Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

Le bureau exécutif de l'AVOMM
"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

M. Amadou Bathily, président

Ousmane Abdoul Sarr, secrétaire général

M. Hamdou Rabby Sy, porte-parole

Mme Rougui Dia, trésorière

Chargé de l’organisation Ngolo Diarra

Commissaire au compte Mme Diop Marième

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

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AVOMM

BA OUMAR CIRE - MAURITANIE : LA TRANSITION DE TOUS LES DANGERS


8 Juin 2003 : une tentative désespérée de quelques jeunes officiers subalternes, suivis d'une centaine de sans grade de l'armée de liquider le chef de l'Etat manque de peu de plonger le pays dans un cauchemar. Fatigués de n'être que des voyeurs salivant devant le spectacle d'une minorité de privilégiés se disputant les gros quartiers de la République, ils avaient décidé de s'inviter à la grande table de la prédation. Cavaliers sans montures d'un changement vite transformé en mirage, leur aventure connaîtra, un peu plus d'une année plus tard, un épilogue pitoyable(et provisoire).

3 août 2005 : une révolution de palais conduite, par les officiers du premier cercle du pouvoir, a abouti à un changement presque en douceur à la tête de l'Exécutif et mis fin à plus de vingt ans d'un pouvoir absolu. Ceux qui ont conçu et exécuté l'opération ont réussi un « meurtre du père » quasi parfait. Ils étaient les commensaux de leur victime, des familiers de sa maison et de ses humeurs ; les seules qui pouvaient être assurés d'un succès sans gros risque pour eux et pour un système dont ils sont partie intégrante, et à la tête duquel leur audace les a propulsés.

La tentative du 8 juin 2003,si elle avait réussi, aurait très probablement débouché, au pire sur un bain de sang, au mieux sur des violences, un chaos et une anarchie qui aurait laissé le pays encore plus meurtri qu'il ne l'était auparavant. Le coup d'Etat du 3 août 2005 a réussi sans aucune goutte de sang n'ait été versée.

Un accouchement sans douleur qui n'atténue que très peu le caractère d'atteinte à la légalité constitutionnelle de l'acte, et ne réduit en rien ni sa charge de violence symbolique, ni le potentiel de menaces qu'il fait peser sur le pays. Pour « sympathique »et « compréhensible » qu'il puisse être aux yeux des citoyens et des observateurs, un coup d'Etat reste un acte de violence illégitime par lequel une minorité armée s'érige en juge et partie, et s'arroge le droit d'agir et parler au nom et pour le bien du peuple. Et ce putsch là, comme ceux qui l'ont précédé, ne nous offre, pour l'immédiat en dépit des assurances de ses auteurs, que la perspective d'un Etat d'exception. Pour une durée hypothétique de deux ans.

Les auteurs du coup d'Etat gagnant sont ceux-là mêmes qui, en réduisant à néant les espoirs de la jacquerie des soldats pauvres, avaient été les sauveurs du régime, deux ans plutôt. Ce qui n'est pas le moindre des paradoxes d'un putsch atypique, dont les premières déclarations et mesures annoncent des perspectives plus souriantes que celles que nous promettaient les sempiternels slogans sur le Savoir, le Livre et l'Alphabétisation. Autant Ould Hannena et ses frères par le sang et la fureur faisaient figure d'épouvantails aux yeux d'une caste pourrie de privilèges, autant Ely Ould Mohamed Vall et ses compagnons sont faits pour les rassurer. Ce sont des hommes du monde, issus du sérail. Ils portent l'uniforme avec une élégance à faire frémir d'aise les belles dames des beaux quartiers. Ils ne sont pas forcement riche : en fait, à l'exception de leur chef auquel la rumeur prête une fortune considérable, ils sont plutôt pauvres. Mais ils connaissent les règles du jeu. Ils sont des produits du système, et c'est d'abord pour sauver celui-ci des dangers dans lesquels l'avait conduit l'aveuglement de Ould Taya qu'ils se sont résignés à l'action.

A peine le régime installé, sans faire une déclaration sérieuse ni de présentation de leur programme, on a entendu parler de l'ex-opposition si l'existence de l'opposition n'avait de sens que par rapport à la tête de Ould Taya. La ligne de confrontation entre les forces politiques reste la même. L'arrivée de Ould Vall n'a rien changé de ce point de vue. Ce n'est pas en faisant l'impasse sur les problèmes réels que le nouveau gouvernement apportera une réponse salutaire aux aspirations démocratiques de notre peuple. Ould Vall cherche à gagner du temps et à nous distraire de l'essentiel.

Il est des peuples vraiment malheureux aux points qu'ils n'en prennent même pas conscience et se livrent aux fantasmes les plus dangereux. Le peuple mauritanien est de ces peuples. Et, la prise de pouvoir par les compagnons de criminels de l'ancien dictateur le prouve amplement. Il y a comme un acharnement qui s'abat sur un peuple qui se dérobe toujours aux sacrifices incontournables. Ces sacrifices qui ont libéré les peuples et qui ont accepté de combattre par tous les moyens en mettant en jeu leur vie, leur intelligence, leur pauvreté et leur bien contre l'injustice et l'oppression. Or à écouter ou lire les mauritaniens, c'est sur commande que le changement pourra se faire. Car, comment nourrir l'espoir d'un changement à la hauteur des attentes d'un peuple meurtri, blessé, amputé par celui-là même qui fût, le cerveau, l'architecte de la police qui a pratiqué toutes les formes d'exaction et de violence sur une composante entière du peuple ? Comment comprendre ce consensus absurde qui s'est crée autour de cette illusion ?

Cette illusion ne peut se comprendre que par la résignation et le fatalisme. C'est le cri du désespoir d'un peuple qui ne veut pas s'engager dans les voies des bouleversements résultant de propre volonté. Depuis l'indépendance de la Mauritanie, le peuple n'a jamais été pris en compte. Il y a eu toujours des attentes jamais réalisées, d'où le cri du désespoir. Car, c'est quoi l'espoir, c'est l'attente d'une issue meilleure, donc le souhait de voir le possible se concrétiser. Or, le désespoir a rythmé le quotidien des mauritaniens depuis plus de trois décennies. Aucun de nos dirigeants ne nous adonné la possibilité de rêver. Tous sans exception furent pauvres en imagination généreuse et volonté politique au service du bien- être du peuple. Le laisser-aller qui a tourné au cauchemar pour une partie du peuple résulte de cette carence politique de notre élite dirigeante qui ne peut être évaluée à l'aune de l'arriération de notre peuple. Ce n'est pas un hasard si après Ould Taya, c'est Ould Vall qui lui succède. Notre histoire est l'inscription d'un peuple dans une descente vertigineuse dans les dédales de l'enfer.

Le système c'est la Sainte Alliance entre les milieux d'affaires les plus influents et l'aristocratie militaire. Derrière le paravent des institutions démocratiques, c'est elle qui détient la réalité du pouvoir depuis 1978,qui contrôle la part la plus significative de l'économie du pays, qui distribue les privilèges, prébendes et passe-droits des marionnettes politiques du PRDS. Les contours de l'Alliance n'ont jamais été très nets, mais ses différents segments recoupent partiellement des groupes d'intérêt se réclamant de certains ensembles tribaux. Les conflits entre ces groupes, à la fois partenaires et rivaux, se sont multiplié ces dernières années, et ont été exacerbés par les promesses de la manne pétrolière. L'homme ou le clan qui contrôlerait la ressource pétrolière détiendrait un pouvoir illimité, dans son exercice et sa durée. Le clan présidentiel avait pris une longueur d'avance dans cette voie, qui risquait d'être décisive et mortelle pour les segments du système. Le départ de Ould Taya est, certes, une des clés de la solution du problème en Mauritanie ; il n'en est pas la solution. Celle-ci reste encore à élaborer. Tout doit être discuté. Refonder le pacte multinational, c'est se donner l'assurance d'une solution durable. Si le changement ne va pas plus loin qu'un recentrage tribal, qu'une redistribution des rôles pour l'élite maure, les questions nationales et sociales restent alors entières. Or elles constituent l'épine dorsale de la stabilité, de l'assise d'un Etat de droit. Elles déterminent l'avenir à long terme de la Mauritanie. Mais commencer à réhabiliter les seuls Cavaliers du Changement et à exclure toute une frange de la communauté Négro-Mauritanienne en exil est de facto pérenniser l'exclusion, réviser les ambitions d'établissement d'un véritable Etat de droit au service de tous les citoyens. L'horizon de la démocratie se constitue dans le respect des originalités de civilisation, de pluralité des trajectoires historiques qui ont fait la richesse de chacun de nos nationalités. C'est une mission trop importante pour un homme ou un groupe d'hommes en assument la charge. L'ère des comités militaires, des cercles d'autorité sans le contrôle des citoyens est révolue. Il y a lieu de s'en remettre à la société car c'est elle qui est dépositaire du bon sens.

L'esprit de tolérance doit accompagner le renouveau du politique en Mauritanie. S'il s'agit de pardonner la dérive ensanglantée des Cavaliers du Changement et de refuser le droit à ceux qui ne sont coupables de rien, déportés, exilés, les disparus et morts Négro-Mauritaniens, force sera de constater que l'actuelle direction aura consacrée l'humanisme sélectif. C'est là le plus grave danger qui menace la Mauritanie. Tout Etat démocratique se doit dans sa volonté d'organiser la libre expression, de consacrer la règle de droit. C'est l'impartialité de l'Etat, en dépit de la richesse de l'un et de la pauvreté de l'autre, de l'appartenance aristocratique ou servile, qui garantit la justice, l'équité entre les hommes.

Mais la transition est une période difficile, à négocier avec délicatesse. La junte a le choix entre la conduire, de bout en bout, de manière unilatérale ou la gérer en concertation avec l'ensemble des acteurs du champ politique et de la société civile. La première orientation ferait courir le danger d'une OHA (offre hostile d'achat) sur la démocratie ; la seconde est susceptible de garantir l'adoption d'une « feuille de route » débouchant sur de réels changements politiques. Une transition concertée n'élimine pas tous les risques d'accaparement du processus par les segments constitutifs du système, mais elle a l'avantage de fixer les règles du jeu et d'ouvrir davantage de chances à une concurrence transparente et loyale. Loin d'être une simple revendication politicienne, la création d'un cadre de concertation entre les partis politiques, la société civile et le CMJD est une exigence d'intérêt national. Sauvegarder le pays des secousses violentes, réconcilier les Mauritaniens, poser les fondements d'un système démocratique, ouvrir des perspectives positives, tels sont les enjeux de l'heure.

A l'inverse de Ould Taya, les acteurs u coup d'Etat du 3 août ont su tirer les leçons du 8 juin 2003,et de l'impasse dans laquelle l'exercice d'un pouvoir solitaire et absolu avait conduit le pays. Puissent-ils également comprendre que la seule survie du système dont ils assurent, aujourd'hui, la direction politique sera insuffisante à prolonger longtemps l'état de grâce dont ils bénéficient. Que ce pays fait face à des défis autrement plus graves que la perpétuation des privilèges d'une petite caste, que ceux qui ont la prétention de conduire une nation doivent savoir affronter les misères et la détresse des plus humbles, que la construction de la démocratie, comme la direction d'un Etat, est une action collective et solidaire et non un acte solitaire d'autorité. La réconciliation, le temps de la concorde nationale passe par la participation de tous à un débat national qui va redéfinir la réalité de l'Etat de droit.

Oumar Ciré Bâ
Juriste –Orléans- France



Mardi 11 Avril 2006 - 21:18
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