Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

Le bureau exécutif de l'AVOMM
"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

M. Amadou Bathily, président

M.Ngolo Diarra, secrétaire général

M. Hamdou Rabby Sy, porte-parole

Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication

M. Demba Fall, trésorier

Chargé des droits de l’homme et des relations extérieures, M. Sarr Ousmane Abdoul

Chargée de l’action humanitaire, Mme Dia Rougui

Chargée de l’organisation, Mme Diop Marième

M. Boubacar Thiam, commisaire aux comptes

Le bureau exécutif de l'AVOMM

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AVOMM

La classe politique et le passif humanitaire

Conférence prononcée à l’occasion de la commémoration de la journée du souvenir à la mémoire des 28 martyrs du 28 novembre 1990
Dimanche 29 novembre 2009, 1, rue Abel FAUVEAU à DEUIL LA BARRE


La classe politique et le passif humanitaire
Je remercie d’abord nos frères et amis de l’OCVIDH de me faire ce grand honneur en m’associant à ces journées du souvenir à la mémoire de nos martyrs. Qu’ALLAH les accueille en Son saint paradis, amine.

Introduction

Evoquer la question de la classe politique et du passif humanitaire revient d’abord à circonscrire plus précisément le sujet en définissant les termes ici utilisés.

D’abord par classe politique, nous entendons une partie des mouvements, d’organisations et de partis politiques qui se sont plus ou moins intéressées à cette question du passif. Nous assimilons à la classe politique des organisations de défense de droits de l’homme, à l’intérieur ou à l’extérieur qui ont été des acteurs plus ou moins impliqués dans ce lourd dossier du passif humanitaire. Mais qu’entend-on par cette expression ?

Pour le MND, le passif humanitaire (PH) recouvre les évènements qui ont eu lieu « de septembre 1990 à février 1991 [où] une gigantesque entreprise d’élimination physique du maximum de cadre halpulaaren dans les différents corps armés (armée de terre, marine, garde nationale) et les administrations publiques et secteur para-publics avait été perpétrée dans le plus grand secret ». (Déclaration sur les massacres de 1990 publiée le 19 mars 1991, site UFP).

Le MND assimile le PH au génocide d’abord par allusion quand il dit : « l’ampleur de ce massacre sans précédent dans l’histoire de la Mauritanie contemporaine démontre que l’objectif recherché était visiblement […] l’élimination physique du maximum possible d’éléments halpulaar dans les forces armées et singulièrement la Marine qui avait échappé relativement aux épurations précédentes » (Déclaration, p.2). Quelques lignes plus loin, dans la même déclaration, le MND considère que le PH est « un véritable génocide délibéré et planifié » et en rend le C.M.S.N et OULD TAYA totalement responsables.

Dans un rapport moral du 2ème Congrès du 31 mars au 3 avril 2005, l’UFP qualifie de passif humanitaire des évènements de « 1989 à 1991 au cours des quels des citoyens appartenant aux communautés négro-africaines ont été l’objet d’arrestations arbitraires, d’emprisonnements, d’atteintes graves à leur intégrité physique et morale, et même de déportations et de tueries ».

Pour le Comité de Suivi et de Gestion des Préjudices (CSGP), une distinction est faite entre la question des déportés qui est en cours de règlement et le passif humanitaire qui, lui, reste pendant. Celui-ci est défini comme « des épurations et des purges de 90 et 91 ». Plus loin dans le rapport, il est écrit : « Pour les victimes des épurations et purges entre novembre 1990 et février 1991 « [il s’agit de] 500 à 600 prisonniers politiques négro-africains exécutés ou torturés à mort par des forces gouvernementales. Les victimes se comptaient parmi les quelque 2500 noirs arrêtés arbitrairement, détenus au secret et soumis à des sévices physiques particulièrement brutales ». Le CSGP note également des exécutions extrajudiciaires de « 540 militaires tués ». Et pour les radiations durant cette période, il dénombre 729 employés de la fonction publique et du secteur privé.

Pour le parti AC, le passif humanitaire englobe « les évènements de 1989 à 1991 : la déportation, les exécutions extrajudiciaires de cinq cent trois négro-africains » ; et ces questions font partie des points saillants du programme politique de ce parti enregistré au ministère de l’intérieur en 1995.

Pour l’APP rejointe par les militants d’AC dissoute, le passif humanitaire est « une tentative, par le pouvoir, de purification ethnique contre ses populations négro-africaines sous le prétexte de conflit avec le Sénégal en avril 1989 » (Résolution sur les massacres de 1989-90 lors du congrès de juillet 2004).

Pour les FLAM, l’expression « passif humanitaire » est un euphémisme qui, en réalité, n’est rien d’autre qu’un plan d’épuration ethnique et de dénégrification du pays (Déclaration de presse des FLAM du 27 mars 2009).

Pour l’AJD/MR, le passif humanitaire est une action d’épuration ethnique sans précèdent dans l’histoire de la Mauritanie avec un bilan très lourd : des milliers d’assassinats, d’exécutions extrajudiciaires, des dizaines de milliers de déportés, des radiations dans l’administration, dans le privé, dans les forces armées et de sécurité (Déclaration de politique Générale, Congrès constitutif de l’AJD/MR des 18 et 19 août 2007).

Depuis l’indépendance de la Mauritanie en 1960, notre pays a été plus ou moins confronté à des problèmes de coexistence entre les différentes communautés nationales.

Dès 1966, des cadres et intellectuels négro-africains avaient publié un Manifeste, celui des 19 pour alerter les autorités politiques sur les difficultés liées à la discrimination dont une partie du peuple est victime. Des violences ont failli entrainer à une guerre civile.

En 1979, des mécontentements d’élèves et étudiants noirs suite à la circulaire 03 ont à nouveau entrainé des violences qui se sont soldés par un mort et plusieurs blessés dans les collèges et lycées de Mauritanie.

En 1986, constatant la marginalisation de plus en plus galopante de la place des Noirs dans tous les secteurs de la vie politique, économique, culturelle, sociale et dans les médias, des intellectuels négro-africains organisés au sein des FLAM publient un Manifeste du Négro-mauritanien opprimé. Tout Mauritanien connait la suite. Des tortures et des liquidations à Walata.

En 1987, des officiers négro-africains tentent un coup d’état. Découvert, le régime procède à des arrestations, à des emprisonnements, à des tortures et à des traitements cruels, inhumains et dégradants.

En 1989, suite à un conflit frontalier entre le Sénégal et la Mauritanie, le régime raciste de TAYA en profite, avec la complicité de fascistes tapis dans l’ombre pour déporter vers le Sénégal et le Mali ses propres concitoyens parce qu’ils sont Noirs.

En 1990-1991, les militaires négro-africains et des civils vont vivre les pires humiliations, les liquidations physiques et les épurations ethniques savamment orchestrées avec notamment cette pendaison de 28 soldats noirs un certain 28 novembre 1990 que nous commémorons aujourd’hui tristement. Vingt ans, trente ans après, les responsables de ces atrocités qu’on appelle passif humanitaire coulent de jours heureux en Mauritanie, en toute impunité.

Problématique : Depuis toujours, le règlement de cette question hante les esprits de beaucoup de personnes : les victimes et leurs ayants droits d’abord, des acteurs politiques, de démocrates et des organisations de défense de droits de l’homme ensuite. L’Etat mauritanien et une certaine classe politique qui avaientd’abord royalement nié cette réalité finiront par l’admettre et vont tenter de s’en saisir pour essayer de le régler. Mais les tentatives de règlement proposées ça et là, sont-elles à la hauteur de l’enjeu ? En quoi les solutions proposées par le gouvernement actuel demeurent-elles superficielles ? Comment résoudre durablement et définitivement la question du passif humanitaire pour que plus jamais une telle situation ne se reproduise dans notre pays ?

Du déni du passif humanitaire à sa dénonciation

La réalité du Passif humanitaire a été d’abord niée par une partie de la classe politique (A) pendant que d’autres au contraire la dénonçaient plus ou moins vigoureusement (B).

A) Du déni du passif humanitaire….

La réalité du PH a été niée différemment selon les acteurs politiques. Certains mettent en avant des considérations idéologiques (1) alors que d’autres la nient pour des raisons stratégiques, tactiques ou politiques (2).

1°) Le déni idéologique du passif humanitaire

Deux groupes ou partis politiques sont principalement concernés par ce type de déni soit en tant qu’instigateurs de la politique de répression étatique : c’est le cas des nasséristes (a) ou en tant qu’inspirateurs de l’idéologie de l’épuration ethnique ayant conduit au passif humanitaire : c’est le cas des baathistes (b).




Les nasséristes instigateurs de la politique de répression étatique raciste
Il est de notoriété publique que la responsabilité ou le rôle des nasséristes est plus qu’entamée dans cette volonté d’arabisation à outrance, parfois intolérante vis-à-vis des négro-africains plus ou moins réfractaires à l’assimilation qu’ils prônent.

Il est également connu de tout Mauritanien qu’à partir des années 1985/1986, l’Etat et l’Administration centrale ont été complètement noyautés par les nasséristes qui étaient devenus des principaux conseillers d’OULD TAYA.

A partir de l’ « ouverture démocratique » imposée par le discours de la Baule, à nouveau, les nasséristes noyautent le parti présidentiel : le PRDS dont ils inspireront la politique, les grandes orientations et les décisions macabres qui s’en suivront.

Les nasséristes reconnaissent eux-mêmes leur implication dans le Passif humanitaire par des écrits et par des déclarations de ses porte-paroles. Ils admettent ainsi avoir participé à l’élaboration et à la mise en œuvre de la « politique du chauvinisme d’Etat qui a endeuillé et meurtri notre peuple durant la période sombre de 1989-1991 » (Rapport moral d’OULD MAOULOUD, Congrès extraordinaire de l’UFD/EN qui deviendra UFP, les 13, 14 et 15 août 1998, page 1).

Les nasséristes devenus un peu plus tolérants depuis l’adhésion du groupe d’AC
Ce n’est qu’avec l’adhésion des éléments de l’ex AC que le parti des nasséristes (APP) revendiquera plus sérieusement les atrocités liées au PH qu’ils ont toujours encouragées voire commis eux-mêmes.

Récemment, des leaders nasséristes émettent des réserves importantes par rapport aux propos racistes, voire fascisants des édiles baathistes comme Khalil OULD TIYIB, le 1er Vice Président du parti nassériste : l’APP ou encore El Moudir OULD BOUNA (Source : L’Authentique Quotidien, Identité nationale : Sawab craint la négrification de la Mauritanie, 17 juillet 2007).

En revanche, ces derniers (les baathistes) demeurent fidèles à leur idéologie xénophobe, raciste et xénophobe.

2°) Les baathistes, inspirateurs de l’idéologie d’épuration ethnique

Le parti Baath est connu comme étant opposé à la présence des Noirs en Mauritanie. Ils inspireront, à l’origine, OULD TAYA dans cette idéologie d’exclusion et d’épuration ethnique (a). Malgré la chute du dictateur, les baathistes persistent toujours dans le rejet des Noirs comme des citoyens à part entière de la Mauritanie (b).

Des baathistes inspirateurs d’OULD TAYA
Si les Nasséristes acceptent la présence des négro-africains dès l’instant où ils acceptent l’assimilation à la culture arabe, il n’en est pas de même pour les baathistes.

Pour nos baathistes tropicaux, les Noirs sont des étrangers qu’il convient de garder éloignés de la Mauritanie par tous les moyens. Par conséquent, le Passif humanitaire n’existe pas car ceux qui sont tués et déportés ne sont pas simplement des Mauritaniens et ne méritent pas de vivre en terre mauritanienne sainte.

Les Noirs souillent l’identité et la pureté de la Mauritanie arabe et blanche. Et pour éviter cette souillure, il fallait théoriser les épurations ethniques, les éliminations et les liquidations physiques de Noirs de Mauritanie pour rétablir un équilibre démographique largement favorable aux Maures blancs.

Pour cela, le parti et ses activistes joueront un rôle actif dans la mise en œuvre de cette élimination progressive des négro-mauritaniens à travers les déportations de 1989 mais également à travers les plans de liquidation et d’éliminations physiques des années 1990-1991.

Persistance du rejet des Noirs comme citoyens à part entière de la Mauritanie
Mohamed Yehdih OULD BREIDELIL, figure emblématique du baathisme mauritanien et l’un des théoriciens du parti anti-noir SAWAB continue de nier la neutralité des déportés.

Le parti SAWAB, dans un communiqué publié le jeudi 5 juillet 2007 émet des réserves sur le contenu du discours de l’ancien Chef de l’Etat SIDIOCA prônant le retour des déportés. SAWAB trouve que le Chef de l’Etat a « superbement ignoré les multiples dangers que court le pays face aux risques d’immigrations clandestines et de naturalisations excessives auxquels aspirent des forces internes et externes qui cherchent à casser l’équilibre démographique du pays et à jouer sur sa configuration géographique » (Source : Site UFP, Sawab : Attaques et réserves sur le dossier des déportés, vendredi 6 juillet 2007).

OULD BREIDELIL revient à la charge déclarant à la presse, lors d’une conférence organisée par SAWAB sur l’identité nationale que deux questions attendent les déportés. La première : « Mettent-ils leur allégeance au profit du pays ? » comme pour nier toute citoyenneté ; négation de citoyenneté qu’il affirmera sans ambages à travers cette fausse interrogation : « Sont-ils des citoyens de souche ? » (Source : L’Authentique Quotidien, Identité nationale : Sawab craint la négrification de la Mauritanie, 17 juillet 2007).

Une autre figure du baathisme , M. Ahmed OULD EBYAH, lors de la même conférence soulignera qu’un triptyque dangereux menace l’existence de l’Etat mauritanien dans son noyau central et dans son identité :

L’immigration effrénée à partir du Sud pour changer la composition démographique du pays
Une classe politique clonée et francisée (allusion aux Noirs) qui aide ces immigrés à intégrer la structure administrative
Enfin le parapluie terroriste dirigé par la France pour cloner l’identité culturelle de ce pays. (Source : L’Authentique Quotidien, Identité nationale : Sawab craint la négrification de la Mauritanie, 17 juillet 2007).
Un troisième leader baathiste, professeur à l’Université de Nouakchott, M. Hamahoullah OULD SALEM qui n’a pas hésité à traiter l’AJD/MR de parti raciste pour demander sa dissolution, ce monsieur a mis en garde, durant la même conférence, contre la décadence de l’Etat mauritanien si l’immigration étrangère continue.

Si ces deux organisations politiques aux idéologies panarabistes plus ou moins exclusivistes et intolérantes nient l’existence du PH, c’est parce que la présence denon Arabes en terre mauritanienne est problématique pour eux.

En revanche d’autres partis qui ont fait le choix de nier l’existence du Passif humanitaire se sont positionnés autrement. Ils sont dans le déni stratégique, tactique et politique.

2°) Le déni stratégique, tactique et politique du Passif humanitaire

Certaines organisations politiques qui sont responsables de la politique de fasciste qui a conduit à de telles épurations et liquidations ethniques qui s’apparentent à du génocide ne peuvent que nier l’existence du PH pour éviter de se retrouver devant les tribunaux internationaux ou être indexés par la communauté internationale : il s’agit du Parti-Etat, le PRDS et l’Etat mauritanien (a) mais également ses alliés politiques : l’UDP, le RDU ou encore quelques nègres de service passés à la radio et à la TVM pour nier aux victimes de violations de droits toute citoyenneté, partant niant grossièrement la réalité du passif et de la déportation.

a) L’Etat mauritanien, principal responsable du Passif humanitaire

Depuis le début de la crise, le système TAYA s’est servi de l’Etat, avec la complicité des nasséristes et des baathistes dont certains leaders finiront par rejoindre le parti présidentiel à sa création : le PRDS.

Outre les déportations qui étaient savamment orchestrées, encouragées par l’Etat, les massacres des populations négro-africaines, de 1986 à 91, ont été un plan mûri depuis longtemps par le système qui voulait purifier la Mauritanie. L’Etat est bien conscient de ses forfaits mais il a été encouragé aussi par tous les courtisans, y compris négro-africains qui défilaient à la TVM pour expliquer qu’une partie de leurs compatriotes étaient des Sénégalais ou des Maliens, ce qui expliquerait leur expulsion de la Mauritanie. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui, aujourd’hui, curieusement expliquent à qui veut les entendre, que c’est formidable que l’Etat ramène des déportés mauritaniens qui étaient étrangers il y a quelques années.

Lorsqu’un certain 28 novembre 1990, l’Etat faisait pendre 28 négro-mauritaniens, faisait massacrer plus de 500 militaires négro-africains, dans le secret, accentuant davantage son passif à l’égard du peuple, certains dénonçaient de tels actes barbares mais l’Etat et ses suppôts niaient les évidences. Et pour cause ! Admettre la commission d’un tel passif exposerait les responsables à des poursuites internationales et la vindicte de la communauté internationale.

Après la « démocratisation de façade » de 1992, le PRDS et le gouvernement relaient le discours étatique visant à nier la réalité du passif humanitaire dans les forums internationaux et mondiaux. Quel mauritanien ne se souvient pas des missions des nègres de services partis nier la réalité du passif humanitaire à Genève en Suisse ou à Durban en Afrique du Sud ? Depuis sa naissance en 1991 jusqu’à la chute du dictateur OULD TAYA, le PRDS a toujours nié l’existence des crimes abominables commis sous le règne de l’un des plus grands sanguinaires que l’Afrique ait connu. Mais l’Etat mauritanien était conforté dans son déni par des partis alliés.

b) L’UDP et le RDU, souteneurs et complices du dictateur

Ces deux partis ont longtemps cheminé avec le dictateur n’hésitant pas à prendre sa défense partout où c’est nécessaire en niant ses forfaits et son passif humanitaire. A aucun moment, durant la période faste de l’ancien dictateur, le parti de feu Hamdi OULD MOUKNASS puis celui de sa fille Naha MINT MOUKNASS (l’UDP) et celui d’Ahmed OULD SIDI BABA (le RDU) n’ont dénoncé les crimes de leur allié et se sont au contraire toujours évertués à nier les crimes.

Heureusement que dans la classe politique, d’autres organisations, mouvements, partis politiques ou organisations de défense de droits de l’homme étaient à l’avant-garde pour dénoncer ce passif humanitaire que d’autres s’évertuaient à nier.

B) Dénonciation du passif humanitaire

Depuis la commission des actes de barbarie que constituent les déportations, les exécutions sommaires extrajudiciaires, les liquidations physiques de négro-africains et les épurations ethniques, certaines organisations politiques ou de défense de droits de l’homme se sont dressés contre ces actes arbitraires surtout à l’extérieur (1). Mais à partir des années 1995, la résistance intérieure commence aussi à s’organiser pour cette dénonciation (2).

1°) la dénonciation active du passif humanitaire à partir de l’extérieur

La dénonciation du passif humanitaire a été un des chevaux de bataille de certaines organisations politiques dont la plus importante furent les FLAM (a) mais également des organisations de défense de droits de l’homme, un peu plus tard, comme l’AVOMM et l’OCVIDH parmi les plus importantes d’entre elles (b)

a) La dénonciation active et continuelle des FLAM

Depuis le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire en Afrique, la France et les Etats-Unis, des résistants politiques engagés au sein de ce mouvement politique ont harcelé continuellement le régime raciste étatique mauritanien à travers le monde. Dans ces pays, les FLAM ont largement contribué à la publicité des massacres des Noirs. Elles ont dénoncé dans les médias nationaux et internationaux ce passif humanitaire qui finira par être connu de tous finalement. A plusieurs reprises des délégations des FLAM se sont rendues par exemple à Genève à la Sous commission des droits de l’Homme des Nations Unies ou à la Commission des droits de l’Homme croiser le fer avec les émissaires de l’Etat raciste mauritanien venus le défendre et le blanchir.

Avec des associations de défense de droits de l’homme, elles ont battu le pavé de Trocadéro, organisé de multiples manifestations, organisé des conférences, fait signer des pétitions, participé à des forums dans le but de sensibiliser l’opinion internationale et la prendre à témoin.

A partir du Sénégal, entre 1990 et 1991, les FLAM sont passées de la dénonciation active à l’action déstabilisatrice du pouvoir raciste et fasciste de TAYA en entreprenant une lutte armée qui permit de troubler le sommeil du colonel dictateur de Nouakchott. Malheureusement pour la résistance des FLAM, le gouvernement sénégalais fit tout pour neutraliser ce mouvement politique et le réduire au silence avant d’expulser certains de ses éléments ; et plus tard son bureau politique.

Plus récemment, les FLAM/Rénovation ont poursuivi la dénonciation du passif humanitaire à l’extérieur mais également, en association avec des partis de l’opposition démocratique à l’intérieur, elles vulgariseront cette question, notamment à travers plusieurs documents dont un sur le règlement du passif humanitaire et le retour des déportés en mai 2006.

Au-delà des FLAM et des FLAM/Rénovation, d’autres organisations de défense de droits de l’homme se sont faits remarquer dans ce combat de dénonciation du passif humanitaire : il s’agit du CSDM, de l’AVOMM et de l’OCVIDH et plus récemment la CAMME.

b) Le rôle déterminant des organisations de défense des droits de l’homme

Au tout début du passif humanitaire, il y avait, en France par exemple, le CSDM (Comité de Soutien aux Déportés Mauritaniens) qui a mobilisé beaucoup de mauritaniens contre l’arbitraire qui sévissait dans notre pays. Il a permis de médiatiser la lutte et le faire connaître un peu plus.

Ensuite arrive l’AVOMM dont la dénonciation du passif humanitaire n’a jamais eu de cesse ni de limites. Cette organisation de défense de droits de l’homme a utilisé tous les moyens pour tenter de rendre justice aux victimes du racisme d’état mauritanien. Elle a également organisé des manifestations, des conférences au niveau national et international dont une à Bruxelles ; a participé à des colloques internationaux sur les violations de droits de l’Homme ; et à chaque fois que l’occasion se présentait, ses responsables ont dénoncé et largement médiatisé la situation inique de la Mauritanie.

Mais l’AVOMM c’est aussi et surtout des actions concrètes en faveur des victimes du passif humanitaire à travers ses caravanes de santé au Sénégal, et tout dernièrement en Mauritanie, lors de la tournée dans les sites de déportés rapatriés où des fournitures scolaires ont été distribués avec l’aide d’organisations partenaires et l’ANAIR.

L’AVOMM, c’est également une organisation qui refuse l’impunité et dont les responsables se sont fortement impliqués dans le procès historique contre l’impunité en Mauritanie à travers le procès Ely OULD DAH qui a été une victoire pour tous les démocrates et défenseurs des droits de l’homme dans le monde et particulièrement en Mauritanie.

L’AVOMM, c’est aussi la plainte contre le dictateur OULD TAYA à Bruxelles dans le cadre de la compétence universelle.

Toutes ces actions sont de nature à contribuer à la médiatisation de la dénonciation du passif humanitaire qui est également l’affaire de l’Organisation Contre lesViolations de Droits de l’Homme (OCVIDH).

A l’instar de l’AVOMM, l’OCVIDH a été et est de tous les combats de dénonciation du passif humanitaire à travers l’Europe et la Mauritanie : lutte contre l’impunité

L’OCVIDH c’est de grands officiers qui ont sacrifié leurs vies, leurs carrières professionnelles pour une cause juste : la défense des victimes de violations de droits humains pour faire connaître à la face du monde, entre autres, le passif humanitaire que d’autres tentaient de couvrir.

L’OCVIDH, c’est des intellectuels, des hommes de culture, des écrivains qui ont décidé, à un moment donné, de troquer leurs armes contre d’autres plus redoutables : la plume et l’écriture. L’Enfer d’Inal de notre frère Mouhamadou SY, Secrétaire Général de l’OCVIDH, à lui seul, vaut mille forums internationaux, mille témoignages pour dénoncer, entre autres, le passif humanitaire et plus généralement les graves violations de droits de l’homme en Mauritanie.

L’OCVIDH comme l’AVOMM sont deux organisations pragmatiques et visionnaires conscientes de leurs devoirs et qui font tout pour poser de façon responsable les questions du passif humanitaire aux autorités nationales en vue d’une juste solution. C’est l’occasion ici, pour moi, de féliciter leurs leaders (Abdoul Aziz SOUMARE et Ousmane Abdoul SARR) d’avoir eu le courage de surmonter leur propre égo, pour aller à la rencontre d’un homme dont ils ont condamné le coup d’état avec fermeté et sans faiblesse aucune afin de poser les justes revendications de leurs organisations cause pour laquelle elles se battent depuis longtemps.

Enfin l’OCVIDH, c’est l’organisation de journées de mémoires comme celle que nous célébrons aujourd’hui pour faire revivre la mémoire du passif humanitaire mauritanien et empêcher l’oubli.

La CAMME, organisation plus récente contribue également à la dénonciation du passif humanitaire en Europe en participant à des colloques, à des conférences ou à des manifestations.

Comme un écho à la dénonciation du PH à l’extérieur, d’autres acteurs agissent à l’intérieur pour mettre la pression sur le régime.

2°) Dénonciation du passif humanitaire à l’intérieur

Des organisations de droits de l’homme (a) et des organisations et partis politiques de l’Opposition Démocratique prendront progressivement la dénonciation de ce passif (b).

a) Actions d’organisations de défense de droits de l’homme

Depuis les tristes évènements qu’a connus notre pays, des hommes et des femmes épris de justice se sont organisés pour défendre les intérêts des victimes, des veuves, des orphelins, etc…

Plusieurs organisations virent le jour comme le Collectif des veuves, le Collectif des Rescapés Militaires (COREMI), le Collectif des Rescapés des AnciensDétenus Politiques Civils Torturés (CRADPOCIT), Le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations de Droits Humains (CSVVDH), Collectif desEnfants des Victimes Civiles et Militaires (CEVICIM), Regroupement des Victimes des Evènements 89 (REVE 89), Collectif des Opérateurs Economiques 89(COPECO 89), Collectif des Victimes de la Répression (COVIRE) et Front national des Organisations Défenseurs de Droits Humains (FONADH).

Chacune de ses organisations, à des degrés divers, a contribué, par ses agissements, à dénoncer le passif humanitaire et plus globalement les graves violations de droits de l’Homme en Mauritanie. Ainsi, ont été organisés des meetings, des sitings, des conférences, des colloques.

A titre d’exemple concret, « pendant les années de répression, le CSVVDH battait le pavé pour la reconnaissance du tort fait aux veuves et autres victimes du passif humanitaire. Le comité a également contribué activement à l’élaboration des listes de toutes les victimes et est à l’origine de laplainte déposée à Banjul » (Khalilou Diagana, Nouakchott Info, 16 mai 2009).

Le CSVVDH organisera par ailleurs, plus récemment le 11 novembre 2007, un atelier de réflexion sur le passif humanitaire et ses possibilités de solution. Durant cet atelier, trois groupes de travail ont été retenus sur le devoir de justice, le devoir de mémoire et le devoir de réparation (Khalilou Diagana, idem).

Sans énumérer l’action de chaque organisation, on peut affirmer, sans risque de se tromper, qu’elles ont toutes contribué, à leur manière, à vulgariser le passif humanitaire, à le faire connaitre et à mettre le dictateur sous pression, et ce, avec l’aide non négligeable de partis politiques de l’opposition démocratique.

b) La dénonciation du passif humanitaire par des partis politiques

Beaucoup de partis politiques, parmi les plus importants, ont plus ou moins dénoncé, sous l’ère TAYA, le passif humanitaire en Mauritanie. Certains le dénonçaient par principe mais avec vigueur (α) ; d’autres font de la dénonciation du passif humanitaire une quintessence de leur lutte (β).

α) Une dénonciation par principe du passif humanitaire

Une partie de l’opposition à OULD TAYA, à partir de 1991/1992 prend position clairement contre le racisme d’Etat qui frappe une partie du peuple mauritanien : les Noirs. On peut citer quelques uns parmi les principaux : le Mouvement National Démocratique (MND) qui deviendra l’Union des Forces duProgrès (UFP) par la suite en 1998, l’Union des Forces Démocratiques/Ere Nouvelle (UFD/EN) qui deviendra le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) après sa dissolution, Action pour le Changement (AC) après son départ de l’UFD/EN en 1997 puis l’Alliance Populaire Progressiste (APP) qui les accueillera après leur dissolution.

Dans une déclaration sur les massacres de 1990 datée du 19 mars 1991, le MND dénonçait vigoureusement le passif humanitaire qu’il assimilait à un véritable génocide et en rendait le C.M.S.N et OULD TAYA pleinement responsables. Il exigera de toutes les forces démocratiques une enquête indépendante du pouvoir pour que toute la lumière soit faite sur les massacres perpétrés dans les geôles mauritaniennes.

Après leur départ de l’UFD/EN, le groupe MND qui fondera, avec d’autres, l’UFP lors du congrès extraordinaire des 13, 14 et 15 août 1998 ne s’attardera pas beaucoup sur le passif humanitaire car aucune résolution n’a été prise, à notre connaissance, dans ce sens. Néanmoins, dans son rapport moral, le présidentMohamed OULD MAOULOUD fera allusion aux évènements de 89 à 91 en parlant de politique de chauvinisme d’Etat dont se serait rendu complice le groupe de nasséristes accueilli à l’UFD/EN par Ahmed OULD DADDAH et qui a conduit à leur départ de ce parti. Cette protestation contre des complices de la politique du chauvinisme d’Etat, qui n’est rien d’autre qu’une facette du passif humanitaire, peut être considérée comme une protestation de l’UFPcontre le passif humanitaire.

Ce n’est que lors du 2ème Congrès ordinaire de l’UFP tenu du 31 mars au 3 avril 2005 qu’une position ferme a été prise sur le passif humanitaire et la coexistence entre les communautés mauritaniennes condamnant vigoureusement les politiques y ayant conduit et exprimant sa solidarité à toutes les victimes de ces événements.

Quant à l’UFD, elle a beaucoup utilisé les évènements de 89 à 91 durant la campagne grâce à tous les véritables démocrates qui se scinderont et constituerontAC, UFP ou AJD par la suite. Mais devenu UFD/EN après l’élection présidentielle de 1992 perdue par Ahmed OULD DADDAH, cette question du passif humanitaire ne semblait plus être une priorité surtout après le départ du groupe qui va former AC avec Messoud OULD BOULKHEIR et Ibrahima Moctar SARR ou encore celui de l’UFP.

Lors du Congrès ordinaire de 1996, l’UFD/EN vote une résolution relative aux questions des déportés, réfugiés et rapatriés. A aucun moment, le mot passif humanitaire n’a été prononcé (Résolution du congrès, le 23 juin 1996). Et lors du deuxième Congrès ordinaire de 1999 appelé Congrès de l’Alternance démocratique, une autre résolution a été votée relative aux questions des déportés, réfugiés et rapatriés, et là encore aucun mot sur le passif humanitaire (Résolution du Congrès du 30/10/1999).

Devenu RFD après la dissolution du défunt UFD/EN en octobre 2000, l’expression passif humanitaire est clairement utilisée dans le discours d’Ahmed OULD DADDAH lors du Congrès extraordinaire du 18 août 2003. Le parti, dira DADDAH, « continuera à œuvrer pour un règlement pacifique du passif humanitaire dans un esprit de réconciliation et d’unité retrouvée ». Et l’on apprend par ce discours que le RFD fait de l’unité nationale sa première préoccupation. Il faut rappeler qu’en novembre 2003, une élection présidentielle était en vue. Enfin le vendredi 11 novembre 2005, le président du RFD s’est prononcé en faveur du règlement du passif humanitaire (indemnisation des victimes, retour des déportés et réfugiés se trouvant au Sénégal et au Mali ».

Créée en 1995, AC a été dissoute le 2 janvier 2002. Ce parti composé essentiellement de cadres négro-africains et harratines avait toujours pris en charge cette question du passif humanitaire et de la cohabitation grâce notamment à la mouvance négro-africaine dirigée par Ibrahima Moctar SARR. En effet, « le passif humanitaire des années 1989/91 : la déportation, les exécutions extrajudiciaires de cinq cent trois négro-africains sont des problèmes pendants non encore résolus et des points saillants du programme politique de AC sur la base duquel il a été enregistré en 1995 » (Réaction de Boubacar OULD MESSAOUD, président de SOS Esclavages à la dissolution de AC, (Source : Afrique Express, n° 243 du 18/01/2002).

Depuis sa naissance, AC n’a jamais été prise en défaut par rapport à la question du passif. Dès qu’ils ont eu des élus à l’Assemblée Nationale, leurs députés, surtout Ibrahima Moctar SARR, ont toujours soulevé la question des déportés et du passif humanitaire en réclamant que justice soit faite et que les victimes soient indemnisées. C’est cette dénonciation du passif qui a, entre autres, entraîné la dissolution d’AC en janvier 2002.

Le groupe AC dissous intègrera le parti nassériste l’Alliance Populaire Progressiste (APP) qui n’avait pas de sympathie particulière pour les questions relatives au passif humanitaire et aux déportés. Ce groupe imposera de nouveaux thèmes et de nouvelles résolutions dans les congrès des nationalistes arabes. Ainsi, lors du congrès de juillet 2004, deux résolutions ont été votées : une sur les déportés et les réfugiés mauritaniens demandant « le rétablissement de leur citoyenneté, la restitution de l’ensemble de leurs biens spoliés et confisqués ou à défaut, leur juste indemnisation ainsi que le retour à leur emploi ou une indemnisation équitable des travailleurs ». Et une deuxième résolution est consacrée aux massacres de 1989-1990. Celle-ci « exige la constitution d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur les crimes et exactions commis ; rejette catégoriquement la loi d’amnistie relative à ces massacres et exige son abrogation ; exige le jugement des coupables et une juste réparation en faveur des ayants droits » (Source : Résolution du Congrès, Nouakchott, le 31 juillet 2004). ....../......

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Dimanche 6 Décembre 2009 - 19:13
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1.Posté par AMADOU THIAM le 06/12/2009 20:04
Felicitayions Dr ousmane pour la clarte et l'honnetete intellectuelle dont vous avez faites preuve lors de la conference.
vous avez respectez fidelement la chronologie de la resistance.
merci

2.Posté par Goguiyanke le 06/12/2009 20:11
Voilà une explication très claire , nous internautes sommes très sensibles à ce genre de sortie, nous sommes soulagés de voir des ONG et partis politique travailler main dans la main oublier leurs différends. Notre combat prime nos querelles personnelles.
Bravo OUSMANE, je savais que nous pouvons compter sur toi. Nous sommes des êtres humains, les erreurs politiques se feront toujours mais il faut accepter de reconnaitre quand on est en tort et il faut dépasser certaines critiques qui nous aident à corrieger nos erreurs.
Nous remercions OCVIDH d'organiser cette journée inoubliable et j'espère qui pourra désormais réunir nos différentes associations respectives.

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