La livraison partielle, au début de janvier, d’un premier lot de 4 × 4 de luxe aux parlementaires sénégalais suscite des interrogations sur l’opacité de la commande faite par le président de l’Assemblée nationale.
Combien les 4 × 4 japonais haut de gamme acquis pour les 165 députés sénégalais ont-ils coûté ? L’achat controversé de véhicules de fonction pour les élus s’est invité, le 5 janvier, à la présentation des vœux du président de l’Assemblée nationale, à Dakar. Cachant mal son agacement, Malick Ndiaye a tenté de désamorcer la polémique, qui tombe particulièrement mal en période de crise financière aiguë.
Devant des députés embarrassés, il a assuré que « tout [le nom du concessionnaire, le montant et la procédure encadrant l’acquisition] a été documenté. On peut même faire un point de presse avec la commission des marchés pour éclairer la lanterne des Sénégalais ». Un premier lot de 76 véhicules (des Toyota Land Cruiser Prado) a été livré au début de janvier à des élus de tous bords, a-t-il ajouté. Une semaine après ces déclarations, la polémique ne retombe pas et le point presse promis n’a toujours pas été organisé.
Le 8 janvier, de nouvelles critiques ont été lancées par La République des valeurs. Le parti d’opposition du député Thierno Alassane Sall a renouvelé son appel à la « transparence » et à mettre en place un « audit sur ce marché public », dans une affaire qui n’en finit plus d’empoisonner le mandat de M. Ndiaye, ténor de la formation Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef).
Au lendemain de la victoire triomphale du Pastef aux législatives de novembre 2024, M. Ndiaye promet de « restaurer l’image » de l’Assemblée nationale. A peine arrivé au perchoir, ce proche du président, Bassirou Diomaye Faye, et du premier ministre, Ousmane Sonko, prétend faire de la réforme du parc automobile l’une de ses priorités. Selon lui, la rupture doit passer par la suppression du système mis en place sous le régime de Macky Sall, ancien président (2012-2024) honni par le nouveau pouvoir.
« Cadeau empoisonné »
Parmi les premières mesures de son mandat, la fin annoncée de l’indemnité mensuelle de transport de 900 000 francs CFA (1 370 euros) – auxquels s’ajoutent des bons pour acheter de l’essence – accordée aux députés et la restitution des anciens véhicules de fonction dont bénéficiait une poignée d’entre eux. Celle-ci devient effective dès la fin de 2024. Alors que le Sénégal traverse la pire crise de la dette du continent, hors pays en guerre, les députés doivent dorénavant financer leurs déplacements sur leurs propres deniers. Cette configuration perdure un an, jusqu’à la fin de l’année 2025.
C’est pour corriger ce manque que M. Ndiaye a opté pour un nouveau contrat, justifie-t-il, le 5 janvier : « Il faut des véhicules robustes », capables d’aller « partout sur le territoire », fait-il valoir, affirmant que « certains arrivaient en Jakarta [motos d’origine asiatique et à bas coûts] ». Ses opposants rétorquent que l’achat de « nouveaux Toyota Land Cruiser Prado à au moins 50 millions de CFA [plus de 76 000 euros par véhicule] ne convainc personne », explique M. Sall, rejoint sur ce constat d’un « coût exorbitant » par un député du pouvoir, Guy Marius Sagna, qui dénonce depuis des mois un « mauvais exemple », contraire aux promesses de « rupture » formulées par le Pastef.
Les responsables du mouvement souverainiste de gauche « se disent éthiques et transparents, mais font tout le contraire [une fois] arrivés au pouvoir », tacle M. Sall. « C’est de l’argent public jeté par la fenêtre », dénonce le parlementaire, l’un des rares à avoir publiquement refusé le « cadeau empoisonné » que représenterait ce véhicule onéreux.
Au-delà du flou sur le coût total de l’opération, les modalités du contrat interrogent. Trois hypothèses auraient été évaluées par le bureau de l’Assemblée nationale, sans consultation de la commission de contrôle. Entre l’achat, la location avec option d’achat et la location longue durée, M. Ndiaye et ses proches auraient choisi cette dernière. « Il y a urgence à mettre fin à cette affaire opaque, alors que le pays est dans un contexte extrêmement fragile », insiste le député Sall.
« Les sapeurs-pompiers assurent 54 000 interventions par an avec des moyens notoirement insuffisants. Des Sénégalais meurent chaque jour faute de secours pendant que les députés circulent [avec des véhicules] haut de gamme », conclut La République des valeurs, convaincue que cette affaire va continuer de fragiliser le troisième personnage de l’Etat sénégalais.
Abbas Asamaan
Source : Le Monde
Combien les 4 × 4 japonais haut de gamme acquis pour les 165 députés sénégalais ont-ils coûté ? L’achat controversé de véhicules de fonction pour les élus s’est invité, le 5 janvier, à la présentation des vœux du président de l’Assemblée nationale, à Dakar. Cachant mal son agacement, Malick Ndiaye a tenté de désamorcer la polémique, qui tombe particulièrement mal en période de crise financière aiguë.
Devant des députés embarrassés, il a assuré que « tout [le nom du concessionnaire, le montant et la procédure encadrant l’acquisition] a été documenté. On peut même faire un point de presse avec la commission des marchés pour éclairer la lanterne des Sénégalais ». Un premier lot de 76 véhicules (des Toyota Land Cruiser Prado) a été livré au début de janvier à des élus de tous bords, a-t-il ajouté. Une semaine après ces déclarations, la polémique ne retombe pas et le point presse promis n’a toujours pas été organisé.
Le 8 janvier, de nouvelles critiques ont été lancées par La République des valeurs. Le parti d’opposition du député Thierno Alassane Sall a renouvelé son appel à la « transparence » et à mettre en place un « audit sur ce marché public », dans une affaire qui n’en finit plus d’empoisonner le mandat de M. Ndiaye, ténor de la formation Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef).
Au lendemain de la victoire triomphale du Pastef aux législatives de novembre 2024, M. Ndiaye promet de « restaurer l’image » de l’Assemblée nationale. A peine arrivé au perchoir, ce proche du président, Bassirou Diomaye Faye, et du premier ministre, Ousmane Sonko, prétend faire de la réforme du parc automobile l’une de ses priorités. Selon lui, la rupture doit passer par la suppression du système mis en place sous le régime de Macky Sall, ancien président (2012-2024) honni par le nouveau pouvoir.
« Cadeau empoisonné »
Parmi les premières mesures de son mandat, la fin annoncée de l’indemnité mensuelle de transport de 900 000 francs CFA (1 370 euros) – auxquels s’ajoutent des bons pour acheter de l’essence – accordée aux députés et la restitution des anciens véhicules de fonction dont bénéficiait une poignée d’entre eux. Celle-ci devient effective dès la fin de 2024. Alors que le Sénégal traverse la pire crise de la dette du continent, hors pays en guerre, les députés doivent dorénavant financer leurs déplacements sur leurs propres deniers. Cette configuration perdure un an, jusqu’à la fin de l’année 2025.
C’est pour corriger ce manque que M. Ndiaye a opté pour un nouveau contrat, justifie-t-il, le 5 janvier : « Il faut des véhicules robustes », capables d’aller « partout sur le territoire », fait-il valoir, affirmant que « certains arrivaient en Jakarta [motos d’origine asiatique et à bas coûts] ». Ses opposants rétorquent que l’achat de « nouveaux Toyota Land Cruiser Prado à au moins 50 millions de CFA [plus de 76 000 euros par véhicule] ne convainc personne », explique M. Sall, rejoint sur ce constat d’un « coût exorbitant » par un député du pouvoir, Guy Marius Sagna, qui dénonce depuis des mois un « mauvais exemple », contraire aux promesses de « rupture » formulées par le Pastef.
Les responsables du mouvement souverainiste de gauche « se disent éthiques et transparents, mais font tout le contraire [une fois] arrivés au pouvoir », tacle M. Sall. « C’est de l’argent public jeté par la fenêtre », dénonce le parlementaire, l’un des rares à avoir publiquement refusé le « cadeau empoisonné » que représenterait ce véhicule onéreux.
Au-delà du flou sur le coût total de l’opération, les modalités du contrat interrogent. Trois hypothèses auraient été évaluées par le bureau de l’Assemblée nationale, sans consultation de la commission de contrôle. Entre l’achat, la location avec option d’achat et la location longue durée, M. Ndiaye et ses proches auraient choisi cette dernière. « Il y a urgence à mettre fin à cette affaire opaque, alors que le pays est dans un contexte extrêmement fragile », insiste le député Sall.
« Les sapeurs-pompiers assurent 54 000 interventions par an avec des moyens notoirement insuffisants. Des Sénégalais meurent chaque jour faute de secours pendant que les députés circulent [avec des véhicules] haut de gamme », conclut La République des valeurs, convaincue que cette affaire va continuer de fragiliser le troisième personnage de l’Etat sénégalais.
Abbas Asamaan
Source : Le Monde

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