclavage dans notre pays.

Ayant vécu dans la défense de la dignité de ses frères, il a su opposer à ses détracteurs une résistance pacifique, en brandissant des valeurs face aux puissants groupes d'intérêts féodaux et réactionnaires, en usant de la non-violence contre la brutalité de l'appareil répressif, de l'intelligence face à la bêtise des éternels défaitistes et de la responsabilité face aux provocations et aux chantages des chasseurs de nominations et autres faiseurs de ruines qui ne représentent rien et ne valent rien.

Boubacar Ould Messaoud assume pleinement son rôle d'homme de terrain qui n'hésite pas à se porter au secours d'un enfant esclave arraché à sa mère, ou à venir en aide à un autre ayant fui le mauvais traitement imposé par son maître. Il sensibilise, conseille, dénonce cette affreuse souffrance généralisée qui accable aujourd'hui l'une des plus grandes communautés de notre pays.

Cette assurance que Boubacar Ould Messaoud a toujours affichée, même dans les moments les plus difficiles, tient sûrement au caractère de l'homme et à sa détermination de mener son combat jusqu'au bout. Son association a cette particularité qui fait qu'elle peut compter sur des militants déterminés présents dans le milieu rural, les villages les plus reculés ainsi que toutes les grandes villes du pays. Des hommes et des femmes qui bataillent au quotidien, chacun à sa manière, selon ses moyens et dans son espace privé ou collectif, sillonnant les adwabas, les campements et les quartiers populaires des grandes villes.
SOS ESCLAVES est une association qui, non seulement résiste avec courage, mais s'enrichit et se renforce jour après jour. Des hommes et des femmes forts de leur engagement qui fonde toute action, lui donne son sens, lui imprime son rythme et lui définit ses objectifs. Quand demain la Mauritanie connaîtra enfin la liberté, elle se souviendra de l'apport considérable de Boubacar Ould Messaoud et de ses compagnons dans le combat pour la dignité, la liberté et l'égalité de tous les Mauritaniens.

Med


Gros plan sur Monsieur  Boubacar OULD MESSAOUD, le Président de SOS ESCLAVES, dans un entretien exclusif
AVOMM : M. Boubacar merci d'avoir répondu à notre invitation. Bien que vous ne soyez plus à présenter aussi bien pour les Mauritaniens que pour ceux qui s'intéressent à notre pays, nous vous demandons néanmoins de nous dire comment vous est venue l'idée de créer SOS ESCLAVES et à quand remonte votre engagement pour la cause que vous défendez ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Le fils d'esclaves que je suis, aussi loin que remonte sa mémoire, s'est toujours insurgé contre l'injustice dont ses semblables étaient victimes. Pendant très longtemps, je n'ai pensé qu'à mes frères h'ratine, au point de ne pas voir la souffrance des autres. La responsabilité, dans le silence assourdissant observé face aux crimes perpétrés contre les communautés pulaar, soninké et ouolof dans les années I989, 90 et 91, m' a atteint au plus profond de mon être ; pour ne parler que de moi-même, j'ai compris l'étendue de ma lâcheté ; aussi, pour le temps qui me restait à vivre, je devais le consacrer à la protection et la défense des droits de l'homme ; depuis, pour moi, la lutte pour l'éradication de l'esclavage n'est qu'un volet de cette lutte globale…..

AVOMM : Il y a un peu plus de 10 ans, vous avez crée SOS ESCLAVES ; pouvez-vous nous parler un peu des acquis, des obstacles et des espoirs qui ont marqué ces dix ans d'existence?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Je dois tout d'abord préciser que les acquis de SOS ESCLAVES ne sont pas du seul mérite de cette organisation. En effet, elle opère dans un environnement d'une hostilité sans précédent où plusieurs autres forces se dressent devant l'arbitraire. Toutefois, l'on peut attribuer, à SOS ESCLAVES, le privilège d'avoir maintenu présent le débat sur cette pratique d'un autre âge. Vous le savez, plusieurs secteurs de l'opinion avaient tendance soit à laisser à la postérité - le fameux temps qui ferait son œuvre - le soin de résoudre cette question, soit à lier la solution au projet plus englobant de la démocratie ; la majorité des élites, notamment parmi la communauté maure, se cantonnaient dans l'attitude, pourtant intenable, de la dénégation ; il y eut, donc, comme une nouvelle prise de conscience avec la naissance de SOS Esclaves en février 1995 ; quant aux obstacles, nous en identifions trois ordres :

Les obstacles liés aux survivances de la tradition, de ses schémas mentaux. S'opposer à ceux-ci conduirait à renier celle-là ; pour la grande majorité de la population, un tel refus équivaut à un suicide moral, voire une hérésie religieuse, tant les segments producteurs de valeur dans l'espace mauritanien se trouvaient compromis, au nom de l'Islam, dans la justification des inégalités de naissance; la posture de la crainte de déplaire à Dieu est surtout celle des victimes, elles-mêmes, ce qui complique l'investigation ;

Les obstacles liés à la condition de l'homme politique, dans un environnement autoritaire. En effet, certains leaders, au-delà des clivages socio ethniques, s'évertuent à vouloir tout régenter. Leurs animateurs ne supportent pas que des éléments de la société civile obtiennent plus de succès dans des domaines qu'ils sont censés couvrir ;

Les obstacles majeurs résident, eux, dans l'attitude hostile du Pouvoir. A cause de son fonctionnement vénal et de l'absence de compétition d'idées en son sein, toute action qui ne s'inscrit pas dans l'allégeance personnelle au chef de l'Etat, est perçue comme séditieuse, selon le modèle du " qui n'est pas avec moi, est contre moi ". Bien sûr, les animateurs de notre organisation n'ont jamais déclaré un devoir d'apolitisme. Cela ne signifie pas pour eux, que leur engagement dans le cadre de SOS ESCLAVES soit de nature partisane, conformité et discipline incluses. Nous ne sommes pas une secte, ni la chasse gardée d'un camp. Le notre, le seul qui vaille, est celui des droits de l'Homme, au dessus de tout autre échelle de normes.

AVOMM : Comment Sos Esclaves a-t-elle vécu 10 années de travail sur le terrain sans être reconnue par les autorités?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Ce fut assez pénible et, rétrospectivement, une formidable aventure. Non seulement les diverses hostilités - y compris dans les rangs de l'opposition - ne faisaient aucun cadeau à l'organisation mais, surtout, le manque de moyens (pas seulement financiers) a considérablement ralenti cette longue marche. Souvent, nous nous trouvions dans l'obligation de recourir aux maigres ressources des familles de nos militants, pour suppléer aux besoins vitaux des victimes que nous venions d'arracher à la servitude. Pendant ce temps, nous passions, dans une certaine presse stipendiée par les Services de Renseignements, pour une bande d'escrocs, davantage spécialisés dans la quête sans cause et le détournement de celle-ci, à des fins d'enrichissement privé. Les soupçons jouèrent parfois contre nous, même de la part de ceux que nous étions supposés défendre ; surtout, la peur de la répression aura constitué une entrave réelle, dissuadant tant de gens de porter plainte, témoigner ou simplement nous informer.

Toutefois, si SOS ESCLAVES a survécu, c'est aussi grâce au courage et à la persévérance de ses animateurs à l'intérieur comme hors de Mauritanie; certains sont connus, d'autres, même à ce jour, demeurent dans l'anonymat ; ne croyez pas qu'ils étaient tous opposants ; au cœur du régime actuel, nous avions de discrets sympathisants, dont nous recevions des encouragements et de précieux concours ; lorsque, un jour, la peur des représailles s'estompera, nous leur rendrons hommage public.

AVOMM : Pouvez-vous nous dresser un bilan des actions menées sur le terrain par votre association surtout celles relatives à l'assistance judiciaire et matérielle aux esclaves et aux enfants objet de rapts : les objectifs atteints et ceux ratés?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Le premier objectif était de faire rouvrir, auprès de la communauté internationale, le dossier de l'esclavage, que nos gouvernants avaient pratiquement enterré par une abolition formelle et la promotion spectaculaire de quelques h'ratine, subitement placés au sommet de l'Etat, avec, pour mission, de prouver, au monde et par eux-mêmes, la réalité de l'émancipation et la vacuité de nos doléances ; aujourd'hui, nous pouvons considérer l'échec de la mission, sans doute pour plusieurs motifs : déficit de conviction, maladresses apologétiques des délégués, choix du démenti systématique, accumulation et récurrence des preuves concrètes dans nos rapports.

Concernant l'assistance judiciaire aux victimes et leur accompagnement devant les services administratifs, ces deux activités ont permis à des dizaines de personnes d'échapper à leur condition de sous-hommes ; peu d'entre elles, hélas, ont pu recouvrer leurs droits, la justice mauritanienne se refusant à instruire les plaintes pénales et civiles ; en ce titre, jamais aucun maître n'a été condamné, ni ses esclaves reçu de dommages et intérêts.

Je vous rappelle, cependant, que notre association intervient dans tous les domaines où la dignité de l'Homme est mise en cause ; nous portons une attention particulière à l'univers carcéral et aux pratiques de la torture, qui font des commissariats de police de Mauritanie, des lieux de sinistre réputation. C'st ainsi que nous enquêtons sur les homicides extra judiciaires, notamment où l'identité des défunts h'ratine et négro-africains assurent, aux coupables, une impunité automatique. Notre vigilance, naturellement, s'étend aux prisonniers de droit commun.

AVOMM : :Quels sont vos relations avec les organisations Mauritaniennes qui sont en exil, qu'il s'agisse d'associations qui luttent pour la promotion des droits de l'homme ou de mouvements politiques ? Leur suggériez-vous de négocier avec le régime, même si Ould TAYA n'a jamais invité personne à une table de négociation ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Nous entretenons d'étroites relations avec les organisations qui luttent, comme nous, pour la promotion des droits humains en Mauritanie et dans le monde.

Les membres de notre ONG, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, adhèrent librement à des partis ou mouvements politiques. Quant à l'association SOS Esclaves, elle entretient des rapports très limités, pour ne pas dire inexistants, avec les organisations politiques mauritaniennes, en et hors du pays ; nous tenons beaucoup à notre indépendance.

Concernant une négociation éventuelle des opposants avec le Président Ould Taya, notre position pourrait s'exprimer, indirectement, en deux points :

D'abord, nous privilégions les méthodes non violentes et considérons que la crise multidimensionnelle qui secoue la Mauritanie aujourd'hui, ne peut être résolue ni par la volonté d'un seul homme ou d'une seule femme, ni par la force des armes ; il s'agit, de notre part, d'une pétition de principe. Ensuite, restons convaincus qu'en toute solution, il est indispensable d'obtenir un large consensus ; or, le Président Ould Taya et ceux qui le soutiennent, ne peuvent être exclus de ce consensus, dans les conditions actuelles de la Mauritanie, cela en dépit de ce que l'on peut penser de sa part de responsabilité dans la crise. Là, la réalité impose ses limites.

AVOMM : Quelle place réservez-vous, dans votre combat, aux victimes du passif humanitaire et du racisme, aux rescapés, aux veuves et orphelins et aux milliers de déportés mauritaniens dans les camps de la honte au Sénégal et au Mali ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Nous sommes solidaires d'eux et soutenons la lutte de toutes les victimes du racisme d'Etat, qu'il s'agisse des rescapés, des veuves, des orphelins ou des déportés réfugiés au Sénégal et au Mali.

Notre combat est très intiment lié à celui des survivants et des ayants droits. Cette solidarité se manifeste, de façon régulière, à travers la communauté de lutte qui unit nos organisations respectives.

Dans l'action, la lutte pour la défense des droits humains n'opère pas de distinguo entre ses différents axes ; l'on ne peut pas prétendre lutter contre les différentes formes d'esclavage et ignorer, au mêmes espace et moment, ceux qui souffrent de l'impunité du racisme, des exécutions extrajudiciaires, de l'exclusion politique, économique, sociale et culturelle. Ce serait une acrobatie hypocrite, à quoi l'engagement dans SOS Esclaves ne prédispose pas.

AVOMM : Que pensez-vous des abus devenus presque quotidiens et du penchant prononcé du pouvoir à jongler avec la vie et la mort des mauritaniens, je pense notamment à l'assassinat de Madame Zeinabou Mint Youssef et ceux qui l'ont déjà précédés à savoir le jeune Amadou Kane et Moctar Diallo dit Oumar Ould Abdoullah ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Nous avons condamné sans réserve tous les assassinats et les abus, commis par le pouvoir. Nous n'hésitons pas à publier la vérité, lorsque nos investigations pertinentes nous ont conduits sur la piste de la responsabilité du Pouvoir, au travers de ses forces armées et de sécurité ; nous prenons le temps de recueillir des témoignages concordants, notamment parmi l'entourage. Il en a été ainsi pour le jeune Amadou Kane, Moctar Diallo et d'autres encore. Toutefois, le témoignage de Madame Zeinabou Mint Youssef et celui de son mari- contraires à la rumeur-, ne nous ont pas permis de confirmer l'hypothèse évoquée. Nous nous sommes donc tenus, sans en attester aucune, à considérer ouvertes et d'égale crédibilité, la thèse de la police et celle de la bavure mortelle.

N'oubliez pas qu'en Mauritanie, notamment dans les milieux populaires hassanophones, la tribu, travaillée par les Services de Renseignements, dispose d'une capacité de pressions et de chantage, telle qu'elle parvient souvent à retourner les victimes et les témoins, voire leur faire tenir des propos manifestement inverses de leur allégations initiales. Récemment, le dispositif s'est enrichi de l'assistance et de la diffusion que lui accorde, sans possibilité de contradiction, la radiotélévision d'Etat.

AVOMM : Quelles seront, selon vous, les retombées de la reconnaissance, par le Pouvoir de SOS Esclaves?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Sans préjuger de l'avenir, nous pouvons, tout de même, prévoir que les taches seront encore plus ardues pour les animateurs de l'organisation, à l'intérieur du pays :

Habitués à travailler dans la semi-clandestinité, la reconversion ne sera pas aisée pour nous ; pour concevoir puis mettre en œuvre un programme d'investigations, qui dépend en grande partie d'évènements circonstanciels, l'exigence de transparence et de communication publique sera difficile à respecter, bien que fondamentale ;

La mobilisation des ressources restera, également, une tache ardue, puisque la compétition entre diverses ONG, dont celles dites de " développement ", s'accentuera par le simple fait que d'autres priorités sont aussi demandeuses de ressources ; quant il s'agira de distribuer les subventions nationales ou extérieures, le Pouvoir, vous vous en doutez bien, continuera à favoriser les associations situées dans la périphérie politique du Gouvernement. Nous en avons vu, ces dernières années, qui participaient, aux instances internationales, pour y défendre les positions des autorités ; en retour, ils étaient défrayés de leurs coût de déplacement, de séjour et récoltaient - de retour à Nouakchott et suivant l'importance de leurs acquis - quelques menues faveurs.

Il reste que la reconnaissance va renforcer l'engagement des membres de l'organisation et encouragera davantage de volontaires qui ne voulaient rejoindre nos efforts, sans " garantie légale ".

AVOMM: Pensez-vous qu'un certain nombre de freins peuvent empêcher votre association de fonctionner dans ce nouveau cadre de reconnaissance et si oui lesquels ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Les obstacles sont ceux évoqués plus haut. L'une des contraintes majeures risque d'être le manque de ressources, humaines et financières. Le bénévolat qui a permis à l'organisation se survivre ne peut plus en constituer la seule " arme ". L'expertise nécessaire, notamment dans les programmes de " réhabilitation " est sollicitée par d'autres institutions, pour des taches similaires.

AVOMM : On a constaté, ces derniers temps, une coordination à tous les niveaux avec l'Association Mauritanienne des Droits de l'Homme (AMDH) et le Forum des Organisations Nationales des Droits de l'Homme (FONADH) / signatures de communiqués conjoints, publication de notes de synthèse et autres comptes-rendus ; est-ce pour mieux faire entendre votre voix ou pour faire face solidairement à la cabale montée par le pouvoir pour faire passer vos associations pour ce qu'elles ne sont pas?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Pour les deux. Il est évident que l'union fait la force. La coordination de notre action permet aussi de faire entendre nos voix respectives et surtout, notre détermination commune à contenir la violation des droits humains et éviter qu'elle survienne dans le silence.

AVOMM : Envisagez-vous une fusion avec l'AMDH ou le FONADH pour renforcer votre lutte commune pour la défense et la promotion des Droits de l'Homme ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Non nous n'envisageons pas une fusion avec l' AMDH. Concernant le FONADH SOS Esclaves, tout comme l'AMDH, en est membre fondatrice.

AVOMM : Que pensez-vous de la plainte déposée par l'AVOMM, contre Ould Taya, pour crime contre l'humanité, au tribunal de Bruxelles en 2002 , plainte qui a été jugée recevable et suit son cours ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Nous pensons tout d'abord que c'est à ceux qui ont déposé la plainte de s'en expliquer amplement. Ensuite, nous sommes pour le principe selon lequel, chaque personne, qui qu'elle soit, doit répondre de ses actes. A cet effet, si le Tribunal a jugé la plainte recevable, c'est à l'accusé d'en répondre. Les crimes commis sous le régime du Président Ould Taya sont indéniables et de nature suffisamment grave et massive pour ne pas se dissoudre dans la prescription. Il reste aussi que nous demeurons tenus par le principe de la présomption d'innocence. C'est au Tribunal d'apporter les preuves de son accusation.

AVOMM : Que vous inspire le procès du capitaine tortionnaire Ely ould Dah et sa condamnation, en France et par défaut, à 10 ans d'emprisonnement ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Au nom de ceux à qui leur propre pays dénie la justice la plus élémentaire, nous ne pouvons que saluer ce verdict. Toute personne est responsable de ses actes et la qualité d'exécutant ne saurait, en aucun cas, tenir lieu de circonstance atténuante. D'ailleurs, le principe de la compétence universelle doit être renforcé, pour traquer tous les criminels d'hier et d'aujourd'hui, quand ils se cachent sous des cieux provisoirement " cléments " pour eux.

AVOMM : Plusieurs détenus se trouvent aujourd'hui sous le régime de l'isolement complet ; d'autres, accusés au départ de préparation de projet de complot, se voient inculpés d'appartenance à une association non autorisée ; quelles conclusions tirez-vous de ce festival de contradictions?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Nos différentes publications de ces derniers mois peuvent vous édifier sur notre position. Nous condamnons le fait qu'en Mauritanie, des citoyens sont arrêtés, puis libérés sans respect des procédures légales. Tout cela procède de règlements de comptes politiciens. C'est ainsi que les chefs d'accusation sont élaborés après l'arrestation des détenus et changent même de nature au cours du processus. En Mauritanie, la boutade favorite des avocats mérite méditation : la police arrête, avant de commencer à chercher pourquoi.

AVOMM : A l'instar de tous les mauritaniens, vous avez condamné l'attaque barbare menée par des terroristes algériens contre notre pays ; ne pensez-vous pas que le régime policier de Ould Taya prendra ce prétexte pour liquider le mouvement islamiste réformateur qui est un mouvement pacifiste et patriote ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : C'est aux représentants du régime qu'il faudra poser la question. Concernant l'attaque, nous condamnons toute agression menée contre notre cher pays, d'où qu'elle vienne. Toutefois, ce pouvoir nous a tellement habitués à des informations tendancieuses et dénaturées, que la plupart des Mauritaniens et nous même restons sceptiques quant à l'accusation faite au lendemain de l'attaque.

AVOMM : Etes-vous êtes optimistes pour notre avenir ? Et pourquoi ?

Monsieur Boubacar Ould Messaoud : Oui, je sais que la Mauritanie se relèvera de ces 20 années les plus dures de sa jeune existence. Trop de facteurs de changement s'accumulent, chaque jour, pour que ce dernier n'intervienne bientôt ; seulement, je crains que le prix de la libération nationale ne soit élevé.

Les frustrations cumulées et l'ardent désir de réparation comportent leur part sombre. Tous deux sont légitimes et, en cela, je ne puis qu'en comprendre l'impérieuse exigence, malgré l'appréhension de leurs excès prévisibles.

AVOMM : Monsieur Boubacar merci d'avoir accepté notre invitation.

Propos recueillis par Mohamed Dogui et Adama Sarr
Mercredi 19 Mai 2010 - 09:54
Mohamed Dogui et Adama Sarr
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