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Le bureau exécutif de l'AVOMM

"L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous." Jean-Paul Sartre

"L'Association d'aides aux veuves et aux orphelins de mauritanie (AVOMM) qui nous rassemble, a été créée le 25/12/95 à PARIS par d'ex-militaires mauritaniens ayant fui la terreur, l'oppression, la barbarie du colonel Mawiya o/ sid'ahmed Taya ......
Ces rescapés des geôles de ould Taya, et de l'arbitraire, décidèrent, pour ne jamais oublier ce qui leur est arrivé, pour garder aussi la mémoire des centaines de martyrs, de venir en aide aux veuves, aux orphelins mais aussi d'engager le combat contre l'impunité décrétée par le pouvoir de Mauritanie."
E-mail : avommavomm@yahoo.fr

Bureau exécutif

*Ousmane SARR, président
*Demba Niang, secrétaire général
*Secrétaire général Adjt; Demba Fall
*Alousseyni SY, Chargé des relations extérieures
*Mme Rougui Dia, trésorière
*Chargé de l’organisation Mariame Diop
*adjoint Ngolo Diarra
*Mme Mireille Hamelin, chargée de la communication
*Chargé de mission Bathily Amadou Birama
Conseillers:
*Kane Harouna
*Hamdou Rabby SY










AVOMM

Afrique du Sud : « Le rejet de l’ANC est aussi la conséquence de ses promesses non tenues »


Si la montée en puissance du parti de Jacob Zuma explique partiellement le revers du Congrès national africain aux élections générales du 29 mai, la politiste Marianne Séverin invite, dans une tribune au « Monde », à prendre en compte l’échec du parti de Nelson Mandela à faire advenir une Afrique du Sud socialement juste.


Les élections générales du 29 mai en Afrique du Sud ont été déclarées « free and fair » (« libres et justes »), par la Commission électorale indépendante, malgré la contestation des résultats par des partis d’opposition. Nous n’en attendions pas moins. Au lendemain du scrutin législatif (tenu lors des élections générales et provinciales), cette annonce nous montre que, quelles que soient les crises que peut traverser le pays, le peuple sud-africain dans son ensemble tient à la bonne tenue des processus électoraux. La démocratie sud-africaine, que l’on pouvait décrire encore récemment comme « adolescente », est donc désormais entrée dans une phase adulte, à la suite de la normalisation du contexte politique.

Conformément aux « prédictions » des instituts de sondage, des centres de recherche universitaires et de la presse sud-africaine libre, les élections ont vu le Congrès national africain [ANC, parti de centre gauche présidé par Nelson Mandela dans les années 1990] perdre sa majorité absolue. Alors qu’il totalisait 57 % des voix en 2019 (soit 230 sièges), il a, cette fois, rassemblé 40,2 % des voix (soit 159 sièges). Tenant pour certaine sa toute-puissance politique, l’ANC a ainsi été sommé de rendre des comptes sur ses défaillances. Privé de 71 sièges à l’Assemblée nationale, le parti n’a aujourd’hui pas d’autre choix que de négocier, s’il veut parvenir à créer une coalition cohérente pour une Afrique du Sud démocratique et stable. Les 58,64 % des électeurs qui se sont déplacés pour ce scrutin ont ainsi bouleversé le paysage politique sud-africain.


Il est indéniable que le nouveau parti politique de l’ancien président de la République Jacob Zuma [2009-2018], le parti Umkhonto we Sizwe [MK, « le fer de lance de la nation »], est en partie responsable de ce revers. Créé à la fin de l’année 2023, à la suite de la défection de Zuma de l’ANC, le MK est désormais la troisième force politique du pays, avec 14,58 % des voix, devançant ainsi le parti de Julius Malema, Economic Freedom Fighters, qui, à la surprise générale, n’a obtenu que 9,52 % des voix. Mais la montée en puissance du mouvement politique de Jacob Zuma ne peut constituer la seule grille d’analyse de cet échec.

Corruption systémique

Des causes profondes sont à l’œuvre : le rejet de l’ANC au profit du MK est aussi la conséquence des promesses non tenues du premier, celles de faire advenir une Afrique du Sud socialement juste, respectueuse et promotrice du droit au développement, inscrit dans l’article 22 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples [1981], dont l’Afrique du Sud est signataire depuis 1996.

Inscrit dans le préambule de la Constitution sud-africaine (1996), le droit au développement de tous les Sud-Africains commande la reconnaissance des injustices du passé et une volonté forte de « guérir les divisions et [d’]établir une société basée sur les valeurs démocratiques, la justice sociale et les droits humains fondamentaux ». La mise en œuvre du droit au développement incombe, par conséquent, à l’Etat sud-africain qui a ainsi l’obligation de « respecter, protéger et mettre en œuvre les droits inscrits dans le Bill of Rights ; les droits politiques et civiques, socio-économiques et culturels ».


Si les articles 19 et 31 relatifs aux droits civiques, politiques et culturels font l’objet d’un grand respect depuis trente ans, les droits socio-économiques des Sud-Africains en revanche ont été allègrement bafoués par le pouvoir en place. La mal-gouvernance constituant un des piliers de la violation des droits socio-économiques, le développement de la corruption a contribué au non-respect des droits humains fondamentaux de la majorité des Sud-Africains.

Si la corruption est systémique en Afrique du Sud, ce phénomène s’est amplifié sous les deux mandatures de Jacob Zuma : celui qui se présente volontiers comme le « défenseur des plus démunis » a en effet mis en place un vaste réseau de corruption dans les plus hautes instances de l’Etat – appelé, depuis, la State Capture ou « capture de l’Etat » –, portant ainsi atteinte à la démocratie sud-africaine et aux principes du chapitre 2 de sa Constitution. Face à ce fléau, les institutions judiciaires et anticorruption, soutenues par une société civile sud-africaine forte et une presse libre remarquable, ont été en première ligne pour défendre les droits humains – dont le droit au développement – des citoyens.
Recrudescence de scandales

Or, le départ anticipé de Jacob Zuma de la présidence, le 14 février 2018, n’a pas suffi à mettre un terme à la corruption et à la mal-gouvernance. En dépit d’une volonté affichée d’endiguer ces phénomènes, son successeur, Cyril Ramaphosa, a lui-même dû faire face à une recrudescence de scandales au sein de l’ANC, de son gouvernement et des administrations, durant la pandémie de Covid-19.

Plus préoccupés par leurs bénéfices financiers que par la protection des citoyens sud-africains, ceux que j’appelle les « entrepreneurs du Covid-19 », proches du pouvoir ou en poste au gouvernement, ont porté atteinte, par leur gestion, à plusieurs droits pourtant inscrits au chapitre 2 de la Constitution, tels que les droits au logement (article 26), à la santé, à l’alimentation, à l’eau, à la sécurité sociale (article 27) et à l’éducation (article 29).

En rompant le pacte de confiance avec son électorat « naturel », l’ANC a fait le lit du populisme, poussant ainsi les « laissés-pour-compte » dans les bras du tribun et populiste Jacob Zuma, principalement dans la province du Kwazulu-Natal, où le MK a obtenu 45,93 % des voix – contre 16,99 % pour l’ANC, placé en troisième position. Avec un ANC privé de sa majorité et à la recherche d’une coalition pour le bien et la stabilité de l’Afrique du Sud, le chapitre 2 de la Constitution – le Bill of Rights – se rappellera-t-il au bon souvenir des dirigeants politiques du pays et s’attelleront-ils de nouveau à la protection et à la promotion du droit au développement de tous les Sud-Africains ?

Marianne Séverin (politiste)


Marianne Séverin est politiste. Elle est l’autrice d’une thèse consacrée au réseau politique de l’ANC et a notamment coédité les ouvrages « Afrique du Sud. 20 ans de démocratie contrastée » (L’Harmattan, 2016) et « La Concrétisation du droit au développement en Afrique. Le cas du Cameroun : défis, enjeux et opportunités » (Pretoria University Law Press, 2020).



Source : Le Monde

Samedi 8 Juin 2024 - 20:42
Samedi 8 Juin 2024 - 20:46
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