Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

Le bureau exécutif de l'AVOMM
"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

M. Amadou Bathily, président

Ousmane Abdoul Sarr, secrétaire général

M. Hamdou Rabby Sy, porte-parole

Mme Rougui Dia, trésorière

Chargé de l’organisation Ngolo Diarra

Commissaire au compte Mme Diop Marième

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

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AVOMM

Projecteurs reçoit Monsieur Mamadou Elhoussein Kane le Coordinateur de l’Observatoire pour le Règlement du Passif Humanitaire (ORPH)


Projecteurs reçoit Monsieur Mamadou Elhoussein Kane le Coordinateur de l’Observatoire pour le Règlement du Passif Humanitaire (ORPH)
Dans ce numéro de Projecteurs l’AVOMM accueille chaleureusement Monsieur Mamadou Elhoussein Kane.

Mamadou Kane fait partie de ces hommes qui ont connu toutes les formes d’humiliation, de mépris, de traitements dégradants et inhumains et qui ont survécu à une mort programmée dans un fort isolé à Walata. Arrêté à la 6ème Région militaire où, il exerçait en tant qu’officier de l’armée, transféré à Jreida, puis condamné aux travaux forcés à perpétuité, il sera interné à la prison mouroir de Walata de décembre 1987 à mars 1989.



Grâce à la pression internationale, il sera transféré avec ses amis, à la prison d’Aioun où il restera jusqu’en 1991, date de sa libération.

Mais le génie de ce grand combattant que nous recevons aujourd’hui, a été justement d’opposer à cette barbarie, une résistance pacifique, en brandissant des principes face à la bêtise humaine, en persévérant dans l’engagement face à la démission du grand nombre et en portant le devoir de mémoire et de justice pour dire non à l’oubli et à la banalisation.

C’est ainsi qu’il fut l’un des principaux artisans du Rassemblement des collectifs des victimes, en juin 1995, il était alors le Secrétaire Général du COREMI (le Collectif des rescapés militaires). Mais l’homme avait la fibre du militant engagé qui devait s’exprimer et résister politiquement contre le système raciste de Ould Taya. Dans la même dynamique, il fut l’un des membres fondateurs de l’UFD, avant un passage à A.C ; ce qui lui avait valu d’être désigné candidat à la mairie de Tékane sous les couleurs du RFD en 2006.

On le retrouvera aussi comme chargé des relations extérieures de COREMI et membre fondateur du FONADH où il fut chargé de diverses missions à la Commission Africaine des Droits de l’Homme des Peuples. Il est, à ce titre, un des acteurs des dénonciations contre l’arbitraire et l’impunité qui ont vu naître la résolution d’Alger dans la session 2000 et le Comité de suivi pour l’exécution de cette résolution de la CADHP.

Il est aussi membre fondateur du COVIRE, secrétaire aux relations extérieures, contribuant ainsi largement à l’élaboration de son plan d’action.

Aujourd’hui, il a été élu par l’ensemble des associations de victimes à l’intérieur comme à l’extérieur, à la tête de l’Observatoire pour le Règlement du Passif Humanitaire (ORPH).

Avant d’entamer cet entretien avec ce grand militant, j’aimerais dire tout simplement qu’il est à l’image des grands combattants, les authentiques, les plus exigeants, ceux qui travaillent dans l’ombre et qui ne cherchent ni à construire leur image médiatique, ni à courir derrière une quelconque reconnaissance. C’est un soldat de l’ombre, un homme de convictions, de sacrifices et d’honneur.

Un homme humble et généreux que nous accueillons pour répondre à nos questions.

Med


L'ENTRETIEN


AVOMM : Monsieur Kane, permettez-nous de vous remercier d'accepter de répondre à nos questions. Pour débuter l’entretien pouvez-vous, en quelques mots, vous présenter à nos lecteurs et à nos lectrices.

M. KANE : C’est à moi de vous remercier de m’avoir offert une plage de votre précieux site. J’apprécie cet acte à sa juste valeur. Ceci dit je m’appelle Mamadou Elhoussein Kane, natif du village de Tékane dans la région du Trarza où j’ai passé la totalité de mon enfance et mon cycle primaire. Ensuite j’ai effectué mon cycle secondaire de 1975 à 1981 au Lycée de Rosso. J’ai eu le bac série scientifique en 1981. Après un court passage à l’Ecole Normale Supérieure, j’ai intégré l’armée par concours inter état pour le cours préparatoire de santé militaire. Recalé à la première année à l’Ecole des Services de Santé des Armées (ESSA) de Lyon, je me suis retrouvé à l’Ecole Militaire d’Inter arme d’Atar où je suis sorti avec le brevet de chef de section .Fraîchement nommé au grade de lieutenant, le 22 octobre 1987 je fus victime de machination de complot à la sûreté de l’État et condamné aux travaux forcés à perpétuité. Embastillé au mouroir de Walata puis à Aioun, où je suis libéré en 1991. Depuis, je poursuis le combat des droits de l’homme à côté de mon engagement politique. Professionnellement je suis opérateur dans la pêche artisanale.


AVOMM : Quel regard jetez-vous sur la crise politique que le pays a traversée récemment et que pensez-vous de la volonté politique du nouveau gouvernement quant à la résolution des problèmes fondamentaux de la Mauritanie ?

M. KANE : Des députés du parti état (PNDD) ont initié une motion de censure disant dénoncer la nomination des symboles de la gabegie (Roumouz el vessad). Un bras de fer s’est opéré entre ces députés frondeurs et le premier magistrat de la république qui exhorta à ces militants de la majorité de renoncer à leurs initiatives au cas échéant la loi constitutionnelle lui confère des prérogatives de dissoudre l’assemblée. Les députés auteurs de la motion de censure soutenue par nos vaillants généraux qui nous ont sauvés de la dictature de Taya, ayant obtenu la faveur de la consigne de vote des députés de l’opposition et de l’opinion des bailleurs de fonds, des chancelleries des pays amis et voisins de la Mauritanie contre une éventuelle dissolution de l’assemblée, se sont révélés fortifiés et engagés à mener la bataille jusqu’au bout en ignorant la menace du Président Sidi ould Cheikh Abdallah. Ainsi, pour couper la poire en deux le gouvernement est dissout mais Ould Waghef est reconduit comme premier ministre.

Les joutes continuent sur d’autres fronts. Des sénateurs favorables aux auteurs de la motion de censure, descendent à la fondation KB, appellent à des conférences de presse dans les locaux du sénat, demandent une commission d’enquête pour auditer les comptes de cette fondation. Le front étant largement conçu, nos députés ne s’arrêtent pas là, menacent de destituer le président du sénat en lui exhibant sa double nationalité Mauritano Française et ses comptes à l’étranger.

Au même moment l’assemblée nationale procéda au renouvellement de son bureau, et c’est le tortionnaire colonel Elarby ould Sidi Ali ould Jiddein, auteur d’actes de violations individuelles et collectives des droits de l’homme encore qu’il était commandant de la 6ème Région Militaire par intérim en remplacement du commandant Sabar malade, qui est hissé au poste de 1er Vice-président de notre auguste assemblée.

La nomination du gouvernement n’a pas fait exception à la règle, des symboles de la gabegie sont maintenus et d’autres sont nommés. Ceci laisse croire que le bout du tunnel n’est pas pour demain. Tous les soulèvements par ci et par là sont menés par les mêmes lobbies politico affairistes, sous l’instigation et la bénédiction des responsables de la grande muette qui veulent gérer la Mauritanie à l’Algérienne ou à la Turquie et motivés par le maintien de leurs positions hégémoniques, acquises par les manipulations jouées depuis la transition en faveur des candidatures taillées sur mesure qui doivent aujourd’hui rançonner les mises pour satisfaire des lobbies velléitaires au mépris des priorités nationales.

Dans tout cela, nous nous voyons en dehors des préoccupations premières de consolidation de l’unité nationale dont tous les candidats au présidentiel 2007 ont fait état dans leur programme électoral et qui ont été les thèmes porteurs pour les négociations du plan triennal du programme d’investissement public 2008-2010 au Groupe consultatif de Paris.

Les difficultés de la vie quotidienne s’exacerbent, la promiscuité gagne du terrain, les mêmes pratiques rétrogrades du régime déchu, de perte d’idéal moral, de mauvaise gouvernance, de clientélisme, de favoritisme, de tribalisme, etc. perdurent.


AVOMM : Pouvez-vous nous éclairer sur la jonction entre le militant politique que vous êtes et le militant des droits humains ?

M. KANE : Mon combat est unique contre l’injustice, la persistance des tares traditionnelles contraire aux principes républicains qui sapent l’unité de notre société, l’impunité des crimes de sang, crimes économiques, exactions extrajudiciaires, procès iniques, arrestations arbitraires, tortures et discriminations diverses commis durant le régime déchu de ould Taya. Je mène ce combat avec la même intensité en droits de l’homme comme en politique. Je suis un militant des justes qui combat toutes les déviations à tous les niveaux et milite pour l’instauration d’une Mauritanie républicaine où tous les citoyens se sentent égaux en droit et en devoir et que la seule source de la promotion soit basée sur la valeur intrinsèque de l’individu et non par ses origines, sa croyance, son allégeance à un système ou sensibilité.


AVOMM : Selon vous qu’est ce qui retarde la mise en place d’une commission nationale indépendante pour le règlement du passif humanitaire ?

M. KANE : Le dossier du passif humanitaire a toujours été mal abordé par les autorités nationales. Toutes les sensibilisations qui ont été faites après le discours du Président Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi, du 29 juin 2007, tournaient autour du retour des déportés. La question du passif humanitaire semblait être classée au second plan. Il a fallu beaucoup d’insistance de la part de certaines sensibilités dans l’administration et du comité interministériel, chargé du dossier, pour que le sujet du passif humanitaire soit inscrit à l’ordre du jour des journées nationales de concertation et de mobilisation, pour le retour des déportés et le règlement du passif humanitaire. Sur vingt-deux pages cette question occupait une page et demi. Nous nous rappelons des contestations des participants à la lecture du rapport de synthèse de la commission, dirigée par notre actuel Ministre de la justice, sur le passif humanitaire qui ont fait reprendre les discussions jusqu’à l’aube. De là aucune décision consensuelle ou majoritaire n’a été adoptée. Un scénario à trois composantes a été retenu, en tête la Commission Nationale Indépendante.

Dans les conclusions des journées, le président des assises a noté que les contributions apportées au point focal du comité interministériel seront explorées, un rapport final sera élaboré par les soins de l’administration. Malheureusement, jusqu’à présent, ce rapport se fait attendre. Les consultations qui devaient avoir lieu, procédant de la même manière que le retour des déportés a été abordé, n’a jamais été envisagé jusqu’à présent.

Des initiatives ont été prises par certaines ONGs internationales telles que le NDI en collaboration avec le PNUD et la CNDD, invitant un expert du Centre International de la justice Transitionnelle (ICTJ), un expert de la Commission Vérité Réconciliation de l’Afrique du Sud et le Président du Conseil consultatif du Maroc, membre de la commission Équité-Réconciliation. Tous ont démontré, scientifiquement, la nécessité d’une instance indépendante pour le règlement de ces genres de passif de situation post conflit dans des pays de démocratie transitionnelle.

Le premier Ministre actuel avait annoncé à Boghé, lors de l’inauguration du programme spécial d’intervention au Brakna, la mise en place prochaine de la commission chargée du passif humanitaire composée des différentes tutelles, des chefs de corps et de cinq personnalités indépendantes. Cette proposition a été dénoncée de tous les partenaires. Les changements intermittents de ministres perturbent la gestion des différents dossiers.

L’analyse de cette situation démontre qu’en dehors de l’instabilité de notre administration, qu’il existe des forces dans l’administration qui travaillent à contre courant de la volonté politique qui veut trouver une solution juste, transparente et équitable à ce problème. Ce sont ces pesanteurs qui avaient empêché le CMJD d’aborder le problème, qui continuent aujourd’hui à créer des évènements qui dévient les pouvoirs publics du respect de ses engagements.


AVOMM : C’est pour la première fois que les associations des victimes aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur se retrouvent dans une structure pour coordonner leurs actions, pouvez-vous nous parler de cet Observatoire ?

M. KANE : L’idée de l’Observatoire est née en marge des journées nationales de concertation soit lors de la rencontre des différents délégués du Comité directeur des communautés des réfugiés au Sénégal et au Mali, de l’AVOMM, d’OCVIDH, de CAMME et du COVIRE.

À la fin des assises de concertation pour se dire au revoir, la nécessité de la mise en place d’une coordination entre ONGs de victimes est avancée.

La dispersion des organisations victimes, les discussions internes pour un consensus légitime et la gestion des dossiers d’actualité nationale ont retardé la création de l’ORPH.

Aujourd’hui, nonobstant toutes les difficultés existantes d’ordre organisationnel et matériel, les objectifs de l’ORPH qui sont de trouver plus de cohérence des opinions et actions entre les ONG victimes et entre elles et les ONGs des droits de l’Homme qui les ont toujours accompagné ont pignon sur rue.


AVOMM : Le COVIRE dont vous êtes le secrétaire aux relations extérieures a publié une liste de victimes qui seraient prêtes à témoigner contre le nouveau vice-président de l’assemblée et ancien tortionnaire patenté, où en êtes-vous avec vos démarches et avez-vous trouvé le soutien nécessaire auprès des parlementaires en vue de le destituer ?

M. KANE : La dite liste des victimes a été élaborée suite à la demande des parlementaires de trouver des preuves étayant les accusations contre le Colonel Elarby ould Sidi Ali ould Jiddein qui semble-t-il nie ces allégations.

Ces preuves sont appuyées par le FONADH, le réseau légitimement représentatif des ONGs de défense et de promotion des droits humains, l’ORPH et les ONGs victimes, dans la dénonciation de ces faits. Aucun effort ne sera ménagé pour que cette bataille aboutisse au grand dam de la famille des droits de l’Homme. Les victimes sont déterminées à apporter tous les concours nécessaires pour que la vérité éclate, et que des figures de ce genre n’aient plus l’opportunité de penser à incarner des charges publiques de surcroît électives.

Nous comprenons dans la phase actuelle que les crises politiques aient déplacé les priorités du moment vers les joutes entre l’exécutif et le législatif.


AVOMM : Par vos déplacements quasi quotidiens dans les différents sites d’accueil et ceux du Sénégal, vous êtes la personne la plus indiquée pour nous donner des nouvelles. Comment se passe ce retour, quels sont les problèmes rencontrés et quelles solutions ont été apportées pour corriger la situation ?

M. KANE : Il est vrai nous suivons quotidiennement les opérations de rapatriement des déportés. Le processus suit son cours, néanmoins des problèmes majeurs persistent. Ces manquements existent depuis la phase préparatoire pour l’identification des candidats volontaires au retour. Le HCR Sénégal a voulu effectuer le recensement des déportés unilatéralement. Suite aux pressions des organisations des déportés et des différents partenaires, le HCR a recruté des déportés lettrés pour le recensement dans la vallée, mais sur les trois phases qu’il avait programmées, il en a effectué qu’une. Le chiffre de vingt-quatre mille volontaires au retour, était très en deçà de la réalité.

Beaucoup de déportés hésitent par manque de confiance. Causé par les déceptions successives de non respect des engagements des autorités en charge du dossier. Des déportés, disséminés dans le Sénégal, le Mali ou ailleurs, n’ont pu faire le déplacement pour s’inscrire.

L’accord tripartite, Mauritanie – HCR – Sénégal, est négocié et signé sans une communication large avec les déportés. Les dispositions, prévues par cet accord de faire bénéficier les organisations des déportés et celles qui accompagnent le retour de membre observateur aux délibérations de la commission tripartite, n’ont jamais été respectées. Le même type d’accord devait déterminer les conditions de rapatriement de nos concitoyens au Mali, n’est pas encore réalisé.

La mise en place des structures d’encadrement, retenues durant les JNC, qui devaient être officiellement fixées par le comité interministériel, selon les recommandations du rapport de synthèse de ces assises, n’ont pas suivi l’esprit des consultations. Ce qui fait que les concernés ont été écartés de la mise en place des structures de gestion des rapatriements et des programmes de leurs prises en charge dans lesquelles ils sont sous représentés.

Le retour du premier contingent du 29 janvier 2008 est fait dans un cafouillage absolu. La non prise en compte des préoccupations du Comite Directeur des Communautés des Refugiés (CODIR) a provoqué des conséquences par la suite marquées par le raidissement des relations entre le HCR Sénégal – Le CODIR et la représentation diplomatique Mauritanienne à Dakar. Heureusement de bonnes volontés ont œuvré pour le rapprochement.

Au niveau des sites de retour, l’impréparation depuis le début s’est répercutée dans l’installation et l’insertion des rapatriés.

Le choix par le HCR Mauritanie de ALPD comme seule prestataire de service pour les soutiens d’urgence en dehors de tout appel d’offre, bien que celle-ci ayant capitalisé une expérience avec l’UNICEF, ne répondait à aucune logique de transparence et d’efficacité. Surtout que des ONGs de défense et de promotion des droits humains qui ont acquis une crédibilité et reconnaissance de la part des déportés se sont manifestées auprès du HCR.

L’insertion des élèves dans le tissu éducatif national, le ravitaillement en eau potable, la couverture sanitaire, le financement des AGR, le retard dans la restitution des cartes d’identité, la gestion de l’aide d’urgence de 700 000 UM en moyenne par famille sont autant de dossiers que l’ANAIR doit gérer avec diligence et sens de responsabilité, vu les manquements criants constatés par les différentes missions qui ont eu à visiter les sites.

L’appui d’urgence de trois mois ramené à six, les tentes remplacées par les hangars doivent être complétées par une cogestion des plans d’urgence et des investissements effectués par le HCR ou l’ANAIR avec les déportés.

Les dossiers des terres, l’indemnisation des éleveurs et des victimes en général, le règlement de la réintégration des fonctionnaires, les cas des retours individuels et volontaires qui avaient bénéficié du Programme Spécial d’Insertion Rapide (PSIR) du HCR jusqu’en 2000, restent suspendus.

A cause de l’hivernage des problèmes techniques ralentissent le processus de retour, liés aux sites choisis des déportés et à l’impraticabilité de certains tronçons. Nous espérons que des solutions médianes pourront être trouvées en s’orientant vers les candidats des sites urbains.

Les informations sur les études et enquêtes qui ont été commanditées par l’ANAIR ou l’administration ne sont pas partagées avec les ONGs qui accompagnent le retour des déportés. La gestion de l’ANAIR, sous forme de programme, qui consacre plus de la moitié de ses ressources au fonctionnement n’est pas de nature à aider les victimes à bénéficier réellement des efforts publics consentis à leurs profits.

L’effort national qui avait marqué le retour de nos compatriotes en 1989 du Sénégal, ne s’est pas manifesté actuellement et pourtant la recommandation a été retenue durant les JNC.


AVOMM : De plus en plus des manquements graves sont signalés quant aux conditions dans lesquelles sont accueillis nos compatriotes rapatriés du Sénégal, quelle lecture faites-vous de cette situation ?

M. KANE : La volonté politique pour le règlement de toutes les violations des droits de l’homme, depuis les années 80, a été clairement déclarée par le président Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallah, mais il y a des forces opposées tapies dans l’ombre qui constituent des pesanteurs contre ce mouvement. La présence des auteurs identifiés d’actes de violations des droits de l’homme dans des postes stratégiques clefs pour le traitement du dossier des déportés est une illustration claire que l’administration est infiltrée par des éléments qui ne vont jamais faciliter le traitement correct des opérations de rapatriement.


AVOMM : Comment le militant des droits humains que vous êtes perçoit-il le fait que nos compatriotes rapatriés soient comme des exilés dans leur pays et sur leur propre terroir ?

M. KANE : Avant nos compatriotes rapatriés, il y a des citoyens et des citoyennes qui n’ont jamais quitté le pays et qui ont le sentiment d’être des apatrides chez eux. Les rapatriés sont plus vulnérables certes, mais ceci est accentué par leurs environnements naturels marqués par la promiscuité depuis la déportation.


AVOMM : Vous êtes un acteur privilégié sur la scène publique mauritanienne : officier de l’armée, rescapé du mouroir de WALATA, militant politique et militant des droits humains avec des responsabilités importantes, qu’est-ce qui vous a le plus marqué à travers la diversité de ces expériences ?

M. KANE : Le combat des droits humains m’a appris la valeur de la dignité humaine. La diversité des combats surtout en politique m’a enseigné à relativiser des idées pré requises ou pré établies, à être plus convaincu du combat pour la justice mais aussi de la nécessité d’ouverture et de dialogue avec les autres. L’injustice est une aberration, mais il faut le combattre avec moins de haine, en citant Sembène Ousmane qui disait « pouvons-nous combattre l’injustice sans haine ? ».


AVOMM : Monsieur Kane, nous terminons en vous remerciant très chaleureusement pour cet entretien. Courage à vous. Et toutes les victimes de Taya vous soutiennent.

M. KANE : C’est moi qui vous remercie.



Propos recueillis par Mariame Kane et Mohamed Dogui

Mardi 5 Août 2008 - 13:01
INFOS AVOMM
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