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Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

*Ousmane SARR, président
*Demba Niang, secrétaire général
*Secrétaire général Adjt; Demba Fall
*Alousseyni SY, Chargé des relations extérieures
*Mme Rougui Dia, trésorière
*Chargé de l’organisation Mariame Diop
*adjoint Ngolo Diarra
*Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication
*Chargé de mission Bathily Amadou Birama
Conseillers:
*Kane Harouna
*Hamdou Rabby SY










AVOMM

Reportage/Kaédi : Une ville à l’agonie


Située à plus de 440 kms au sud-est de Nouakchott, Kaédi, la capitale du Gorgol, aurait été fondée aux environs de 1859. Ses premiers habitants seraient des pêcheurs qui habitaient sur l’autre rive et qui pratiquaient, en annexe, des activités agricoles sur la rive droite, à l’emplacement actuel de la ville. C’était, selon Fodé Diawara, un ancien retraité, qui a servi pendant une quarantaine d’années comme domestique colonial, aujourd’hui recyclé en détaillant de cacahuètes et de cola, le temps de l’abondance, la belle époque. Pourtant l’origine, probable, du mot Kaédi contredit les allégations du vieux Diawara. Kaédi serait, en effet, une déformation de Ka Hégu : littéralement Ka a faim, Ka étant le premier habitant, mythique, de ces terres. On a cependant perdu le fin mot de cette histoire…
Aujourd’hui, le marché central de la ville constitue un véritable kaléidoscope de couleurs, de senteurs et de métissages culturels, dans une ambiance festive mettant en prise des centaines de commerçants et d’usagers, en pleine cacophonie joyeusement indescriptible. De grandes boutiques achalandées de toutes sortes de marchandises, provenant essentiellement de Nouakchott, mais aussi du Sénégal et du Mali voisins, profitent des manœuvriers du trafic et de la contrebande qui ont pignon sur rue en dans ces vastes contrées, difficilement cernables, du Fouta.
Aux alentours, rôdent vendeurs ambulants, jeunes almoudos (élèves coraniques), munis de leurs pots de tomates recyclés en sébiles, manœuvres occasionnels, vendeurs de viande grillée et autres désœuvrés, petits lascars qui guettent la moindre occasion de dérober un petit quelque chose, sans doute «providentiel» par les très difficiles temps qui courent. Au centre, sur une colline, comme pour surveiller la ville, les bureaux administratifs sont magistralement alignés. À leur côté, se dresse la belle résidence du gouverneur devant laquelle un groupe de gardes sirote paisiblement son thé du matin. Aux environs de neuf heures, beaucoup plus tard durant le Ramadan, seuls quelques rares fonctionnaires, dont le gouverneur-adjoint, sont dans leurs bureaux. Dans l’enceinte de la gouvernance, une dizaine de citoyens circulent dans les couloirs des établissements administratifs. Une ville animée
Les habitants de Kaédi, comme pratiquement tous ceux des villes de l’intérieur, sont matinaux. En ce dimanche 5 avril, la ville est déjà très animée aux environs de dix heures. Devant les représentations des banques nationales, les locaux de la mairie, de la SNDE et les opérateurs de téléphonie mobile, des centaines d’usagers se pavanent en grande discussion. Pour cent ou deux cent ouguiyas, de vieux tacots transportent vers les villages environnants, jusqu’à plus de 5 kms, quelques banlieusards venus faire leurs emplettes. Comme dans toute grande ville, des épiceries modernes, des pâtisseries, des pharmacies relativement propres et bien tenues, ouvrent sur les principales avenues. Les auberges et les hôtels, comme le Faboly aux pancartes prometteuses, invitent les clients à des services de «première classe». À la gare routière, devenue informelle depuis la libéralisation des transports et l’éclatement de la puissante FNT (Fédération Nationale des Transports), des centaines de voitures desservent les différentes directions, dans la plus totale anarchie, occasionnant, quotidiennement, mille déboires et anicroches aux responsables autoproclamés de la gare.
Les vastes avenues de Kaédi restent animées tard le soir. À cause de la chaleur, habituellement très forte, les habitants de la ville aiment se balader dans les rues ou siroter un verre de thé hors de leur maison, en l’espoir d’une hypothétique brise en provenance du fleuve. Des «standards» disséminés çà et là, fusent de plurielles musiques. Tantôt des airs de la cantatrice Dimi Mint Abba ou de Mawa, la fille du terroir, tantôt la voix mélancolique de Baaba Maal, entonnant un air de Yéla, et, à l’occasion, des chansons de mille horizons lointains dont raffolent les adolescents assis au pas des boutiques. Ici, grâce à Dieu, l’insécurité n’existe pas. Les derniers incidents remontent à la mort, dans des conditions très particulières, d’un garde, lors des élections de 2007. La ville est vraiment paisible. Certes, on déplore, de temps en temps, plutôt rarement, quelques vols, généralement insignifiants et isolés. Est-ce parce que la ville est pauvre?
Une ville démunie
Elle est même, selon son maire adjoint Abou Cissé, la capitale de la pauvreté. Des quartiers comme Inity, Tenzah ou Wandama, essentiellement habités par des populations très vulnérables, souffrent et vivent dans la plus grande précarité. Cette année, malgré un bon hivernage, la situation sera encore plus catastrophique, car la culture de décrue, sur laquelle ils fondaient une grande partie de leurs espoirs, n’a quasiment rien donné : les inondations, d’une part, les animaux divagants et les oiseaux, d’autre part, ont anéanti des mois d’effort. Plus de deux mille familles, qui vivaient de l’exploitation régulière du projet pilote Gorgol 1 et 2, attendent, aujourd’hui complètement démunies, une intervention enfin réelle des pouvoirs publics. Urgence et efficacité, est-ce trop demander? Les actions que devraient mener, sur le terrain, les représentations locales de la SONADER, du commissariat chargé de la protection sociale et de la sécurité alimentaire et des autres structures d’encadrement, de vulgarisation et d’assistance sociale, paraissent, à tout le moins, inefficientes. Dans le cas contraire, les digues de protection contre les inondations seraient réhabilitées à temps; les produits phytosanitaires contre les prédateurs et les grillages pour protéger les champs, mis à la disposition des agriculteurs; les sessions de formation, organisées vraiment à leur profit.
Des potentialités agro pastorales inexploitées
La wilaya du Gorgol possède pourtant des surfaces arables parmi les plus fertiles du pays. Vers ses pâturages affluent, chaque année, les troupeaux de la quasi-totalité des wilayas de la Mauritanie. La zone d’El’Atf est devenue, à ce titre, une direction privilégiée des éleveurs de l’Adrar, du Trarza, du Tagant, de l’Inchiri et du Brakna. Autrefois, des quantités considérables de mil et de sorgho, issues des plaines de Lea’gueilatt, de Meytt à Beilegatt Leytame, remplissaient les greniers de toute la région, alors que les surplus étaient vendus sur les marchés des autres villes et villages du pays. Sur le plan pastoral, le cheptel de la wilaya était, il y a peu, estimé à plus de 240.000 têtes (camelins, caprins et ovins). Mais, de sécheresse en sécheresse, tout s’en va. Signe des temps, deux petites unités industrielles, une tannerie et une boucherie, qui tenaient pignon sur rue à Kaédi, ont mis la clé sous le paillasson, jetant à la rue une centaine d’employés locaux. Aujourd’hui, pour une capacité agricole annuelle de 220.000 ha, la wilaya reste très en dessous de ses potentialités culturales. C’est avec beaucoup de difficultés que le PPG1 (Projet Pilote du Gorgol 1) et le PPG2 cultivent, respectivement, 650 ha et 1.188 ha, chaque année. Les digues de protection de ces projets vétustes n’ont pas pu résister, cette saison, aux assauts des inondations qui ont anéanti les efforts de dizaines de cultivateurs et dissipé l’espoir et les attentes de plus de deux mille familles. Grâce à un financement de la Banque Mondiale dans le cadre du PDIAM, ces digues de protection seront réhabilitées. Mais, selon le délégué régional du ministère de l’agriculture et de l’élevage, les bailleurs de fonds doivent assouplir leurs procédures, trop longues pour que la réhabilitation de ces infrastructures se fasse avant le prochain hivernage. Ordinairement, les agriculteurs du Gorgol pratiquent les trois systèmes d’agriculture pluviale de décrue (bas fond, walo, décrue contrôlée et culture derrière barrage) et l’irrigation artificielle, totalisant annuellement 33.900 ha de cultures. Les rendements sont cependant compromis par de nombreuses contraintes, sans lesquelles les vastes surfaces de la région pourraient assurer de substantielles quantités de produits agricoles qui contribueraient grandement à l’autosuffisance alimentaire du pays. Parmi ces contraintes, il y a, principalement, la divagation des animaux, les oiseaux granivores, criquets et sautereaux prédateurs des champs. Le manque en semences de qualité, la répartition aléatoire des pluies, la vétusté des périmètres et les ravages de la césamie en ajoutent diversement à ces calamités des cuvettes du Gorgol. Pour faire face à ces multiples problèmes, des mesures ont été prises, dont un arrêté du wali, pénalisant la divagation des troupeaux dans un rayon de cinq kilomètres autour des champs, ordonnant la définition de couloirs de passage des troupeaux et instaurant, dans les villages, des commissions d’arbitrage entre éleveurs et agriculteurs. Plusieurs autres dispositions, comme la distribution de grillage pour 16.770 ha de cultures et de 115 tonnes de semences à cinq coopératives agricoles, visent également à optimiser les rendements et à encourager les agriculteurs. Pour combattre la péri-pneumonie bovine et la PPR (Peste des Petits Ruminants), 113.000 vaccins ont été distribués. Grâce aux projets PADEL et PRDC, des parcs de vaccination et des points d’eau dans les zones de pâturage construits. C’est bien, mais c’est encore très insuffisant.
Secteur de l’éducation : en hausse
Avec l’un des plus anciens lycées du pays et deux collèges, la ville de Kaédi est certainement, après Nouakchott, la mieux pourvue en établissements secondaires. Pour le directeur régional de l’éducation nationale, le problème récurrent reste, cependant, le faible niveau des élèves, aussi bien dans la dizaine d’écoles primaires de la ville que dans les structures secondaires. Cela serait dû, selon lui, aux défaillances notoires des systèmes antérieurs, défaillances dont la gestion retarde l’impact des mesures d’assainissement entreprises par les nouvelles autorités du département. Aujourd’hui, toutes les classes du fondamental sont tenues par des instituteurs et tous les emplois du temps au secondaire sont intégralement respectés. Les associations des parents d’élèves participent activement à la réfection de l’univers pédagogique et s’impliquent davantage dans l’orientation et le suivi de l’action scolaire. La DREN (Direction Régionale de l’Education Nationale) disposerait d’une base de données qui lui permettrait de gérer efficacement son personnel. Pourtant, pour ce professeur travaillant depuis huit ans au lycée de Kaédi, la situation n’est pas si idyllique. Beaucoup de pratiques de l’ancien système prévalent encore. Les affectations et les promotions se font toujours au gré de considérations subjectives. Certains responsables régionaux de l’éducation continuent à entretenir des protégés qui, forts de cette «bénédiction», se permettent encore toutes sortes de transgressions préjudiciables au bon fonctionnement du système. Au fondamental et aux dires de Brahim Salem Ould Baham, membre d’une APE (association des parents d’élèves), on constate une nette amélioration sur le plan de l’assiduité des enseignants, malgré la persistance de longues récréations, au cours desquelles le staff d’instituteurs prend tout le temps de boire un thé «trois verres», «squatté» sur la réglementation scolaire en vigueur.
Cela dit et après sept mois écoulés en la présente session, les établissements scolaires de Kaédi travaillent studieusement dans les conditions moyennes générées par les nouveaux changements intervenus dans leur département de tutelle. Pourtant point chaud de la contestation syndicale et scolaire, le lycée de Kaédi n’a pas observé les différends mots d’ordre de débrayage que plusieurs autres établissements du pays ont organisé au cours de cette année, à la grande satisfaction du directeur régional, pour qui cette discipline s’explique par la parfaite collaboration qu’entretiennent les différents segments du secteur pédagogique. Ceux-ci projettent d’ailleurs, en partenariat avec l’UNICEF, d’organiser, à la fin de cette année scolaire, une journée-bilan au cours de laquelle tous les problèmes locaux de l’éducation seront discutés afin d’entamer l’année scolaire 2008/2009 avec encore plus de sérénité.

Santé assez stable
Avec l’un des plus anciens hôpitaux du pays, autonome depuis quelques années, un centre de santé dirigé par un médecin et deux postes de santé à Touldé et à Tenzah, la ville de Kaédi est relativement bien équipée en infrastructures médicales. Le matin de notre visite au centre hospitalier de Kaédi, les rangs des consultants étaient, à neuf heures, déjà longs aux portes des différents services. Certains patients commençaient déjà à s’impatienter et s’étaient couchés à même le sol, en attendant leur tour. Selon Gangué Youssouf, le chef service de l’information et de la surveillance épidémiologique, les motifs de consultations sont principalement : le paludisme (29 %), les infections respiratoires (10 %), les diarrhées (8 %), les parasitoses, les plaies et les traumatismes. Le taux d’accessibilité géographique de la population du Gorgol serait de 67 %, selon les sources de la direction régionale de la santé. Chaque habitant vivrait ainsi dans une aire géographique de 0 à 5 kms, en moyenne, autour d’un poste de santé. L’enclavement de certaines zones, comme Mbout, le déficit infrastructurel et en personnel pour d’autres, demeurent les principaux problèmes sanitaires de la région. La prévalence de la pandémie du sida reste parmi les plus faibles du pays, malgré la proximité des frontières et le transit incessant de milliers de candidats à l’immigration, en provenance de toute l’Afrique de l’Ouest. L’antenne régionale du secrétariat national de lutte contre le sida intensifie cependant ses activités, du fait de l’expansion de certains comportements à risque, de la réticence des «gorgolois» à se conformer aux nouvelles mesures de prévention contre les IST (infections sexuellement transmissibles) et du faible taux de fréquentation des centres de dépistage du VIH.
Hibernation politique
Du temps de Maaouya, c’était comme partout : vive le PRDS, sous la direction éclairée du «libérateur» du 12/12! Aujourd’hui, la mouvance des indépendants, qui constitue l’anti-chambre du PNDD (Pacte National pour la Démocratie et le Développement) , prédomine à Kaédi, en accaparant tous les postes électifs : le maire, les députés et les sénateurs en sont tous issus. Aux élections présidentielles de l’an dernier, les indépendants ont pu, malgré la vague de sympathie dont a bénéficié le candidat Saar Ibrahima, tirer favorablement leur épingle du jeu. Mais depuis, c’est le calme plat. Toutes les formations politiques hibernent. De sporadiques missions viennent, de loin en loin, rappeler les rudes empoignades auxquelles ces partis s’adonnent, presque rituellement, au cours des échéances électorales. En théorie, la soixantaine de formations politiques existantes en Mauritanie sont toutes représentées à Kaédi. Mais, en pratique, seuls des partis comme l’UFP, le RFD ou l’APP, s’emploient, à l’occasion de quelques réunions, éparses, elles aussi, à maintenir les troupes en attendant la nouvelle configuration de la carte politique nationale. C’est ainsi et tout compte fait : la ville, autrefois très dynamique, se meurt aujourd’hui doucement. Pour Malek Ould Telmoudi, ancien garde retraité qui a repris du service à la mairie, Kaédi est une ville sans cadres et délaissé par l’Etat. Il y a trois décennies, dit-il, c’était une ville prospère avec des unités industrielles. Aujourd’hui, c’est à peine si elle dispose des services de base indispensables à la vie.

Sneiba El Kory
Envoyé spécial à Kaédi

calame via flamnet.net
Mercredi 7 Mai 2008 - 11:07
Mercredi 7 Mai 2008 - 11:09
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